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Chez Jeannette Fleurs

“Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien.” Paul Valéry. Poussez la porte de la boutique : plus de 2.300 articles.

Le 3 février 2011, mourait Maria Schneider. Elle avait 58 ans.

Pour venger Maria Schneider, 46 ans après "le Dernier Tango à Paris"

Article de Jérôme Garcin du 20 août 2018

 

Vanessa Schneider, la cousine de l'actrice disparue, restitue son histoire avec loyauté, rage et empathie.

Cette rentrée littéraire va voir passer, en ombres chinoises, trois mystérieuses mythologies du cinéma: Ava Gardner, «la plus belle femme du monde», que Thierry Froger portraiture dans «les Nuits d'Ava» (Actes Sud), Alain Delon, ce guépard que Jean-Marc Parisis sculpte au burin dans «Un problème avec la beauté» (Fayard), et Maria Schneider, dont le même Delon fut l'ange gardien. Il l'aida à décrocher son premier rôle dans «Madly», lorsqu'elle croyait encore au bonheur et à ce métier; quarante ans plus tard, il lui dit adieu en lisant, à l'église Saint-Roch, la lettre que Brigitte Bardot avait écrite pour son amie foudroyée, dont elle avait tenu à prendre en charge les obsèques.

Maria Schneider, c'est la Jeanne de 19 ans que Bertolucci brûla sur le bûcher du «Dernier Tango à Paris». Son bref destin fut une tragédie jalonnée de tentatives de suicide et de séjours psychiatriques à Sainte-Anne. Elle mourut, dévorée par le crabe, criblée de piqûres d'héroïne, assommée par l'alcool et le désespoir, sans avoir jamais été reconnue par son père trop entreprenant, Daniel Gélin. Le livre, où elle aurait enfin tout dit, qu'elle avait souhaité faire avec sa cousine Vanessa Schneider, avant de renoncer devant la souffrance que l'évocation de ses souvenirs provoquait, cette dernière a décidé de l'écrire.

 

Une vie saccagée par Bertolucci et Brando

Mais c'est à la disparue scarifiée que, la tutoyant de bout en bout, Vanessa Schneider s'adresse. Dans «Tu t'appelais Maria Schneider» (Grasset, 19 euros), longue lettre bouleversante et rugissante, elle ne veut pas tant la faire revenir que la venger. Venger la fille de la sœur de son père que, sur le tournage du «Dernier Tango» (1972), Bernardo Bertolucci et Marlon Brando ont trompée, terrorisée, abusée, symboliquement violée pour une scène de sodomie, et dont ils ont, toute honte bue, saccagé la vie.

Parfois, Maria venait se réfugier chez les parents écolo-gaucho-mao de Vanessa, qui collectionnait tous les articles sur sa cousine et que fascinait -«une fascination tendre et morbide» - cet astre noir, cette beauté défoncée, cette rebelle qui avait fait l'amour dans un avion avec Bob Dylan, vécu pendant trente ans avec une femme et pour laquelle Patti Smith avait écrit une chanson torride. 

Cette histoire, écrit Vanessa Schneider, a forgé ce que je suis, elle m'appartient.» 

Elle la restitue avec une audace, une loyauté, une rage peu communes, et une empathie qui rappelle celle de son père, Michel Schneider, pour une autre grande brûlée du cinéma: Marilyn Monroe.

Jérôme Garcin

Tu t'appelais Maria Schneider,
par Vanessa Schneider,
Grasset, 256 p., 19 euros.

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