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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

Elizabeth & Margaret. Le livre d'Andrew Norton....

Elizabeth is my pride, but Margaret is my joy.
George VI.

L’une, timide, rêvait d’une vie simple, proche de la nature. L’autre, impétueuse et égoïste, se voyait en haut de l’affiche. Nées avec quatre ans d’écart, les deux filles du roi George VI et de la reine Elizabeth vont devoir composer avec le trône d’Angleterre et les tourments de leur vie sentimentale. Dans son nouveau livre, Elizabeth & Margaret, dans l'intimité des sœurs Windsor, le biographe Andrew Morton, déjà auteur de Diana, sa vraie histoire, plonge dans les arcanes de la relation complexe qui va lier Lilibet et Margo, soudées à la vie à la mort. Extraits en exclusivité.

Pourquoi vous êtes-vous plongé dans les relations entre les deux sœurs ?

Andrew Morton : Je me suis rendu compte que s’il y avait eu de nombreuses reines dans l’histoire, aucune n’avait eu une sœur dont elle était proche. Toutes deux possèdent un caractère dessiné et intéressant et cela permet d’éclairer un peu mieux le personnage de la reine. Margaret était consciente qu’elle allait être vue comme le vilain petit canard, quand Elizabeth serait la jolie, l’honorable. Une question d’image, qui ne correspondait pas forcément à la réalité. Certes, Margaret est plus théâtrale, mais Elizabeth sait comme personne parler avec l’accent cockney. Ses talents d’imitatrice ont été étouffés par ceux de sa sœur. Je recherche toujours à dessiner la vraie personnalité derrière l’image.

 

La princesse Élisabeth (à gauche) et la princesse Margaret, (à droite) conduisant un poney à Great Windsor Park, en 1941. © akg-images / UIG / Universal History Archive

Il est beaucoup question de leur vie privée dans votre livre. Toutes deux rencontrent l’homme de leur vie à l’adolescence. 

Elizabeth a 13 ans lorsqu’elle voit Philip pour la première fois, et Margaret 16 ans lorsqu’elle tombe amoureuse de Peter Townsend, l’écuyer de son père. C’est l’un des exemples fascinants de l’intérêt de comparer vraiment la vie des deux sœurs. D’un certain sens, elles voulaient sortir au plus vite de la claustrophobie de leur vie annoncée. 

En octobre 1955, Margaret doit sacrifier son amour pour Peter Townsend. © Popperfoto/Getty Images

Au début des années 1960, le couple formé par Margaret et son mari Antony Armstrong-Jones est au zénith… 

Aussi célèbre que celui d’Elizabeth Taylor et Richard Burton. Dans les Swinging Sixties, ils forment l’un des couples les plus glamour au monde. Sur leur scooter ou dans leur Mini Cooper, ils règnent sur la vie mondaine de Londres et vivent quelques bonnes années ensemble, avant que ne se produise l’inévitable. Connaissant les penchants séducteurs de Tony, ses amis l’ont mis en garde : "Ne te marie pas, c’est une vie impossible." D’autant que le début des années 1960 est marqué par l'utilisation du zoom par les paparazzis, ce qui change la donne. Par contraste, Elizabeth et Philip apparaissent si raisonnables.

Vous dites que Margaret a été l'amie, la camarade de jeu, la conseillère d'Elizabeth… 

Absolument. Le travail de reine est solitaire. Vous ne savez pas à qui vous fier et finalement, les seuls à qui vous avez envie de faire confiance, c’est votre famille. Pour Elizabeth, le choix était limité, entre une mère extravagante et un mari frustré de ne pas avoir de carrière. En dépit de ses déboires amoureux, Margaret a été très loyale envers sa sœur et ne l’a jamais lâchée. Comme dans la tourmente qui a suivi la mort de Diana. Il faut dire qu'elles ont été élevées dans les années 1930 et 1940 et ont vécu dans la hantise des bombes. La réaction du peuple britannique les a ébahies. D’autant qu’elles connaissaient la vraie Diana mieux que quiconque, avec toutes ses failles. 

Élisabeth II, Queen Mum et la princesse Margaret sur le balcon du palais de Buckingham en mai 1995. Ni les épreuves du règne ni les peines de coeur ne sépareront jamais les deux soeurs. © Tim Graham Photo Library via Getty Images

La série The Crown a-t-elle tendance à maltraiter Margaret ? 

Le moins que l’on puisse dire est qu’elle y apparaît haute en couleur ! D’une certaine façon, la série lui rend hommage car elle en est l’un des personnages les plus intéressants. Mais tout est exagéré. Margaret et le président Lyndon B. Johnson échangeant des poèmes, c’est n’importe quoi ! Je suis consultant pour la prochaine saison qui, je pense, sera plus précise.

L'actrice britannique Helena Bonham Carter interprète la princesse Margaret dans les saisons 3 et 4 de la série The Crown. © Sophie Mutevelian/Netflix

Avez-vous une préférence pour l'une des deux sœurs ? 

