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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

The Irishman. Martin Scorsese.

Je viens juste de regarder le film. 

J'attendais ce jour avec impatience...

Et puis...

Au moment d'écrire, j'ai pensé "François Forestier"...

Le plus grand spécialiste français du cinéma américain.

Avec lequel j'ai bossé à L'Express.

Et qui m'emmenait en lousdé voir les projections privées.

Avec François Forestier. L'Express. 1988.

Et j'ai découvert dans L'Obs...

Son interview de Martin Scorsese.

Du grand virtuose.

…………………….

Martin Scorsese : « On m’a dit que je trahissais le cinéma en allant chez Netflix »

Pour « The Irishman », son nouveau et très coûteux film sur la Mafia (160 millions de dollars), avec Robert De Niro et Al Pacino, Martin Scorsese a fait le choix de Netflix. Il s’en explique.

Tout commence par un travelling infini, dans une maison de retraite peuplée de vieillards. Tout se termine par une mémoire fuyante, une fin d’existence pitoyable. Entre les deux, une vie de crimes, de saloperies, de fraternité de la canaille, de dettes de sang. Dans « The Irishman », tiré du livre de Charles Brandt, « J’ai tué Jimmy Hoffa », Martin Scorsese brosse le portrait de Frank Sheeran, authentique pistolero au service de la Mafia. Celui-ci a, sur le tard, confessé l’assassinat de Hoffa, leader syndical lié à la pègre, bête noire de Robert Kennedy, dont le cadavre n’a jamais été retrouvé après sa disparition, en 1975.

Le film de Scorsese dure trois heures et demie, et se déroule sur plusieurs décades. Les acteurs septuagénaires (Robert De Niro, Al Pacino, Joe Pesci) ont été rajeunis par la grâce des effets spéciaux. Cette opération de chirurgie esthétique digitale a pris un an de travail et a coûté des millions de dollars. Or, pour un budget aussi imposant (160 millions de dollars), un seul studio a pris le risque : Netflix. C’est donc un film destiné au petit écran, un projet de prestige pour le géant du cinéma en ligne.

Polar élégiaque et mélancolique, empreint d’une souffrance poignante, « The Irishman » est une œuvre magnifique. Un homme s’y penche sur son passé, et c’est tout un pan de l’histoire des Etats-Unis qui défile, en arrière-plan. Et que reste-t-il, à la fin de cette odyssée de la pègre ? Cendres, poussière et un tenace parfum de pourriture.

Tout commence par un travelling infini, dans une maison de retraite peuplée de vieillards. Tout se termine par une mémoire fuyante, une fin d’existence pitoyable. Entre les deux, une vie de crimes, de saloperies, de fraternité de la canaille, de dettes de sang. Dans « The Irishman », tiré du livre de Charles Brandt, « J’ai tué Jimmy Hoffa », Martin Scorsese brosse le portrait de Frank Sheeran, authentique pistolero au service de la Mafia. Celui-ci a, sur le tard, confessé l’assassinat de Hoffa, leader syndical lié à la pègre, bête noire de Robert Kennedy, dont le cadavre n’a jamais été retrouvé après sa disparition, en 1975.

Le film de Scorsese dure trois heures et demie, et se déroule sur plusieurs décades. Les acteurs septuagénaires (Robert De Niro, Al Pacino, Joe Pesci) ont été rajeunis par la grâce des effets spéciaux. Cette opération de chirurgie esthétique digitale a pris un an de travail et a coûté des millions de dollars. Or, pour un budget aussi imposant (160 millions de dollars), un seul studio a pris le risque : Netflix. C’est donc un film destiné au petit écran, un projet de prestige pour le géant du cinéma en ligne.

Polar élégiaque et mélancolique, empreint d’une souffrance poignante, « The Irishman » est une œuvre magnifique. Un homme s’y penche sur son passé, et c’est tout un pan de l’histoire des Etats-Unis qui défile, en arrière-plan. Et que reste-t-il, à la fin de cette odyssée de la pègre ? Cendres, poussière et un tenace parfum de pourriture.

« The Irishman », c’est votre moment Proust ?

