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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

8 Juin : Saint-Médard, priez pour moi !

« S'il pleut pour Saint-Médard, l’été sera bâtard, à moins que Saint-Barnabé qui vient derrière, ne lui coupe l'herbe sous le pied. »
Proverbe.

Le 8 juin, c'est la fête patronale du village de mon enfance.

Chaudon et sa Saint-Médard...

Juin, c'était l'époque béni...

Celle des petites roses anciennes en rangs serrés sur leurs arceaux...

Et des myosotis fous dépassant des bordures du jardin...

Je n'ai aucuns souvenirs d'enfance de cette fête...

Car j'étais, chaque début juin, dans mon joli pensionnat du bois de Boulogne...

Mais jeune fille puis jeune fiancée, et enfin jeune mariée, j'ai bien profité des flons-flons du bal...

Qui avait lieu juste devant la mairie, en grande rue, à l'époque...

Et de la cavalcade des chars...

Et des défilés des majorettes...

Plus tard, en 1996, en tant que conseillère municipale, je fus la première à travailler sur les journées du patrimoine de notre village.

Avec France Vormus, pour les photos, et Colette Laget, pour les textes, nous avons élaboré une dizaine de panneaux qui racontaient l'histoire de l'église et de...

Saint Médard !

Car, il faut bien l'avouer maintenant...

Le 8 juin, Saint Médard m'a toujours protégée.....

 

8 juin 1965.

La fièvre est montée à 40° dans la nuit.

J'ai atrocement mal au côté droit.

C'est le jour du baccalauréat de philosophie.

Dix jours que je ne peux rien avaler.

Et que je ne garde rien.

Mais le tonton médecin a été formel : passe ton bac d'abord !

Je révise donc comme je peux, allongée sur mon lit, avec de la glace sur le ventre.

Mais, là, je n'en peux plus...

Au petit matin...

Ambulance, et hôpital Dunant de la Porte de Saint Cloud.

Le tonton est tellement angoissé qu'il a téléphoné à un de ses potes, le docteur d'Allaines.

C'est un grand chirurgien en cardiologie.

Mais, moi...

Moi, je ne sais plus très bien où je suis...

Je me vois encore passer la radio des poumons au premier sous-sol avec les chariots de frites qui défilaient dans le couloir...

Je suis en chambre avec une jeune femme opérée du coeur.

D'Allaines arrive avec sa suite.

Il est beau comme Jean-Claude Pascal.

Quand il m'appuie sur le côté, je suis ravie, je n'ai plus mal...

"Au bloc immédiatement !"

Pendant que je me battais pour m'en sortir...

Fernand a dû filer se présenter fissa au lycée Louis-le-Grand, boulevard Saint-Michel, où je devais passer l'écrit de mon second bac.

A peine arrivé dans le couloir, un escogriffe lui saute dessus, lui refile les sujets du bac et lui indique le numéro d'une classe...

Fernand, il était plutôt énervé, alors, là...

Il faisait beau et chaud ce 8 juin-là...

Johnny chantait "Retiens la nuit !"

Et j'étais amoureuse d'un grand blond.

Dans la nuit qui a suivi l'opération, j'ai eu soif...

Dunant était un hôpital école de la Croix Rouge...

Et la jeune élève infirmière que j'ai sonnée m'a filé un verre d'eau...

Fallait pas...

On ne donne pas à boire aux opérés récents.

Et, là, j'ai demandé à voir un prêtre car je pensais passer ad patres.

Mais Saint-Médard veillait !

Je me suis rétablie peu à eu...

Et un jeune interne venait chaque soir bavarder avec moi.

J'étais la sensation de l'hôpital : se faire opérer d'une péritonite le jour de son bac !

Le 9 juillet suivant, à la session de rattrapage des malades, le sujet de philosophie fut "Le plaisir et la douleur".

De circonstance.

Je décrochai une très belle note.

 

8 juin 1986.

Je vais enfin connaître la lumière d'Istambul.

Le comité d'entreprise de L'Express nous propose 5 jours au Pera Palaz.

J'en rêvais depuis toujours...

Depuis que, chez l'oncle Georges, au Petit Massy, j'ai découvert "Les désenchantés" de Pierre Loti et aussi "Azyadé"dans la petite Collection Pourpre de chez Calmann-Levy..

La lumière du Bosphore.

Logée dans un hôtel qu'affectionnait Agatha Christie...

Et qui était un des terminaux de L'Orient-Express.

Istanbul...

Les couleurs du marché aux épices, les déjeuners de poissons dans les ruelles, le chant du muezzin le soir...

Et puis surtout, surtout, le Café de Pierre Loti où j'ai traîné tous les participants du voyage...

Et, où, nous avons fumé le narguilé en regardant Constantinople à nos pieds.

Je me suis risquée chez un antiquaire qui tient boutique près du Grand Bazar...

Sofa Souvenirs 42, Nuruosmaniye Street....

C'est un confrère qui m'avait refilé son adresse.

Là, pas de toc, mais des bijoux à prix abordables.

L'antiquaire turc est un grand beau brun au sourire ravageur...