À première vue, Margaret est plus glamour et plus amusante. Elizabeth a grandi pour devenir reine, suivant assidûment les pas de son père dès les années 1950. Début avril 2020, lorsqu’elle parle à la nation frappée par le Covid, elle distille toute la sagesse qui a marqué les différentes étapes de sa vie. De la petite fille qui rêvait d'évoluer au milieu de ses chiens et de ses chevaux, à cette femme admirée et respectée par le monde entier. Je pense que je préfère la reine.

Extraits inédits d'Elizabeth & Margaret  d'Andrew Morton

"'Quand on est deux sœurs, confia la princesse Margaret à Gore Vidal, son ami écrivain, que l’une est la reine qui se doit d’être à la base de ce qui est honorable et bon, l’autre se doit d’être maléfique, d’attirer l’attention par une espièglerie des plus créatives.' En effet, Margaret adopte aisément le stéréotype du mouton noir et son comportement permet parfois à sa sœur de briller. Cette réputation fait à peine trembler la cendre au bout de son sempiternel fume-cigarette. 'Désobéir est mon bonheur', déclara-t-elle d’ailleurs un jour.

La princesse Margaret, entourée de sa soeur, la princesse Élisabeth, et de sa mère, Elizabeth Bowes Lyon, en 1934. Malgré leurs quatre ans d'écart, Lilibet et Margo grandissent comme des jumelles. © Spencer Arnold Collection / Intermittent / Getty Images

Margaret se connaît suffisamment pour établir une subtile distinction entre le portrait que les médias donnent d’elle, une femme jalouse de la position de la reine, et le conflit plus complexe d’une jeune femme éclipsée par sa sœur aînée : 'Je n’ai jamais souffert du 'syndrome de la fille cadette'. Mais j’ai toujours été gênée qu’on m’attribue le rôle de la 'petite sœur'.'

Comme le remarque avec justesse une connaissance : 'Elle se conçoit davantage comme la fille du roi que comme la sœur de la reine." À savoir, un membre de la branche principale de la famille royale, et non d’une branche secondaire, ce qui devient le cas après l’accession d’Elizabeth au trône.

Photographiée ici en juillet 1946, avec sa soeur, la princesse Élisabeth, et ses parents le roi George VI et la reine Elizabeth, la princesse Margaret (à droite) déclarera un jour : "Désobéir est mon bonheur'. © Lisa Sheridan/Studio Lisa/Getty Images

Jamais Margaret n’a prétendu vouloir changer de place avec sa sœur. Au contraire, elle claironne à qui veut l’entendre que son rôle consiste à l’aider à porter le fardeau immense de sa fonction. 'N’est-ce pas heureux que Lilibet soit l’aînée ?', dit-elle un jour. Elizabeth accepte respectueusement les contraintes de la vie royale qui agacent tant Margaret.

Les deux sœurs ont beau être diamétralement opposées et en désaccord, s’affrontant aussi bien sur des peccadilles que sur des sujets majeurs, elles s’aiment. Ces tiraillements entre affection et distance, entre amour profond et jalousie primitive, se trouvent au cœur de l’intimité d’Elizabeth et Margaret."

"Lilibet est ma fierté, Margaret est ma joie"

"Il devient vite évident que les sœurs ont des caractères fondamentalement différents, et pas seulement parce que Margaret est 'trop jeune'. On peut toujours compter sur Elizabeth pour faire ce qu’on lui demande, comme ranger ses jouets et ses affaires, un comportement qui révèle son souci de la discipline. Margaret, de son côté, se montre toujours espiègle et fougueuse, et va jusqu’à mordre et harceler sa sœur, plus douce, quand elle n’obtient pas ce qu’elle veut. 'Oh ! Margaret, la réprimande Elizabeth un jour, avec toi, il s’agit toujours de ce que tu veux.' (…)

Le roi George VI avec son épouse la reine Elizabeth et leurs deux filles, les princesses Élisabeth et Margaret, au Royal Lodge de Windsor Castle en 1939-40. © akg-images / World History Archive

Arrivée à l’adolescence, Elizabeth assume encore plus fermement le rôle qu’elle s’est donné depuis la naissance de Margaret : celui d’une personne 'à qui l'on peut toujours expliquer les choses'. Elle se rend toujours aux arguments sensés. Margaret, en revanche, prend la direction opposée. Il était 'impossible de la raisonner, raconte un témoin. Elle était gaie, pleine d’entrain… et têtue. Mais grâce à son charme fou, elle s’en tirait toujours.' Dans une phrase restée célèbre, leur père conclut : "Lilibet est ma fierté, Margaret est ma joie.'"

 

 

Elizabeth & Margaret, dans l'intimité des soeurs Windsor, éd. de l'Archipel, 340 p., 21 euros.

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