L’idée de capturer une société disparue, oui. Le temps est perdu, il ne reste rien, même pas la rédemption. « The Irishman » commence et se termine dans cette débâcle qu’est la vieillesse, et tout sombre, même le souvenir, comme lors de la fin de « Gangs of New York » ou du « Temps de l’innocence ». J’ai Proust dans ma valise, en ce moment, mais je ne l’ai pas encore lu.

Qu’est-ce qui vous a lancé sur la piste de ces années englouties ?

Je voulais faire un autre film avec Robert De Niro. Nous venions de terminer « Casino » en 1995, puis nous avons suivi des chemins différents. A chaque fois que nous avions l’occasion de nous voir, il me proposait des projets qui ne m’intéressaient guère, et vice versa.

Finalement, alors qu’il allait réaliser son film sur la CIA, « Raisons d’Etat » et que j’allais mettre en scène « les Infiltrés », en 2006, nous avons pris conscience que le temps nous était compté. Nous avons envisagé l’idée de faire ensemble « l’Hiver de Frankie Machine », d’après le roman de Don Winslow, l’histoire d’un ancien tueur obligé de se replonger dans le passé, un peu comme « The Irishman ».

En même temps, j’étais moins intéressé par le genre du polar et ses conventions. Robert De Niro est venu me parler du livre de Charles Brandt, « J’ai tué Jimmy Hoffa », et j’ai vu qu’il était submergé d’émotion. J’ai réalisé que le vrai sujet, c’était le temps, cette fuite perpétuelle.

Qu’est-ce qui structure cette fuite ?

L’amour. Qu’il se manifeste sous forme de passion ou d’amitié, peu importe. La tragédie, c’est d’avoir à trahir ceux qu’on aime. C’est ce qui peut arriver de pire. Et c’est ce que doit traverser Frank Sheeran, le personnage interprété par Robert De Niro. Le dilemme de Judas.

Il ne s’agit pas d’une petite trahison superficielle, mais d’un moment déchirant et douloureux. Judas a-t-il trahi pour trente deniers seulement ? Avait-il d’autres motifs ?

L’évangile apocryphe de Judas laisse entendre que ce dernier est le seul disciple qui ait compris la vraie nature du Christ… Finalement, Matthieu nous dit qu’il n’a pas supporté le poids de sa faute et qu’il s’est pendu.

En filigrane, « The Irishman » est une tragédie classique ?

Je reviens toujours à l’Antiquité, et au conflit du Sénat contre César. Chez Shakespeare, Brutus est désigné par Antoine comme « un homme honorable ». A-t-il tué César sous la pression des républicains ou pour d’autres raisons ? Sheeran, quand il assassine James Hoffa, lui ressemble.

Ray Romano (Bill Bufalino ), Al Pacino (Jimmy Hoffa) et Robert De Niro (Frank Sheeran) dans « The Irishman ». (NIKO TAVERNISE/NETFLIX)
Ray Romano (Bill Bufalino ), Al Pacino (Jimmy Hoffa) et Robert De Niro (Frank Sheeran) dans « The Irishman ». (NIKO TAVERNISE/NETFLIX)

Hoffa, selon vous, était-il un héros ou un salaud ?

On a du mal à le juger, car nous n’avons pas traversé la période de la Grande Dépression. Moi, je l’aime bien, Hoffa. Il s’est sali les mains, mais c’était un bagarreur. Il lui est arrivé d’être arrêté vingt-six fois en vingt-quatre heures lors d’une grève ! Il a eu le crâne fracturé, les jambes brisées, il a vécu dans l’atmosphère du film de Griffith, « Intolerance », où on envoie l’armée pour réprimer les grévistes.

Il a réussi à faire avancer les droits des Teamsters [le syndicat des conducteurs routiers, NDLR], qui étaient exploités. Puis il a été en prison et a gardé bouche close. Dans le film, Joe Pesci, qui joue Bufalino, le parrain de Pennsylvanie, lui dit : « Tu t’es bien comporté. » Et c’est cet homme-là qu’il va falloir tuer.

« The Irishman », qui se déroule sur plusieurs décennies, démontre la corruption de l’Amérique.

