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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

Josiane Amielle, la balance du Résistant Maurice Glédel....

La Maison-Blanche de Villiers-le-Morhier où fut torturé Maurice Glédel.

 

Ce fameux été 1994...

De commémoration du Cinquantenaire de la Libération dans notre canton.

A été des plus troublés.

Un soir...

A la maison...

Muguette, une habitante de Coulombs, m'appelle pour me donner LA liste des collaborateurs de Nogent-le-Roi...

Ecrite par sa grand-mère.

Et Muguette, elle, elle y croit dur comme fer.

Je suis très très embarrassée.

Mon rédacteur-en-chef de la République du Centre, Michel Marneur, me demande de la rencontrer, de la calmer et de lui rapporter la liste.

Direction poubelle !

Nous ne publions pas ce genre de listes.

Aucun journal digne de ce nom ne le fait.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là.

Cette brave dame, assoiffée de vengeance, me déclare que la balance de Maurice Glédel, notre résistant local, est revenue vivre à Chaudon...

A Chaudon !

Dans mon village...

Je mène vite l'enquête.

Et je finis par joindre la dame en question.

Il s'agissait de Josiane Amielle, demeurant à l'époque, à Bordeaux.

Née à L'Aumône.

Le 21 mars 1926.

Je lui ai même parlé au téléphone.

Et je me suis empressée de démentir sa localisation à Chaudon.

Aujourd'hui, j'ai repris mon bâton de pèlerin et mes recherches dans la presse locale.

Voilà ce que je viens de trouver in "Femmes d'Eure-et-Loir" (un bi-mensuel de novembre 1944), sous la plume de Madeleine Mesnil-Fémeau (institutrice et Ecole Normale de Chartres avec Marcel Polvé) :

Madeleine était une communiste, engagée dans la Résistance. Elle a aidé à l'évasion des prisonniers du camp de Voves.

Elle était aussi secrétaire du Secours Populaire en Eure-et-Loir.

Elle fut mon principal témoin pour La Piste de Lormaye.

Où sa famille habitait rue des Clos.

Pour les faits...

Et, avec prudence...

Je vous retranscris l'article de L'Echo Républicain de la Beauce et du Perche.

Du 30 juin 1945.

Le journal du Drouais Pierre July.

 

"Le 12 août, un jeune homme de Villiers-le-Morhier, M. Maurice Glédel, instituteur, chargé du services des renseignements dans la Résistance, était appréhendé au domicile de ses parents. 

Il fut sauvagement torturé et, finalement tué par un groupe de S.S. 

Arrêtée quelques temps après par les F.F.I., Josiane Amiel, 19 ans, demeurant à Saint-Laurent-la-Gâtine et travaillant au compte des Allemands à la Maison-Blanche, reconnut être responsable de l'arrestation de M. Glédel. Par la suite, elle devait se rétracter en partie. 

A l'audience, elle dit que le jeune homme lui avait fait certaines confidences sur la Résistance en présence d'une autre employée chez les Allemands, une nommée Marguerite, laquelle a tout raconté à ses chefs. 

Josiane Amiel avoue cependant avoir répété les propos de M. Glédel à un sous-officier qui l'y obligea mais elle ajoute que ce militaire connaissait auparavant l'activité des résistants de la localité.

L'une des personnes appelée comme témoin, Mme Dervin, gardienne de propriété, vient déclaré : "Josiane Amiel m'a dit que Glédel était un terroriste dangereux et qu'elle avait été contrainte de communiquer aux Allemands ce qu'il lui avait confié".

L'accusée est représentée comme paresseuse, coquette, très légère. Maîtresse d'un S.S., elle accoucha à Paris à la fin de l'année dernière.

M. Simon, commissaire du gouvernement, prononce un réquisitoire particulièrement sévère. Il admet que la responsabilité principale de l'affaire incombe à la nommée Marguerite, mais n'en requiert pas moins le bagne perpétuel contre Josiane Amiel, accusée d'intelligence avec l'ennemi.

Me Baston s'efforce de minimiser les charges qui pèsent sur sa cliente. Il essaie de démontrer que celle-ci était la fiancée de Maurice Glédel, ce qui est démenti par la mère de ce dernier, mais l'avocat possède dans son dossier des lettres d'amour adressées par l'instituteur à la jeune fille. Et Josiane Amiel, à l'issue de la plaidoirie de son défenseur, de dire : "Je n'ai rien fait contre lui, il était bien trop gentil avec moi, je ne suis pas responsable de sa mort."

La Cour a condamné l'accusée à vingt années de travaux forcés et dix ans d'interdiction de séjour."

Dans L'Action Républicaine de Maurice Violette du 11 juillet 1945 :

20 ans de travaux forcés à la dénonciatrice de Maurice Glédel

Le 12 août 1944, Maurice Glédel, instituteur à Lormaye, était arrêté au domicile de sa mère et emmené à la Maison-Blanche, repaire des S.S. à Villiers-le-Morhier. Brutalisé, flagellé, torturé, il était finalement tué et enterré sous la digue, près de la rivière. 

