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Chez Jeannette Fleurs

“Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien.” Paul Valéry. Poussez la porte de la boutique : plus de 2.300 articles.

Voir et revoir : "Joyeux Noël". Le film de Christian Carion (2005).

Quelle connerie mais quelle connerie la guerre !

Tous ces jeunes gens qui se sont retrouvés enterrés dans les tranchées à combattre un ennemi, dans le froid, la boue et la neige.

Au tout début, nous suivons deux frères dans une église d'Ecosse. L'un d'eux est si heureux que la guerre soit déclarée, qu'il en sonne la cloche pour avertir les villages environnants.

Il s'est inscrit - et a aussi inscrit son frère - sur les listes d'enrôlements. Destination Glasgow pour s'entraîner. Enfin quelque chose se passe dans leurs vies...

Le pasteur présent comprend, lui, l'étendue que sera ce désastre.

Ensuite, pleins feux sur une divine soprano danoise, Anna Sorensen (Diane Kruger) qui chante un Ave Maria.

Au moment où le ténor Nikolaus Sprink (Benno Fürmann) entre en scène, un gradé interrompt tout avec un message du Kaiser. C'est la guerre.

Viennent immédiatement après les images des tranchées...

Le lieutenant Audebert (Guillaume Canet) vomit avant l'attaque.

Il est suivi de près par son aide de camp Ponchel, coiffeur lensois (Dany Boon dans son meilleur rôle).

Les Ecossais attaquent aussi.

Une mitraillette allemande opère un véritable carnage.

Et, c'est là que Jonathan (Steven Robertson) porte son frère blessé sur son dos.

"Ne reste pas ici, lui dit son frère William. Que l'un de nous deux survive !"

William meure et c'est la totale déchirure pour Jonathan. Et la rage folle.

Même leur pasteur anglican Palmer (Gary Lewis) qui, devenu brancardier, a suivi les deux frères, ne pourra rien y changer.

Les blessés geignent dans le no man's land.

Sprink est dans une tranchée allemande avec ses camarades.

Audebert, qui a perdu son portefeuille durant l'attaque, se console en dessinant un portrait de sa femme dans son carnet secret.

C'est alors que son beau-père (brillant, très brillant Le Coq), général, lui demande des comptes sur l'attaque de la tranchée allemande.

Le lieutenant est inquiet car sa femme arrive à son terme et il n'a aucunes nouvelles.

Dites-vous bien que tous ces hommes ont quitté leur vie civile pour défendre leur patrie.

Mais, quand ils se retrouvent enterrés dans les tranchées, sous le feu ennemi, à voir leurs camarades tomber à côté d'eux, c'est une toute autre histoire...

De son côté, l'Etat-Major allemand, loin des réalités du terrain, envoie 100.000 sapins pour fêter Noël dans les tranchées... A planter tous les cinq mètres.

Michel Serrault en châtelain envahi par l'armée allemande est impayable.

Anna Sorensen est assez maline pour se payer un rendez-vous avec son grand amour de ténor.

Juste avant de chanter en duo "Bist du bei mir" de Stölzel, devant tout l'état-major allemand.

Sprink vit assez mal de se produire devant les planqués de l'armée allemande tandis que ses camarades sont au front.

Et oui, le dîner de Noël des simples soldats dans les tranchées, c'est toute autre chose !

Cela n'empêche pas les soldats écossais de "Rosbif Land" de sortir les cornemuses.

A la grande surprise des Allemands et des Français.

Dans le même temps, les soldats allemands arriment leurs arbres de Noël tout décorés en haut de leur tranchée.

En cette douce nuit de commémoration de la naissance du Christ, chaque camp retrouve ses us et coutumes.

"Stille Nacht" entonnée par le ténor Sprink, accompagné d'un simple harmonica, est un très très grand moment musical.

Les Ecossais reprennent illico la mélodie.

A ce moment précis, le ténor monte, en continuant de chanter, au-dessus de la tranchée, au risque de se faire dégommer par les Français.

Il est applaudi de tous.