Dans les années 1950, l’Amérique nous promettait un avenir d’espoir. Pour l’adolescent issu d’une famille sicilienne pauvre que j’étais, c’était magique. Voitures à ailerons, rock’n’roll, drive-in.

Puis il y a eu le choc, l’assassinat de JFK. On s’est aperçu que le crime organisé avait tout infiltré. Dans mon quartier, je voyais comment les désaccords se réglaient : soit par une médiation et une discussion privée, soit par une disparition pure et simple. Toujours est-il qu’on sentait la peur, elle était palpable.

Mes parents avaient des frères et sœurs dont certains étaient impliqués dans des affaires louches, et qui avaient un statut de servage dans des « familles » mafieuses. Pour nous, les Italiens, participer au rêve américain était difficile, car celui-ci était aux mains des Irlandais, qui détenaient entièrement certaines institutions, dont la police.

Là-dessous, il y avait les forces obscures du pouvoir, qui ont aggravé les choses au fil des ans. Si bien que lorsque j’ai été en âge d’aller à l’université, au début des années 1960, les choses devenaient apparentes : il y a eu l’assassinat de Martin Luther King, celui de Robert Kennedy, la tentative sur George Wallace, la guerre du Vietnam. Le rêve américain se décomposait sous nos yeux. Les années 1970 n’ont fait que confirmer.

Et maintenant, les gangsters sont à la Maison-Blanche ?

Exactement ! La mafia des bouffons est à la Maison-Blanche, mais les vraies forces obscures sont représentées par le Parti républicain, qui n’est plus la formation qu’ont connue Eisenhower ou Nixon. C’est tout l’arrière-plan de « The Irishman » : tandis qu’à la télé on voit les assassinats politiques, les conflits, tout continue, business as usual.

La crise des missiles se joue, mettant le monde au bord de la guerre atomique, mais nos personnages discutent de la possibilité de corrompre un jury. Pour eux, cette tentative de corruption est plus importante que Cuba, Moscou et tout ça.

Vous êtes très critique envers le type de cinéma qui a du succès aujourd’hui. Qu’est-ce qui a changé ?

Ça a commencé dans les années 1970. A l’époque, j’étais chez Warner Bros., qui a distribué « Mean Streets ». Cette compagnie produisait alors des films comme « la Horde sauvage », de Peckinpah, « les Damnés » de Visconti, « Bonnie and Clyde », d’Arthur Penn, « Delivrance », de John Boorman… On parlait beaucoup de Disneyland.

Finalement, Universal a organisé des visites organisées du studio en 1964, et, dans les années 1970, des attractions comme le Passage de la Mer Rouge ont été créées, et c’est là que c’est devenu très lucratif. Et les films en ont pâti. Contrairement aux œuvres de Lucas, Spielberg, Hitchcock, les nouveaux films n’ont plus aucune substance.

Si vous revoyez un film de super-héros dans quelques années, posez-vous la question : qu’ai-je appris de la vie ? Quelle émotion ai-je éprouvée ? On voit ces films, on les oublie. Ils n’ont pas besoin de titre. Un numéro suffit. Le spectacle, les effets spéciaux, la qualité du son, tout est là. Mais les films sont devenus des accessoires pour les parcs d’attractions.

Le paysage du cinéma change. C’est la raison pour laquelle vous avez fait « The Irishman » pour Netflix ?

Beaucoup de gens m’ont dit que je trahissais le cinéma en allant chez Netflix. Mais la réalité, c’est qu’on ne pourrait plus produire des films comme « Aviator » ou « le Loup de Wall Street », aujourd’hui. De tels projets sont marginalisés par la machine hollywoodienne.

La façon de consommer des films, de les éclairer, de les cadrer, tout est différent. Constatant ce bouleversement, nous avons décidé, avec Robert De Niro, de tenter une expérience en utilisant les effets spéciaux pour rajeunir les personnages. J’avais trois acteurs septuagénaires, qui devaient apparaître dans leur trentaine. Les producteurs voulaient mon nom, mais pas mes personnages ni mon film. Or, moi, ce que je voulais, c’était montrer le temps qui passe, le sentiment de perte.

