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Chez Jeannette Fleurs

“Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien.” Paul Valéry. Poussez la porte de la boutique : plus de 1.600 articles.

Le kimono, des samouraïs aux pop stars...

Le vêtement japonais semble immuable. Pourtant il n’a jamais cessé de se transformer et de faire de nouveaux adeptes, comme l'a montré une grande exposition au musée du Quai Branly-Jacques Chirac

Kimono signifie « la chose que l’on porte sur soi », en japonais. Difficile de faire plus flou comme définition. Pourtant, comme l'a montré l’exceptionnelle exposition du Victoria et Albert Museum (V&A) de Londres présentée au musée du Quai Branly-Jacques Chirac de Paris, ce vêtement apparu au XIIIe siècle dans l’archipel nippon porte très bien son nom.

Le kimono est à la fois emblématique du pays, pétri de traditions et semble ne jamais changer. Mais il est aussi l’un des vêtements les plus copiés et réinterprétés au monde, et l’un des plus porteurs de modernité. Il est ce que l’on veut qu’il soit.

Aujourd’hui au Japon, il est peu porté au quotidien. Mais la société japonaise est encore très codifiée. Lors des cérémonies, le rituel vestimentaire est immuable, particulièrement pour les femmes. Les petites filles et les jeunes célibataires portent des kimonos très colorés, des furisode. Juchées sur des tongs en bois, elles n’ont guère de liberté de mouvement.

Quant aux futures mariées, elles arborent avant la célébration des kimonos blancs, des shiromuku, qu’elles remplacent après par d’autres colorés, illustrant leur entrée dans la famille de leur époux, via la « teinture » à leurs couleurs. Le marié porte, lui, un kimono noir. Si ces rituels semblent bien contraignants, il faut reconnaître à ces tenues conventionnelles une élégance et un raffinement suprême. C’est, sans doute, le secret de la longévité du kimono.

Le vêtement occidental est traditionnellement basé sur la coupe, qui modèle et transforme le corps (jusqu’à lui avoir fait porter des corsets !). Le vêtement japonais est lui, basé sur le tissu qui enveloppe celui ou celle qui le porte. Le corps n’est pas mis en scène, il s’efface derrière les motifs, les matières et les couleurs mais − sensualité suprême ? − il se révèle en se cachant.

Voyage au Japon L'Express au printemps 1984

Le kimono est unisexe mais jamais asexué. En le portant, les androgynes en sont plus troublants, les femmes plus féminines et les hommes plus virils. Ultime paradoxe, il se porte autant dans l’intimité du foyer que dans l’espace public.

Sa forme immuable est celle d’un T réalisé par l’assemblage minutieux d’une pièce de tissu découpée (souvent un coupon pour chaque manche, deux pour l’encolure, deux pour le devant et le dos). Un obi − une large pièce de tissu d’une autre couleur ou d’un autre motif − ceinture la taille et ferme le kimono.

 

Au milieu du XIXe siècle, à l’ère Meiji, quand le Japon s’ouvre aux restes du monde, l’Europe s’emballe pour son art de vivre. Meubles (paravent, tables…), décoration (vase, fleurs, panneaux muraux…), l’heure est au japonisme. Mais, comme avec l’orientalisme, c’est un ailleurs fantasmé, pétri de désirs occidentaux. A l’opéra, on pleure les malheurs de Madame Butterfly. Chez soi, on s’alanguit en kimono. Les dandys l’adorent. Au début du XXe siècle, les couturiers français le réinterprètent en manteau ou en robe du soir.

Au Japon aussi, le kimono évolue. La forme reste la même mais le tissu se fait martial dans les années 1930. Les kimonos des petits garçons arborent des avions de chasse. Après guerre, le kimono permet au pays vaincu d’affirmer son identité. Au travail, on s’habille à l’Occidental, mais chez soi on réenfile son kimono.

A partir des années 70, l’émergence des stylistes japonais comme Kenzo, Rei Kawakubo pour Comme des Garçons, Issey Miyake… bousculent les codes des vêtements occidentaux et les réinventent. Flous, mous, mouvants, plissés… le tissu est roi, le minimalisme et l’androgynie triomphent. Ils réinterprètent aussi le kimono et le libèrent de ses conventions. Les couturiers européens pétris de pop culture (manga, séries télé) et de cinéma nippons (Kurosawa, Ozu…) s’en inspirent aussi, tout comme les héros des temps modernes.

 

British musician John Lennon (1940-1980) and his Japanese wife, artist Yoko Ono, in New York City during the filming of a video to promote their new album, "Double Fantasy", 42 years ago today.

 

George Lukas revêt ses personnages de Star Wars de kimonos, David Bowie en drape son alter ego Ziddy Stardust et le flamboyant Freddy Mercury s’enveloppe chez lui dans un modèle crème acheté peut-être lors de l’une de ses tournées au Japon.

 

 

Désormais, le kimono est une pièce maîtresse du vestiaire mondialisé. Mais l’appropriation culturelle a ses limites, comme l’atteste le tollé suscité par Kim Kardashian en 2019 quand la star voulut nommer « Kimono » la marque de lingerie qu’elle lançait alors. Elle trouvait porteur ce nom de vêtement ancestral qui, expliqua-t-elle, contenait son prénom. Si le narcissisme est sans limite, la réponse du maire de Kyoto, fut cinglante. Finalement il y eut un no à Kim.

 

Voyage au Japon L'Express au printemps 1984

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