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Chez Jeannette Fleurs

“Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien.” Paul Valéry. Poussez la porte de la boutique : plus de 1.600 articles.

Le 15 novembre 1976, l'acteur immensément populaire, Jean Gabin disparaissait...

Le 12 novembre 1976, forcé par ses proches, Jean Gabin est censé recevoir les insignes d'officier de la Légion d'Honneur des mains de l'amiral Gelinet, son chef pendant la guerre. Le «Dabe», qui n'aime pas les honneurs officiels, ne se rendra au final jamais à l'Elysée. Hospitalisé la veille à la suite de troubles d'hypertension, l'acteur de 72 ans meurt quatre jours plus tard à l'Hôpital Américain de Neuilly. Persuadé, d'après sa famille, qu'on l'oubliera très vite…

C'est tout l'inverse qui se produit. Une foule immense se recueille, dans un certain tumulte, le 17 novembre, devant son cercueil au cimetière du Père-Lachaise. Un orgue joue les airs de ses films, le tout porté par sa voix rugueuse et grave. Cette cérémonie télévisée est à la hauteur du mythe. A la hauteur de celui qui, pendant près d'un demi-siècle, incarna comme peu le petit peuple français. Et qui inspire, en 2016 encore, bon nombre de comédiens.

Jean Gabin s'impose dès les années 1930 comme un aimant populaire. Son ami poète et dialoguiste Jacques Prévert le qualifie de «gentleman du cinéma élisabéthain de la peuplerie.»

Le héros de «Pépé le Moko», du «Clan des Siciliens», de «la Grande Illusion» ou encore de «la Traversée de Paris» se confond avec ses personnages. Qu'il soit caïd, titi parisien, truand, ripoux, déserteur, ouvrier, clochard, l'imaginaire collectif ne retient que Jean Gabin, sa gouaille et sa bouille d'ange.

Celui que Marcel Carné présente comme «l'un des plus grands acteurs au monde» fait partie de ces stars qui choisissent de briller dans l'ombre. Même son histoire d'amour avec l'«Ange bleu», Marlène Dietrich, à Hollywood puis à Paris de 1941 à 1947 ne résiste pas à son besoin de simplicité, loin des projecteurs californiens.

Ce métier, Jean-Alexis Moncorgé ne l'a pas choisi par vocation, mais, contrairement aux usages, pour faire plaisir à son père, à qui il emprunte d'ailleurs son nom de scène. Passé par l'école du music-hall, comme Fernandel et Bourvil, Gabin brille par sa rigueur et son goût du travail bien fait. Besogneux, il l'est devant les caméras comme les bottes dans la terre. Son attachement à la Pichonnière (Orne), le domaine agricole laquelle il trouve son oxygène, en est le symbole. C'est là-bas qu'il forme son fils au métier d'éleveur et assouvit son amour de la terre avec un élevage de plus de trois cents bovins et une quinzaine de chevaux de course. Toujours en quête de la reconnaissance du monde paysan, il voit débarquer sept cents agriculteurs chez lui le 27 juillet 1962, en pleine crise agricole sur la répartition des terres. Une blessure dont ne se remettra jamais celui qui aime s'appeler «le paysan». C'est pourtant ce caractère franc du collier et son authenticité qui le rendent aussi populaire chez les Français qu'intimidant sur les plateaux.

«Au fond, Jean était un grand timide, avec une grande pudeur, confiera Alain Delon onze ans plus tard au Parisien. Son côté bourru, un peu agressif, un peu sur la défensive (...) s'explique par son extrême sensibilité. Il tentait de masquer cette délicatesse qu'il avait à l'égard des êtres qu'il aimait.» Dans sa nécrologie du 16 novembre 1976, André Lafargue ajoute «qu'il se laissait facilement attendrir. Seulement il décelait d'instinct le truqueur et détestait le flagorneur». Il entretient littéralement «une phobie des emmerdeurs», selon le réalisateur Michel Audiard.

Très discret, voire mutique, sur sa vie de famille, il se méfie aussi de la politique. N'hésitant pas à pester contre le fisc par exemple, qui dit-il, «(lui) prend presque tout ce qu'(il) gagne et (l)'oblige à travailler à plus de 70 ans». Quant à son engagement dans la Résistance et la France libre, l'acteur ne veut pas l'aborder en public. Comme pour préserver ce à quoi il tient le plus.

Son choix de reposer dans l'océan, en mer d'Iroise au large de Brest, fait écho à cette carrière dans la Marine puis comme chef de char lors de la Libération. Le 19 novembre 1976, sept membres de la famille de Gabin embarquent à bord de l'aviso «Detroyat» pour la dispersion de ses cendres en mer. «L'Océan est, à jamais, son linceul, comme il l'avait souhaité, à l'exemple de son chef des Forces Navales Françaises Libres, l'amiral Georges Cabanier», écrit alors Le Parisien. Ces honneurs militaires de la Marine nationale ne sont permis que sur autorisation exceptionnelle du président de la République, Valéry Giscard d'Estaing.

Alain Delon fait partie des rares proches présents ce jour-là. La relation qu'ils avaient nouée sur et en dehors des tournages -ils n'ont joué que trois films ensemble- a forgé la personnalité du plus jeune. Le Gabin de Delon, c'était un homme de chair et de colères, «un ours brun qui mange du miel», auquel il s'est tout de suite identifié pour son refus des normes et de l'entre-soi. «Jean n'avait jamais voulu se discipliner. Il disait "Moi, j'ai envie de vivre et puis voilà, bon". Quelque part, je crois qu'il en est mort.»

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Ses meilleurs répliques :

 

 

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