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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

La Môme Bijoux. Brassaï, Morand et Kessel...

LA MÔME BIJOU(X)
Photo Brassaï 1932


Brassaï raconte :
« Une nuit d'hiver de 1932, autour de deux heures du matin, je suis entré dans un petit bar de Montmartre, le Bar de la Lune. La première personne que j'ai vue dans un nuage de fumée, fut cette femme sans âge, attablée devant un verre de vin.


Sa robe sombre brillait étrangement. Sa poitrine était couverte d'une quantité incroyable de bijoux : broches, pendentifs, de chaînes, de colliers. C’était un arbre de Noël avec guirlandes et étoiles brillantes. Des bagues aussi ! Plus d'une douzaine ! Deux à chacune de ses doigts boudinés qui enserraient de faux colliers de perles, enroulées autour de ses poignets comme des bracelets.


Comme un entomologiste qui découvre un nouvel insecte monstrueux, je fus en admiration devant cette apparition, qui avait émergé de la nuit.


"Comment, vous ne savez pas qui elle est ?" me demanda le serveur, surpris devant mon étonnement. C’est la Môme Bijou ! Autrefois, elle fut une femme riche et célèbre, et menait la grande vie. Elle allait en calèche au Bois de Boulogne.


Maintenant, elle vit de la charité, et lit l’avenir dans la paume de votre main.


Fasciné, je la dévorais des yeux.


La Môme Bijoux était un sommet de raffinement. […], en dépit de son maquillage de clown.

Pourtant, derrière ses yeux brillants, image séduisante de la Belle Époque, qui aurait échappé au ravage des ans, le fantôme d'une belle jeune femme semblait sourire.


Aurait-elle été, cette Môme Bijoux, une courtisane, une jeune sœur de Cléo de Mérode, Liane de Pougy, de la Belle Otero, ou d’Odette de Crécy ; ou bien avait-elle officié sur le trottoir entre le Moulin Rouge et Pigalle, de bar en bar, de cabaret en cabaret, et d'un corps à l’autre, comme me l’ont raconté certains clients du bar ?


Je voulais connaître sa vie, et qu’elle me racontât ses souvenirs.


Où avait-elle vécu ? Avait-elle dormi dans un lit à baldaquin avec voiles et dentelles, ou sur une paillasse ? Me montrerait-elle ses photographies anciennes, la preuve de son riche passé ? Il était trop tard pour entreprendre une conversation.


Je pris seulement trois clichés d’elle, dans l’intention de revenir une autre nuit.

Malheureusement, jamais plus je ne la revis.

 

 

LA MÔME BIJOU(X)

Paul Morand

Un matin, après la parution de mon livre « Paris de Nuit », publié en 1933, la Môme Bijoux fit une apparition mémorable dans le bureau de mon éditeur.


Arborant ses bijoux les plus étincelants, maquillée de manière extravagante, elle suscitait l’inquiétude. Sortie de son environnement, sans la complicité de la nuit, démasquée par la lumière du jour, elle semblait monstrueuse.


"Vous avez publié ma photo dans votre livre," cria-t-elle, menaçante. « Vous avez écrit des choses désagréables sur moi. Comme si j’étais échappée d’un cauchemar de Baudelaire ? Moi, un cauchemar ? "Elle refusa de partir jusqu'à ce que l'éditeur l’eût payée pour cette « insulte ».

LA MÔME BIJOU(X)

Joseph Kessel
France Soir, 21 décembre 1945


« La Folle de Chaillot » de Jean Giraudoux, écrit en 1943, pendant l'Occupation, et mis en scène pour la première fois le 21 Décembre 1945 à l'Athénée, a fait ressurgir la Môme Bijou de l’ombre.


A cette époque, on a pensé qu’elle avait inspiré Giraudoux. Et comme la pièce a également été jouée à Londres et à New York, elle est devenue célèbre.


« Je me souviens très bien », a écrit Joseph Kessel, le jour de la première représentation théâtrale.


« On la rencontrait jadis lorsque finissait la nuit de Montmartre et que l’heure venait de la fatigue et des hallucinations. Elle apparaissait tout à coup dans une brasserie du boulevard de Clichy ou dans une charcuterie de la place Pigalle et personne ne s’étonnait. On avait l’habitude. Elle faisait partie du peuple nocturne, du peuple trouble. On avait l’habitude. Pourtant quel personnage !


Ce chapeau immense fait de loques et de plumes sordides… Cette robe conçue au début du siècle, cent fois déchirée, cent fois ravaudée, guenille percée et scintillante, à laquelle s’accrochaient pêle-mêle, broches, colliers et camées de clinquant. Ce visage raviné, hagard, maquillé à l’aveugle. Et parmi les trous et les plis de la chair, ces yeux énormes, d’un brillant mort, les yeux perdus.


Des ruffians lui payaient saucisses et vin rouge pour lui faire raconter des histoires. Elle s’enivrait chaque matin et ne riait jamais. On appelait « môme Bijou « la vieille affreuse et fascinante qui portait, au bord de sa folie et de sa déchéance, je ne sais quel reflet obscur de grâces perdues, de pourrissantes amours. »


Or, parce qu’un poète, avant de mourir, s’est emparé de cette ombre et l’a complètement transformée, il y eut hier, au théâtre de l’Athénée, un soir comme on n’en avait plus connu depuis l’autre monde, celui qui a cessé d’être en 1939."

LA MÔME BIJOU(X)
Louise Willy et la Môme Bijou


Il est donc à peu près certain que la Môme Bijou et Louise Willy sont une seule et même personne.


Il reste beaucoup de choses à découvrir sur le passé d’Ida Sesquès, alias Louise Willy, alias la Môme Bijou.


Qui était le Roi ?


Où vivait-elle quand elle roulait en calèche ?


Comment a-t-elle tout perdu aux courses ?


Qu’a-t-elle fait pendant les années 1913-1927 ?


Il faudrait aussi trouver sa date du décès de Louis Fortuné Adolphe Liénard , qui pourrait avoir été son père, puisque, selon Bijou, ses parents sont morts le même jour, le 24 avril 1930

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