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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

Vénus Beauté (Institut) - Film de Tonie Marshall (France, 1999)...

Dès la scène initiale, le ton est posé : Tonie Marshall semble décalquer le modus operandi d’un Bertrand Blier, sans tirer sur la corde des grossièretés pour effrayer le bourgeois. La séquence rappelle furieusement l’ouverture de Préparez vos mouchoirs, comme si Carole Laure s’était trouvée dans le rôle de Gérard Depardieu : Angèle, sans être crue, dit clairement ses sentiments. Poursuivant vainement le goujat, indifférent sur le quai d’une gare, elle suscite l’intérêt d’un jeune homme qu’incarne Samuel Le Bihan. En attendant de le rencontrer, ce qui semble inéluctable, elle tente sa chance avec d’autres hommes, provoquant des échanges particulièrement plaisants, comme une sorte de réactualisation du marivaudage. Ainsi, à l’un interlocuteur plutôt coincé à qui elle demande "je vous plais un peu", ce dernier répond "vous ne me laissez pas tellement le choix, encore que vous êtes un peu maigrichonne". Puis les deux iront faire l’amour dans une voiture.

Parallèlement, l’institut de beauté devient le lieu d’un théâtre où se succèdent certaines clientes un peu trop stéréotypées, traînant leur syllabes vocaliques comme un symptôme de snobisme, tandis que les hommes se déclinent selon une gamme qui se veut variée (le vieux beau obséquieux, l’amoureux transi, le macho impoli). Les trois personnages principaux sont des figures attachantes, mais on n’a d’yeux que pour Nathalie Baye, dont le jeu rend grâce à la complexité de son personnage, tantôt naïve, tantôt franche, tantôt blessée. A ses côtés, Audrey Tautou semble tester son futur personnage d’Amélie Poulain, dans le rôle d’une femme-enfant, en surjouant la candeur. Mathilde Seigner peaufine déjà la gouaille dont elle investira un certain nombre de ses futurs personnages.

Ce petit théâtre a tout d’un divertissement plaisant, qui bénéficie de dialogues enlevés, dont les formules percutantes, sans être systématiques, ont parfois le mérite de documenter une forme de poésie, capable de railler les clichés : "je couche plus avec elle, j’ai la migraine", confie ainsi Antoine, évoquant sa petite amie à Angèle. Si l’ensemble n’évite pas toujours l’écueil du sentimentalisme, Vénus Beauté demeure une comédie recommandable, qui doit beaucoup à son interprète principale.

A sa sortie, le film fut à la fois un grand succès public et critique, qui rafla plusieurs César. Tonie Marshall gagna le trophée dans la catégorie "meilleur réalisateur". A ce jour, elle est la seule femme à l’avoir remporté.

 

 

Sur Télérama... 

Genre : euphorisant.

Un salon de beauté, à Paris. Entre Nadine, la patronne, et ses filles en rose : le ballet des clientes. Dans cette boutique, on rit, on souffre, on aime, et il se pourrait qu'on tue par amour. Vénus Beauté (Institut) comporte un versant ethnographique des plus réjouissants, avec de la férocité, mais surtout pas mal de tendresse et beaucoup d'humour.

Tonie Marshall ne fait pas dans la sociologie de bazar. Si elle aime flirter avec l'intime, avec les métiers qui touchent à la vie privée, c'est pour être au plus près de ses personnages, détecter les failles, les fêlures, les incertitudes. Et la solitude, qu'on ne soupçonne pas forcément. Où sont les hommes ? Nulle part et partout, bien sûr, flottant dans le non-dit de ce palais des apparences ; il y en a tout de même qui s'aventurent sur le seuil du salon. Vénus Beauté (Institut) devient alors une sorte de mélodrame burlesque.

Il plane sur ce conte de Noël, qui s'achève un soir enneigé de nouvel an, une mélan­colie plutôt euphorisante : celle des solitudes ­associées, des tribus qui s'agrègent là où il y a de la lumière, des familles qui s'inventent. Tonie Marshall pratique le mélange des genres avec bonheur, compose de savoureux rapprochements d'acteurs. Vénus Beauté (Institut) est un soin pour le corps et pour l'esprit. Tonique, Marshall !

Synopsis

Nadine dirige le "Vénus Beauté", un salon de beauté parisien comme tant d'autres, où viennent se faire huiler, pétrir, épiler ou dérider tous les êtres qui ne jurent que par la splendeur de leur épiderme. Elles sont trois à assister Nadine : Samantha, Marie et surtout Angèle, qui s'investit complètement dans son travail, au point de réduire sa vie privée au minimum vital. Il est vrai qu'Angèle n'attend plus rien des hommes, sinon quelques minutes de plaisir avec des inconnus rencontrés par hasard. La situation n'est guère plus brillante pour ses collègues. Samantha change régulièrement de partenaire, et Marie ne parle que de ses parents. Un jour, un jeune homme aborde Angèle dans un café...

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