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Chez Jeannette Fleurs

“Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien.” Paul Valéry. Poussez la porte de la boutique : plus de 1.600 articles.

Lily, Aznave et moi.

J'habite seul avec maman
Dans un très vieil appartement rue Sarasate
J'ai pour me tenir compagnie
Une tortue deux canaris et une chatte.
Charles Aznavour

C'était MA journée Aznavour hier.

Façon personnelle de remercier un grand monsieur dont tant de mots et tant de notes ont charmé ma vie.

Après avoir suivi attentivement l'hommage aux Invalides (lire le discours de Macron en seconde partie de mon article "Aznave et moi")

J'ai enquillé...

En effet, il y avait un hommage de notre petite ville au grand Charles et j'ai décidé d'y participer.

Un hommage gratuit et sous chapiteau.

Si je ne participe pas souvent aux réjouissances municipales, ce n'est pas parce que je ne suis pas sociable...

C'est juste que je fatigue de voir toujours les mêmes individus, qui, par maladie d'ego, transforment tout en une vaste ode à leur petite personne.

Hier soir...

Et bien, hier soir, je n'ai pas été déçue...

...............

Par charité chrétienne (?) j'ai accepté la compagnie de ma voisine espagnole, Manuela.

Toujours grande âme, je trouve que c'est mal de la mettre au ban de notre société.

Et elle commence par me mentir en me racontant qu'elle va retrouver les gens de "La flânerie". Un sympathique petit club nogentais où les gens vont pour rompre leur solitude.

En fait, plus aucun ne lui parle, tellement elle les a saoulés.

Bien mal m'en a pris !

Le rendez-vous était prévu à 20 h 30...

Nous habitons à 500 mètres du lieu du spectacle.

A 19 h 15, alors que je me mets à table, elle tambourine déjà sur ma porte...

J'ai poussé une bonne gueulante qui l'a statufiée illico.

Histoire de savoir qui commande.

Mais, par gentillesse, je suis sortie à 19 h 30.

Je l'ai trouvée, très énervée, dans mon couloir.

"Ils vont tous à la mairie !" entendre ces mots avec un horrible accent aillé.

Effectivement des gens se rendaient dans la salle des fêtes... Pour leur leçon de danse.

Je le sais car, fatiguée d'argumenter en vain, j'ai arrêté l'un d'eux pour lui demander.

Nous, nous avions rendez-vous sous le chapiteau, square Heddesheim.

Pas à la salle des fêtes.

Entre temps, Manuela a réussi à coincer sa clé dans la serrure de la petite porte de sortie de notre résidence.

Nouvelle crise. Nouveau délire.

Et puis ce qui était prévisible, arriva...

Nous étions les deux seules cloches à attendre sur le petit pont du Roulebois.

Et nous avons dû patienter là trois bons quarts d'heure.

Elle a recommencé son délire de salle des fêtes, mais, là, je l'ai retoquée.

Arrivent enfin les premiers êtres humains.

Un joli couple masculin qui nous adresse aimablement la parole.

C'est vrai qu'on forme un tandem curieux, Manuela et moi.

Elle, ses cheveux blancs, son horrible accent, son verbe haut, sa veste rouge et son sac du dimanche, moi, blouson en jeans, humour en bandoulière et large écharpe rouge, tel que recommandé sur l'affiche d'invitation.

Arrive alors la star de la soiré...

Elle se présente. Elle s'appelle "Lily avec un Y" (merde, moi aussi...)

Elle est ronde, très ronde, avec un joli visage et des cheveux blonds bouclés haut perchés.

Elle accuse largement la soixantaine.

Sur ses ordres, les chaises sont rangées en ordre de bataille.

Manuela peut enfin s'asseoir.

Les gens arrivent peu à peu.

Lily nous distribue une vague feuille avec les paroles de la chanson "Je m'voyais déjà" et les refrains tronqués de quelques autres.

Je remercie poliment car je n'ai toujours pas compris.

Voilà.

Tout le monde est là.

On est environ 25 personnes.

Lily lance l'affaire et nous reprenons en choeur la chanson écrite sur nos feuilles.

