Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

Illusions perdues. Le film de Xavier Giannoli. Une vibrante comédie humaine...

"Pour écrire un livre, il faut avoir quelque chose à dire, mais aussi quelque chose à taire"
Lucien de Rubempré in Illusions perdues.

« Chacun, chez Balzac, même les portières, a du génie », écrivait Baudelaire dans L'art romantique, pour décrire l’imposante œuvre de l’écrivain français. Dans sa Comédie humaine, la poésie côtoie la philosophie, le réalisme se décline en un ballet survolté de mœurs, d’amours, de trahisons, de caprices et de deuils, ces expériences d’apparence banale qui tracent les destinées et enchaînent les individus dans les cases que leur réserve la société.

Il faut plus que du courage et de l’ambition pour oser traduire le tourbillon de détails, les personnages plus grands que nature, le cynisme appuyé et les excès romanesques d’Honoré de Balzac en images, sur grand écran de surcroît.

Avec son adaptation des Illusions perdues, qui a nécessité une publication en trois parties entre 1837 et 1843, Xavier Giannoli réussit son pari. Le réalisateur français effectue les choix narratifs qui s’imposent — se concentrant sur la seconde partie du roman — sans jamais sacrifier l’élan et le mouvement de l’auteur, la grandiloquence du décor, des personnages et de leurs tourments, la densité et la multiplicité des enjeux.

Lucien de Rubempré (Benjamin Voisin) est un jeune poète ambitieux et inconnu qui rêve de Paris, de succès, d’art et d’argent. Il quittera l’imprimerie familiale pour tenter sa chance dans la Ville Lumière au bras de son amante et protectrice, la comtesse de Bargeton (Cécile de France).

Pour éviter le scandale, Lucien est rapidement laissé à lui-même avec trois sous en poche. Recruté par un journal culturel pour rédiger des critiques, il découvre les coulisses d’un monde dominé par le profit et les faux-semblants où tout, la littérature, la presse et le théâtre, la politique, les sentiments et les réputations, est régi par les lois du marché, esclaves de la volonté du plus offrant.

La caméra de Xavier Giannoli épouse le tourbillon frénétique d’une société drapée d’artifices et de ruses, d’élégance faste et de bouches tentatrices. À la narration, Xavier Dolan (qui incarne également Raoul Nathan, un ardent défenseur de l’art) raconte un milieu où les plumes se font vengeresses et pernicieuses, les drames, aussi fougueux que l’ivresse, et les regards, amoureux, déterminés ou frôlant le désespoir. Sous sa cadence, le monde devient théâtre. Elle lévite avec virtuosité au-dessus des foules, se faufile entre les robes bouffantes et les coupes de champagne, accompagne la joie des applaudissements et la détresse des huées, lève les pans d’un rideau où se dissimulent des marchés conclus et des baisers volés, capte, soudain interrompue dans son élan, les cœurs brisés et les illusions déçues.

Le cinéaste parvient à trouver son souffle à travers cette frénésie, ne laissant jamais ses prouesses esthétiques éclipser les enjeux, les émotions et les critiques sociales. Car à travers le dédain de Balzac pour la bourgeoisie et la société marchande, Xavier Giannoli cherche d’abord et avant tout à tendre un miroir à ses contemporains. C’est ici qu’il piétine le plus. Ses propos — pointant du doigt une presse dirigée par une logique marchande, la corruption qui menace les journalistes et la virulence des fausses nouvelles — manquent parfois de nuances, mais demeurent traversés d’accents de vérité rappelant que l’histoire, comme l’humain, est vouée à un éternel recommencement.

Les "illusions perdues" de Lucien Rubempré, personnage romantique et anthologique de "La Comédie humaine" d'Honoré Balzac, sont adaptées au cinéma sous la caméra de Xavier Giannoli. Les critiques du Masque & la Plume saluent globalement une adaptation spectaculaire et très réussie du grand romancier du XIXe siècle.

Le film présenté par Jérôme Garcin (directeur de l'émission)

L'adaptation du grand roman d'apprentissage d'Honoré de Balzac, avec Benjamin Voisin dans le rôle de Rubempré ; Cécile de France, Vincent Lacoste, Xavier Dolan qui joue à la fois l'écrivain Raoul Nathan et qui est aussi la voix off ; Salomé Dewaels qui joue l'actrice et maîtresse de Rubempré ; Jeanne Balibar, Gérard Depardieu en éditeur analphabète et véreux, André Marcon, Louis-Do de Lencquesaing et Jean-François Stévenin un faiseur de claque dans les théâtres, bien à l'image corrompue et vénale de cette deuxième partie du roman intitulée "Un grand homme de province à Paris", et sur laquelle Xavier Giannoli a jeté son dévolu. 