C'est le moment précis que choisit notre pasteur pour jouer "Adeste Fideles" à la cornemuse... Et le ténor de chanter.

Les cornemuses enchaînent et le ténor sort de la tranchée, un sapin illuminé à la main.

 

Il avance, toujours en chantant, toujours en portant son sapin de Noël, vers la tranchée écossaise.

Adeste Fideles læti triumphantes,
Veníte, veníte in Bethlehem.
Natum vidéte, Regem Angelorum:
Veníte adoremus,
Veníte adoremus
Veníte adoremus Dóminum...

Ce n'est pas du tout du goût du lieutenant Horstmayer.

Mais avant même qu'il ait eu le temps de réagir...

Le lieutenant écossais Gordon (Alex Ferns) vient à leur rencontre.

En terrain découvert. Dans le no man's land.

A la grande surprise des petits Français.

Du coup, le lieutenant Audebert les rejoint.

L'Ecossais propose un cessez-le-feu sous prétexte que "l'issue de cette guerre ne se décidera pas ce soir !"

Audebert leur offre le champagne.

Et ils trinquent tous, chacun dans sa langue.

Du coup, les soldats allemands, après avoir fait un feu d'artifices des fusées éclairantes, sortent de leur tranchées.

Les Ecossais aussi. Et, in fine, les Français.

Les voilà tous dans le no man's land.

C'est à ce moment précis que sort le chat roux. Felix pour les Allemands. Nestor pour les Français.

Timidement, les soldats écossais et allemands se montrent des photos de leurs femmes.

En voyant le dessin à la plume de la femme d'Audebert, le lieutenant Horstmayer (Daniel Brühl) s'aperçoit qu'il a en sa possession les mêmes photos rangées dans un portefeuille perdu lors de la dernière attaque, et il lui rend illico.

Pas de hasard. Audebert habite rue Vavin, à Paris Montparnasse. Juste l'endroit où Horstmayer a passé son voyage de noces.

Pendant ce temps-là, les simples soldats trinquent à la gnole.

La jolie Sorensen s'approche du lieutenant qui, tout content de les avoir récupérées, lui montre les photos de sa femme enceinte.

C'est alors que minuit sonne au clocher du village le plus proche et que tous se regroupent autour du pasteur, qui dit la messe pour tous...

Quant à Jonathan, il a retrouvé le cadavre de son frère gelé. Et n'est pas du tout prêt à accepter la coupe de champagne que lui propose un soldat allemand.

La cantatrice entonne l'Ave Maria.

Un moment de grâce inoubliable pour tous ces soldats miraculeusement réunis.

Dont les paroles : "Sancta Maria, ora pro nobis, peccatoribus / nunc et in ora mortis nostrae " prennent un sens particulier sur ce terrain de batailles et de morts.

De nombreux soldats pleurent.

Le "Pax domini sit semper vobiscum" prend ici toute sa valeur. Ah le latin, langue universelle de la prière des peuples !

Pendant ce temps... Dès la fin de la messe...

Ailleurs et partout le crépitement et la lumière des canons.

Chacun rentre alors dans sa tranchée.

Et se pose la question du rapport de la nuit.

C'est alors que le jeune soldat écossais décide de creuser une tombe dans la neige pour son frère. Alors que la trêve est over.

Pourtant, au petit matin, les trois officiers se réunissent à nouveau pour parler de leurs morts.

Avec un bon café chti servi par Ponchel.

Il s'agit bien, pour chaque camp, en ce jour de la Nativité, d'enterrer les morts tombés au combat. Ce qui est fait au son de la cornemuse.

Le pasteur écossais bénit sans distinction les morts des deux camps "De profundis clamavi ad te domine"... 

Sorensen pense, elle, aux familles qui, dans quelques jours, recevront la terrible nouvelle.

Terrorisée à cette idée, elle propose à Sprink de fuir en Hollande. Ce qu'il refuse aussitôt, car ce serait déserter. Et il est soldat. Comme les autres.

Les soldats allemands confient les lettres pour leurs familles à la belle.