La suite est surréaliste.

Elle entonne seule une autre chanson.

"Où sont les paroles ?" demandent les gens.

Sur ma feuille répond, maline, la dénommée Lily.

Et, là, d'un seul coup je comprends : la donzelle nous a invités ici juste pour applaudir son concert.

L'une d'entre nous a la géniale idée de demander au Google de son portable les paroles des chansons.

Nous l'imitons illico.

Et, du coup, notre guidouille est rapidement débordée.

Elle est furieuse.

Evidemment, elle s'en prend à moi.

J'ai une très jolie voix de soprano bien timbrée et qui porte. Ce qui m'a valu de nombreuses jalousies dans notre chorale paroissiale.

Lily se focalise un peu sur moi, mais je me moque doucement...

Entre temps, Manuela a sorti un en-cas de son sac : une poire épluchée qu'elle dévore à grands bruits.

Je rêve de mon lit.

Notre chorale improvisée entonne "La bohème"...

Juste après que Lily nous ait précisé que le Montmartre actuel n'est plus le Montmartre d'avant (sic)...

Et que, le baron de Nogent nous ait raconté qu'en 1965, étudiant à l'école Boulle à Paris, il allait dans des petits bistrots du quartier du 12ème et que tout le monde chantait "La bohème".

Tout le monde s'en fout....

Est-ce que j'oserais raconter que, jeune étudiante à Nanterre, en 1965, l'une de mes condisciples en psychologie était la maîtresse d'un superbe peintre yougoslave de la Place du Tertre, et que je séchais mes cours pour aller le retrouver avec elle...

La bohème...

Et nous, on entonne de bon coeur.

Et, là, au bout d'un couplet, crise d'hystérie totale, Manuela pleure à chaudes larmes, sanglote et...s'étouffe.

Elle a beau s'éventer de son éventail blanc, elle s'étouffe.

Intermède, il faut la sortir dans le square.

Je reste assise car j'ai décidé de déléguer mon fardeau.

Lily continue le show.

Elle interpelle les hommes présents (pas les femmes, hein !) pour qu'ils viennent chanter près d'elle.

On retrouve là les mêmes personnages en quête d'ego cités plus haut...

Elle nous lit LE poème qu'elle a écrit à la gloire d'Aznavour (pauvre Aznavour, il n'avait pas mérité ça !).

Là, elle en a le texte qu'elle nous distribue soigneusement, sans oublier le prospectus pour son prochain spectacle de théâtre.

Je réalise avec effroi que c'est elle qui menait au château "Les ateliers de Lily" pour chanter les chansons populaires et que, sur le conseil d'une copine, j'ai failli y aller...

Lily est débordée, car, dès qu'elle entonne une chanson, nous la coinçons et nous lisons les paroles sur nos portables.

Les jeunes femmes autour de moi ont compris le fonctionnement de notre meneuse qui a sciemment occulté le mot "ensemble"...

Un vague guitariste, imprégné de vodka, vient grattouiller des notes à la gloire de Lily...

Et nous faire faire des vocalises hasardeuses...

Je sature.

Manuela, revient sur sa chaise.

C'est vrai qu'elle est un peu blanche.

Mais le bazar reprend.

Lily nous demande d'être seule à chanter une chanson "un peu spéciale"...

Qui l'émeut beaucoup (nous aussi, hein !)

Et elle entonne "Comme ils disent".

Que nous fredonnons en même temps qu'elle ce qui l'agace prodigieusement.

Une jeune femme, véritable "drama queen" de notre paroisse, se lève alors et vient écorcher une chanson en sautillant sur place et en accumulant les petits cris et les fausses notes.

Lily cherche à reprendre la main...

Raté !

Et oui, nous, nous sommes venus là pour chanter Aznavour.

Et nous avons chanté Aznavour.

Non mais !

Ah oui, l'écharpe rouge, c'était pour le drapeau d'Arménie.

Non. Rien.

"Emmenez-moi !".....

Liliane Langellier

Lily, Aznave et moi.
Charles Aznavour. Les chansons préférées des Français.

Charles Aznavour. Les chansons préférées des Français.

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