On y voit notre héros, le jeune poète Lucien qui préfère ajouter le nom et la particule de sa mère, madame de Rubempré, quitter Angoulême pour se faire un nom dans la capitale, choisir le journalisme et découvre une presse vendue pleine de fake news où les articles se paient comptant et où on laisse un petit singe désigner le livre qui sera encensé ou exécuté. 

Il y a même une allusion assez drôle au "Masque & la plume" pour ceux qui ont l'oreille fine. Ici, l'argent commande à la presse, aux idées politiques, aux goûts culturels et même aux amours. 

Pour Charlotte Lipinska (Vanity Fair), c'est "un film spectaculaire, qui a franchement de la gueule !"

"C'est un film qui est constamment en mouvement, à la narration très fluide, extrêmement riche. On suit l'histoire avec énormément d'aisance et de fluidité. 

C'est comme un miroir assez féroce de notre époque contemporaine qui traduit la tyrannie de l'information, du pouvoir néfaste de la rumeur, des banquiers qui achètent les journaux et, surtout, ce moment où l'opinion publique se négocie, devient une marchandise. 

Tous les comédiens sont absolument merveilleuxLes répliques sont cinglantesC'est extrêmement bien écrit. L'utilisation de la voix off amène vraiment quelque chose.

La seule petite chose qui me retient dans mon enthousiasme, c'est que Xavier Giannoli multiplie un peu trop les clins d'œil à notre époque contemporaine, ce qui, bizarrement, m'éloigne d'une émotion finale". 

Selon Michel Ciment (Positif), "Xavier Giannoli signe son meilleur film et remporte le pari d'une adaptation très réussie de Balzac"

"La voix off s'allie parfaitement avec le visuel, c'est absolument merveilleux. Pourtant j'étais inquiet quant à l'adaptation de ce grand livre de Balzac. La plupart des grands livres ne donnent pas forcément de bons films. Là, on a affaire à une adaptation très réussie d'un des chefs-d'œuvre de Balzac

J'aime ce tourbillon ; ce côté un peu enfant du paradis d'aujourd'hui ; ce plaisir du romanesque ; de la reconstitution d'époque". 

Jean-Marc Lalanne (Les Inrockuptibles) regrette "une adaptation plus fastidieuse que balzacienne, désaffectée et sans profondeur émotionnelle" 

"Si le film est très bien façonné et traduit une vraie compétence dans l'art du spectacle, d'où une direction artistique très au point, je suis moins enthousiaste. 

Mais comme le dit très joliment Rubempré : "pour écrire un livre, il faut avoir quelque chose à dire, mais aussi quelque chose à taire" Et le film n'a rien de secret. Il y a un travail de fléchage, de visibilité absolue de toutes les intentions, y compris dans le jeu des comédiens qui appuient sur tous les sentiments possibles et qui, moi, me gênent…

Je le trouve désaffecté, sans profondeur émotionnelle car le film se construit sur un rythme qui n'est pas du tout Balzacien et parfois fastidieux. C'est très feuilletonesque, très dégressif. L'usage qu'il fait de la critique de la Presse est assez appuyé et tend à résonner avec un certain poujadisme qui consiste à discréditer le travail journalistique comme quelque chose de nauséabond". 

Nicolas Schaller (L'Obs) loue "une euphorie romanesque du personnage imprégnée du parcours personnel de Xavier Giannoli"

"À première vue, il m'avait laissé un sentiment de férocité un peu aigre, et, en revoyant, ce qui m'a marqué, c'est que, finalement, le film trouve une force universelle en exprimant les sentiments du réalisateur. À travers Rubempré, le Xavier Giannoli parle beaucoup de lui. Il a été journaliste avant d'être réalisateur et il fait résonner ici son propre parcours avec à la fois les rancœurs qu'il a vécues que le film exploite beaucoup et, en même temps, cette quête de la beauté. 

Il se révèle meilleur polémiste que poète. Il a l'intelligence du casting. 

Il a une forme de classicisme très solide, de solidité romanesque qui fait penser à "Amadeus" de Miloš Forman". 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article