Il nous propose de nous emmener prendre un verre avec une vue unique sur le Bosphore.

Et nous ne refusons pas d'être ainsi guidées par un autochtone.

Un petit matin, je m'échappe...

J'ai envie de sentir l'odeur matinale des ruelles...

Et des petits veudeurs de jasmin devant les mosquées interdites.

Je n'oublierai jamais la lumière du Bosphore.

Je n'avais rien connu de si lumineux depuis Venise.

 

8 juin 1988.

J'ai rejoint la rubrique Art et Spectacles de L'Express.

Je suis veuve depuis un peu plus d'un an.

Et je commence une passion douloureuse et envoûtante...

Ce jour-là, je porte mon joli chemisier blanc Kenzo avec ses manches bouffantes qui dénude gracieusement l'une de mes épaules.

Et une salopette en jeans ornée d'un énorme coquelicot rouge.

Je ne l'ai pas entendu arriver car je tourne le dos à l'entrée du bureau...

Et je bosse sur mes rubriques télé..

Mais, j'ai senti sa présence.

La douceur de sa présence...

Mais, il est tellement imprévisible...

Ce jour-là, ses lèvres effleurent mon épaule.

Et il glisse tout doux : "Quand est-ce qu'on couche ensemble, ma Lily ?"

Le temps que je me retourne : personne !

C'est mieux ainsi.

Je suis tombée là sur le grand joueur de la passion.

Il peut nous l'égrener sur tous les tons et dans tous les modes.

Il a quelque chose du Valmont des "Liaisons dangereuses".

Mais je ne suis pas la marquise de Tourvel !

On se cherchera longtemps.

On ne se trouvera jamais.

Mais les désirs inassouvis restent les plus féconds de la littérature.

Et aujourd'hui encore...

Aujourd'hui encore, je rêve de lui en lousdé et j'en suis encore toute émue !

 

8 juin 1993.

Je suis attachée de presse à la prestigieuse Chambre de Commerce de Chartres.

Et en charge de la rédaction et de la fabrication du petit journal mensuel.

Je me suis levée tôt, très tôt, pour aller donner un B.A.T. (Bon à Tirer) à l'imprimerie chartraine.

La Nationale 154 Dreux Chartres, que l'on appelle aussi la route du blé, ou la route des Anglais, est déjà très encombrée.

A quelques voitures de moi, un romanichel double avec sa lourde caravane...

Un pneu explose.

Il se rabat immédiatement.

Et...

C'est le carambolage.

Je n'ai pas le temps de réaliser que j'ai déjà embouti la voiture devant moi quand elle a freiné brusquement.

Mais, juste derrière moi, il y a une camionnette commerciale Volkswagen...

Et lui, il me balance carrément dans le champ.

Le choc est dur.

Très dur.

Je ne sais qu'une seule chose : il faut sortir vite de la voiture pour ne pas y griller.

Je me retrouve donc assise dans l'herbe haute.

Je porte ma jolie robe "Libération de Paris"...

En crêpe blanc parsemé de coquelicots et de bleuets...

C'est la robe de Romy Schneider quand elle fait du vélo avec Philippe Noiret dans "Le vieux fusil"...

Je la porte avec une grosse ceinture rouge et des escarpins d'été assortis à talons hauts.

Les hommes en voiture derrière moi accourent.

Un commercial Heudebert coupe immédiatement le contact.

Et puis, tout d'un coup, je vois arriver Jean Hieaux, le maire de Dreux.

Jean me connait puisque je bosse pour son fils Bertrand.

Il appelle les secours.

Et téléphone immédiatement à Bertrand.

A l'époque, il était l'un des rares à avoir le téléphone dans sa voiture.

Les pompiers débarquent et me collent une minerve.

Vu le V.I.P. qui les a appelés, je suis hyper chouchoutée.

Ma jambe droite gonfle de plus en plus.

Direction hôpital du Coudray à Chartres.

Rien de cassé.

Mais ma jambe est vilaine et il faut du repos, des anti-inflammatoires et des antalgiques.

Je rentre discrètement à La Louise pour ne pas effrayer ma Jeannette.

Le lendemain matin, je vais craquer et pleurer tout mon soul.

Car je viens juste de réaliser que...

Je l'ai échappé belle.

............

Alors.....

Alors, vous faites comme vous voulez...........

Vous y croyez ou pas..........

Tout cela m'est bien égal....

Mais, moi, je peux vous le dire sans rougir de ma foi :

En ce 8 juin 2022...

Saint-Médard de Chaudon...

Priez pour moi !

 

Liliane Langellier

Saint Médard...

Saint Médard...

Pierre Loti dans la Collection Pourpre.
Pierre Loti dans la Collection Pourpre.

Pierre Loti dans la Collection Pourpre.

Jean-Pierre Dufreigne. Mon Valmont à moi.

Jean-Pierre Dufreigne. Mon Valmont à moi.

Modèle de robe style "Libération de Paris"..

Modèle de robe style "Libération de Paris"..

Jean Hieaux et Bertrand Hieaux.
Jean Hieaux et Bertrand Hieaux.

Jean Hieaux et Bertrand Hieaux.

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