Tandis qu'un match de football improvisé réunit encore une fois les deux camps. Et que des parties de cartes s'organisent à l'arrière, le ténor va récolter deux semaines de mise aux arrêts pour insubordination face à l'ennemi.

Le lieutenant allemand prévient alors ses homologues français et écossais que leur artillerie va les bombarder dans dix minutes, et, leur propose de se réfugier chez eux.

Et les terribles bombardements reprennent de plus belle... Les canonniers allemands pilonnent les tranchées françaises.

Audebert a quand même le temps de confier à Horstmayer une lettre pour sa femme.

Une fois le pilonnage terminé, les soldats regagnent leurs tranchées respectives. 

C'est un au-revoir au son du "Auld Lang Syne" joué par les Ecossais.

Pendant ce temps, la cantatrice et son ténor ont fui les lignes allemandes pour se réfugier chez les Français.

C'est alors que la censure de l'armée française découvre l'évènement dans les lettres des trouffions.

Et que l'évêque/bishop en personne demande au pasteur écossais de regagner dare-dare sa paroisse. On lui reproche d'avoir célébré une messe devant des ennemis. Messe qu'il estime être la plus grande messe de sa vie.

Les boys écossais vont être punis aussi à leur façon, ils vont voir leur régiment dissout et seront dispersés et envoyés en première ligne, ailleurs, par ordre de sa Majesté le Roi...

L'évêque s'empresse de faire un sermon pour doper la haine contre l'ennemi : "Les Allemands ne sont pas comme nous des enfants de Dieu. Avec l'aide de Dieu, vous devez tuer les Allemands, bons ou mauvais, jeunes ou vieux. Tuez-les tous. Pour que nous n'ayons plus à recommencer."

Gordon aussi passera un mauvais moment quand ses boys refuseront de tuer un Allemand qui se balade sur le no man's land. Heureusement qu'il y a le soldat Jonathan, qui, ivre de la douleur d'avoir perdu son frère, tirera sans scrupules.

En fait, cet imbécile a tiré sur Ponchel, l'aide de camp du lieutenant, qui s'était déguisé en Allemand.

Le beau-père général, lui, va venir sermonner dur Audebert, en parlant de haute trahison, de peine de mort, "si l'opinion publique apprend ça..."

En punition, ses hommes iront rejoindre le secteur de Verdun.

Seule lumière dans cette nuit de terreur, la femme d'Audebert a accouché d'un garçon : Henri.

Le ridicule ne tuant pas, Felix/Nestor, le chat roux, qui a été retrouvé dans le secteur français avec un mot des Allemands "Bonne chance, camarades !" a été, lui, enfermé pour intelligence avec l'ennemi..

Du côté allemand, ce n'est pas mieux, les hommes de Horstmayer seront envoyés sur le front de l'Est, en Prusse orientale, combattre une avancée de l'armée russe.

Ils n'auront pas de permissions pour voir leurs familles respectives avant.

Dans leur wagon de train en bois, ils fredonneront en partant "I'm dreaming of home".

Qui deviendra l'hymne des fraternisés.

Malgré la destruction des photos prises lors de cet événement, certaines arrivèrent à Londres et firent la une de nombreux journaux, dont celle du Daily Mirror, portant le titre An historic group: British and German soldiers photographed together le 8 janvier 1915.

Aucun média allemand ou français ne relate cette trêve.

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Ce film est dédié aux Allemands, Anglais et Français qui ont fraternisé pendant la nuit de Noël 1914.

C'est un moment d'utopie unique.

L'idée du scénario provient d'un livre qu'a lu Christian Carion en 1992 "Batailles de Flandre et d'Artois" de l'historien Yves Buffetaud, qui rapporte ces faits de fraternisations entre lignes ennemies.

Le sujet est encore si délicat à aborder que l'armée française a refusé de prêter ses terrains pour relater ce passage tabou de son histoire.

Du coup, si plusieurs scènes ont été tournées dans le Nord, le film a été principalement réalisé en Roumanie et en Ecosse.

Quelle connerie la guerre...

Mais quelle connerie, écrivait Jacques Prévert.

 

Liliane Langellier

A louer 2 € 99 sur Orange.

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