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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

28 Juin 1914. L’attentat de Sarajevo, une explication commode...

Selon une analyse fort répandue, l’assassinat de l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie, le 28 juin 1914, aurait, en déclenchant un « domino d’alliances », provoqué la première guerre mondiale. Cette lecture occulte les causes véritables du conflit, en particulier la logique mortifère des rivalités impériales.

La première guerre, vraiment mondiale ?

La première guerre mondiale a-t-elle vraiment été « provoquée » par l’attentat de Sarajevo qui coûta la vie à l’archiduc héritier, François-Ferdinand d’Autriche-Hongrie, et à son épouse le 28 juin 1914 ? Les combats ont-ils véritablement débuté en Belgique et en Lorraine ? Cette chronologie, centrée sur les événements européens, est la plus répandue, mais elle oublie tout un pan de l’histoire du conflit, amputant l’analyse de ses causes.

Le 5 août 1914, un accrochage éclate à la frontière de l’Ouganda, colonie britannique, et de l’Afrique orientale allemande (Schutzgebiet Deutsch-­Ostafrika). Le 8 août, des navires britanniques bombardent Dar es-Salaam, le centre administratif de cette colonie allemande qui s’étend sur les ter­ritoires actuels du Burundi, du Rwanda et d’une partie de la Tanzanie. Les semaines suivantes, les combats se généralisent pour le contrôle du lac Kivu.

Pendant ce temps, en Europe, déclarations de guerre et ordres de mobilisation générale se succèdent (en Russie le 30 juillet ; en France et en Allemagne le 1er août). Le 4 août, l’Allemagne envahit la Belgique et le Luxembourg. Quatre jours plus tard, la France lance une percée en Lorraine allemande. Mais les lignes françaises sont vite enfoncées et l’offensive fait long feu. Sur le front de l’Est, l’Allemagne accumule également les succès contre la Russie. En revanche, la Serbie résiste : le 23 août, elle parvient à stopper les troupes austro-hongroises à la bataille du Cer.

Ainsi, en quelques semaines, le « domino infernal » des alliances précipite l’entrée en guerre des belligérants : d’un côté, la France, le Royaume-Uni et la Russie (Triple-Entente) avec leurs alliés serbe et belge, puis japonais, roumain et grec ; de l’autre, la Triple-Alliance (ou « Triplice ») qui réunit initialement l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et le royaume d’Italie. Mais ce dernier se rallie à la neutralité dès septembre 1914, avant de passer dans le camp adverse en avril 1915, tandis que les empires centraux reçoivent en octobre 1914 le soutien de l’Empire ottoman.

Ce jeu d’alliances correspond à de puissantes logiques d’intérêts. Les rivalités coloniales représentent l’un des principaux motifs de tension entre d’un côté la France et le Royaume-Uni (tous deux à la tête d’un vaste empire) et de l’autre l’Allemagne, qui s’estime lésée dans ce partage impérialiste du monde. Déjà implanté en Afrique orientale, au Cameroun et en Tanzanie, Berlin lorgne sur l’Afrique du Nord et le centre du continent.

Le sort de l’Empire ottoman, présenté depuis plusieurs décennies comme « l’homme malade de l’Europe », constitue l’autre grande inconnue. A la suite des guerres balkaniques (1912-1913), les possessions ottomanes en Europe sont partagées entre la Bulgarie, la Grèce, le Monténégro, la Roumanie et la Serbie.

Mais l’avenir des immenses territoires contrôlés par l’empire en Anatolie et au Proche-Orient attise toutes les convoitises. Au-delà de sa dimension symbolique, le coup de feu de Sarajevo rappelle que l’Autriche-Hongrie, la Russie mais aussi la France et l’Italie cherchent à renforcer leurs sphères d’influence respectives dans les Balkans.

Pourtant ces rivalités entre Etats n’expliquent pas tout, car le déclenchement de la guerre répond aussi à des logiques sociales internes à chaque nation. Aux yeux des classes dirigeantes notamment – aristocratiques et terriennes dans les empires centraux, bourgeoises et industrielles, commerciales ou financières en France et au Royaume-Uni –, l’idéologie impérialiste et le nationalisme sont des ciments permettant de ressouder une unité sociale fissurée par les progrès de la démocratie et du socialisme.

Cimetières en Macédoine

Les manuels scolaires ont renoncé, tant en France qu’en Allemagne, au ton vengeur et belliqueux des années 1920, attribuant à « l’autre camp » toutes les responsabilités du déclenchement de la guerre. Mais ils continuent à observer cette guerre « mondiale » avec des lunettes d’Europe de l’Ouest. Dans les immenses cimetières français du front d’Orient, à Bitola (Macédoine) ou Salonique (Grèce), près de la moitié des tombes sont pourtant celles de combattants africains ou indochinois des troupes coloniales, tombés pour le contrôle des Balkans…

 

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