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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

Claude Berri sur Netflix : “Le Vieil Homme et l’Enfant”, son premier (et meilleur) film...

Des sept films du cinéaste et producteur français proposés sur Netflix (avec “Tchao Pantin”, “Germinal”, “Uranus”, “Ensemble, c’est tout”, “Jean de Florette” et “Manon des sources”), son premier, “Le Vieil Homme et l’Enfant” est sans doute celui qui a paradoxalement le mieux vieilli.

Notre critique du “Vieil Homme et l’Enfant”

De bien braves gens, ce Pépé et sa Mémé, retraités dans un bucolique petit coin des Alpes. Seulement voilà : la France est occupée, le régime de Vichy souffle sa propagande fétide jusque dans les campagnes. Pépé, ancien «  poilu  », révère le Maréchal. Il est, férocement, aveuglément antisémite. Le petit Claude, réfugié parisien «  mis au vert  » par ses parents, tombe comme un rayon de soleil sur sa solitude. Le vieil homme ignore que l’enfant est juif...

«  Dis, Pépé, c’est vrai que le Christ était juif ? — À ce qu’il paraît. — Mais alors, Dieu est juif... — Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Qui t’a raconté ça ? — C’est Mémé, elle m’a dit que Jésus était le fils de Dieu. Si Jésus est juif, son père aussi. — Si t’écoutes tout ce que dit Mémé, maintenant, t’as pas fini. » Ainsi l’enfant malicieux joue-t-il avec les préjugés de son Pépé de fortune. Aux antipodes du réquisitoire, le film pétille à la mesure de cet échange drolatique et profond. Inspiré, dit-on, par des souvenirs personnels, Claude Berri donne à sa chronique de l’Occupation les teintes banales mais exemplaires du quotidien : tickets de rationnement, «  Maréchal, nous voilà  » entonné à pleins poumons dans les cours d’école, absurdes certitudes, bonne conscience haineuse d’une majorité moutonnière, aveugle et passive. «  Le film réel de la France réelle de 1940-1944  », s’enthousiasmait à la sortie François Truffaut.
Comme l’enfant, poseur de gênantes questions, Claude Berri montre les contradictions de l’époque, par une maïeutique tendre et efficace : Pépé est un adorable vieillard bourru, tellement amoureux de ses lapins qu’il a banni le civet de son assiette ; et, pourtant, ses envolées antisémites n’ont rien à envier aux pires pamphlets collabos des animateurs de Radio Paris. Pessimiste, le cinéaste s’interroge sur le divorce entre être humain et fantoche politique. Optimiste, il veut croire, à travers cette lumineuse histoire d’amour entre le vieil ours antisémite et l’enfant juif, à la force des sentiments. Le petit Alain Cohen forme avec Michel Simon, bougon magistral, un merveilleux couple de cinéma, à l’aune de ce petit chef-d’œuvre lucide et sensible.

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