Robert De Niro et Joe Pesci, rajeunis pour les besoins du récit. (NIKO TAVERNISE/NETFLIX)
Robert De Niro et Joe Pesci, rajeunis pour les besoins du récit. (NIKO TAVERNISE/NETFLIX)

Je me souviens qu’en 1975 personne ne voulait financer « Taxi Driver », et nous étions prêts à le tourner en vidéo ! La même chose s’est passée avec « The Irishman ». Si personne ne veut de ce film, alors que c’est le moment juste pour le faire, alors qui peut financer ? C’est peut-être notre dernier film ensemble, avec Robert De Niro, qui sait ? La seule solution : Netflix.

C’est l’avenir ? Les salles vont disparaître ?

Non ! Les gens voudront toujours voir des films dans des salles ! Mais il faut pouvoir aller dans une belle salle, avec de bons fauteuils, une belle qualité de projection. Le cinéma a survécu pendant cent ans, déjà. Le problème que nous, créateurs, devrons surmonter, c’est que les recettes des films de super-héros sont si faramineuses qu’elles nous éliminent du circuit des salles. Pour exister, nous devons livrer bataille.

Dans « The Irishman », vous rassemblez vos deux tendances. D’une part, les films de mafia, type « les Affranchis ». D’autre part, les films de spiritualité, type « Silence ».

Je retrouve l’univers de mon enfance, qui était peuplé d’Italiens pauvres, et de prêtres. Se mélangeaient, à l’église, les gens honnêtes et les voyous. Je me souviens que les gangsters étaient des types qu’on aimait bien. Ces deux mondes, la délinquance et la spiritualité, s’interpénétraient. Il n’était pas question de tueurs en série, de nazis, de suprémacistes. Il y avait des êtres humains que le destin avait poussés dans des vies différentes. Ce qui unissait ces deux univers, c’était une certaine souffrance morale, due au déracinement, à la pauvreté, à la dureté de la vie.

Robert De Niro (à droite) a été rajeuni, mais aussi vieilli : pas besoin de coûteux effets numériques, le maquillage suffit… (NIKO TAVERNISE/NETFLIX)
Robert De Niro (à droite) a été rajeuni, mais aussi vieilli : pas besoin de coûteux effets numériques, le maquillage suffit… (NIKO TAVERNISE/NETFLIX)

Souffrance que vous avez partagée ?

Oui, j’en suis issu. De plus, après chaque film, il y a la peur. Je me pose la question : que me reste-t-il à dire ? Faire un film doit vous apprendre quelque chose sur vous-même. Le doute est là, constamment. Il est nécessaire d’être au bord de la falaise.

D’où vous vient ce doute constant ?

De mon asthme. Enfant, j’ai toujours été à l’écart, différent. Je n’étais jamais de plain-pied avec ceux qui avaient du pouvoir. Ni ceux qui détenaient le pouvoir dans la cour de récréation, les chefs, ni ceux qui l’avaient dans le domaine spirituel, les prêtres. Donc, la question que je me posais, dans cet entre-deux, c’était : qui suis-je ?

Qui êtes-vous ?

Je suis celui qui, enfin, peut s’exprimer.

Propos recueillis par François Forestier

………………………..

Quelque chose à ajouter ?

Oui..

Le mot "fuckin'" doit être dit au moins cent fois...

Et on ne peut qu'avoir envie d'un Chilly hot dog de chez Lum's...

And you know what ???

It's a fuckin' good movie !!!

Liliane Langellier

P.S. Lire (en anglais) le livre de Charles Brandt :

 

The Irishman. Martin Scorsese.
Robert De Niro = Frank "The Irishman" Sheeran Al Pacino = James Riddle "Jimmy" Hoffa Joe Pesci = Russell Bufalino
Robert De Niro = Frank "The Irishman" Sheeran Al Pacino = James Riddle "Jimmy" Hoffa Joe Pesci = Russell Bufalino
Robert De Niro = Frank "The Irishman" Sheeran Al Pacino = James Riddle "Jimmy" Hoffa Joe Pesci = Russell Bufalino

Robert De Niro = Frank "The Irishman" Sheeran Al Pacino = James Riddle "Jimmy" Hoffa Joe Pesci = Russell Bufalino

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