Devant la Cour, au cours d'une émouvante et dramatique audience, a comparu celle qui semble avoir été son amie et sa dénonciatrice : Josiane Amiel.

Femme de chambre à la Maison-Blanche, enceinte d'un SS, Josiane Amiel, 19 ans, avait reçu la veille du drame, la visite de Maurice Glédel. Celui-ci, membre de la Résistance lui demanda des renseignements sur un dépôt de munitions et, paraissant nourrir encore quelque affection pour elle [NDLR Malgré son état de grossesse avancée], lui conseilla de quitter les Allemands pour éviter d'avoir les cheveux coupés à l'arrivée prochaine des Américains.

La jeune fille raconta la conversation à une certaine "Marguerite" personnage énigmatique dont on ignore l'identité, âme damnée des SS. Celle-ci aurait reporté les propos aux Allemands qui, sous la menace d'une baïonnette les firent répéter à la fille Amiel.

Les témoins

M. Marcel Ponceau, négociant en grains, à Nogent-le-Roi, raconte la découverte du cadavre du malheureux Glédel, le nez coupé, défiguré, et, comment le 12 octobre, en qualité de membre du comité d'épuration, il procéda au premier interrogatoire, et put, après plusieurs heures d'efforts, arracher des aveux partiels à la fille Amiel, de retour au pays après avoir accouché dans une clinique parisienne.

Mme Dervin, gardienne de la Maison-Blanche, rapporte les propos révoltants tenus par l'accusée : "C'est un bien que ce jeune homme ait été arrêté, c'est un terroriste dangereux, j'ai été obligée de raconter aux Allemands ce qu'il m'avait dit, sans quoi nous aurions toutes été inquiétées". Elle assure, qu'à sa fenêtre du second étage, la fille Amiel a assisté aux tortures et M. Dervin appuie ses dires.

Notons enfin une poignante déposition de Mme Glédel, mère de la victime. La voix brisée d'émotion, elle revit l'arrestation et la scène de la séparation et répète pieusement les dernières paroles qu'elle a entendues de la bouche chérie du disparu. Interrogée sur Josiane Amiel, suppliante, elle s'écrit : "Qu'on la tue, cette sauvage, je vous en prie !"

Réquisitoire, plaidoirie et verdict

Dans son réquisitoire, M. Simon, commissaire du gouvernement, laisse, à la mystérieuse "Marguerite" la responsabilité de la dénonciation et écarte pour l'accusée le châtiment suprême. Toutefois, il constate le crime d'intelligence avec l'ennemi et requiert les travaux forcés à perpétuité.

Très humainement, Me F. Baston se penche sur celle que des parents d'une faiblesse exceptionnelle n'ont pas su garder des tentations et des erreurs de la jeunesse. Il se refuse à porter sa terrible faute sur le plan national. Inconscience, immoralité, oui, mais pas trahison.

La Cour délibère et rapporte un verdict de 20 ans de travaux forcés et 10 ans d'interdiction de séjour. Josiane Amiel, qui n'a cessé de sangloter durant l'audience, accepte la sentence sans sourciller, avec, semble-t-il, un soupir de soulagement.

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A Coulombs...

C'est un ancien pote de Maurice, le maire Etienne Petit,  qui m'a remis sa photo.

C'est aussi lui qui m'a raconté que le gars Maurice avait effectivement une fiancée.

Qu'il respectait.

Et qu'il avait Amielle uniquement comme maîtresse.

Pour s'amuser et aussi pour obtenir d'elle des renseignements sur les Allemands.

Car, Josiane, elle, elle bouffait aux deux râteliers.

Pas bien prudent, ce malheureux Maurice !

Ce qui est le plus terrible c'est que la Josiane, elle avait tout juste 18 ans en août 1944...

Aucun jugement moral de ma part.

Que les assoiffées de justice dorment en paix...

Josiane Amielle est décédée le 24 janvier 2013 à Vierzon.

A l'âge de 86 ans.

68 ans après Maurice.

Quand, en tant que femme, on relit l'histoire de cette époque...

Il est évident que l'on se verrait bien endosser le rôle d'une Marie Fermine...

Chef de réseau de la Résistance à Pierres.

Et certainement pas celui de la balance Amielle.

Mais après tout...

Qui peut savoir ?

Hein ?

Qui peut savoir ?

Marcel Polvé, le directeur d 'école qui habitait Lormaye, m'a raconté que, le 8 mai 1945, quand les sirènes ont hurlé pour annoncer enfin la fin de la guerre...

Madame Gabrielle Glédel, la maman de Maurice, est sortie de chez elle en larmes en disant "Tout ça pour ça !"

 

Liliane Langellier

La Maison-Blanche de Villiers-le-Morhier où fut torturé Maurice Glédel.

Lire aussi sur ce blog :

Le résistant Maurice Glédel aura toujours 20 ans pour l'éternité

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