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Chez Jeannette Fleurs

“Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien.” Paul Valéry. Poussez la porte de la boutique : plus de 2.300 articles.

Isabelle Adjani, héroïne de Diane de Poitiers: « J'ai voulu incarner mon féminisme »...

Rare sur le petit écran – on l'a vue dans La Journée de la jupe, Carole Matthieu, Dix pour cent ou Capitaine Marleau –, Isabelle Adjani a trouvé, avec Diane de Poitiers, un personnage de femme forte et entière, dans la lignée des grandes héroïnes qu'elle a interprétées. Réfléchie et spontanée à la fois, la comédienne se confie en toute simplicité.

TV MAGAZINE. - Vous vous livrez toujours de façon très touchante dans vos interviews. En quoi cette sincérité est-elle importante pour vous ?

Isabelle ADJANI. - Je ne sais pas si c'est important mais je n'aime pas la parole vide, la parole creuse. Et quand on s'exprime sur soi, sur ce que l'on fait, si des gens sont susceptibles d'être intéressés, pourquoi passer à côté de qui l'on est et travailler à ne rien leur apporter ? Quand je lis des interviews des autres et que j'y trouve de la vérité, ça m'accompagne.

Comment êtes-vous venue à Diane de Poitiers, était-elle dans la lignée d'autres héroïnes que vous avez interprétées, comme la reine Margot ou Marie Stuart ?

C'est un personnage plus mystérieux, on ne sait d'elle biographiquement que peu de choses. Elle a subi un premier mariage forcé avec un homme de plus de 40 ans son aîné. Puis a probablement été un peu vendue à François Ier pour son plaisir mais surtout pour sauver la tête de son père. Avant de devenir la maîtresse de son fils Henri II de 20 ans son cadet. Elle n'a jamais cherché à devenir reine mais elle a été importante dans le court règne de son amant. Je l'imagine vraiment comme une femme qui a vécu des traumatismes physiques et moraux qui auraient pu la fracasser et qui a résisté avec force. Jusqu'à ce qu'elle finisse par se détruire elle-même avec ce poison, cet or potable qu'elle buvait, commettant l'erreur vaniteuse de vouloir rester éternellement jeune et belle. Elle est morte dans un état physique bien pire que celui dans lequel j'apparais à la fin.

Plus qu'une fresque historique, on découvre en effet une sorte de fable sur la beauté, la jeunesse éternelle, est-ce qui vous a intéressée ?

Oui, c'est son rapport intime à la cour et à elle-même. Sa position face à sa rivale, à son amant, au pouvoir… Et tous les parallèles que l'on peut faire avec aujourd'hui. C'était une femme passionnée de mode, qui pourrait actuellement être une icône. Il y a chez elle des aspects assez inattendus pour une héroïne de cette époque. Nous avons pu composer à notre guise à partir de sa personnalité, entre le scénario de Didier Decoin, la vision de la réalisatrice Josée Dayan et ce que j'ai pu apporter.

Vous êtes créditée comme collaboratrice artistique, comment êtes-vous intervenue ?

Josée Dayan souhaitait que ce film soit mon film et elle m'a demandé mon avis à chaque étape, jusqu'à la fin du montage. C'est un cadeau que m'avait déjà offert Bruno Nuytten avec Camille Claudel . C'était comme un canevas que l'on pouvait broder librement. Nous avons suivi Diane mais nous l'avons aussi inventée.

Vous aviez dit vouloir vous servir du corps de Camille Claudel pour incarner votre propre désarroi, qu'avez-vous voulu dire de vous avec Diane ?

J'ai voulu incarner mon féminisme. Elle a cette capacité à transgresser quand c'est nécessaire pour faire bouger les lignes et la société. C'est enfin ce qu'on laisse faire aux femmes aujourd'hui. J'aime que cela apparaisse chez elle-même si elle n'a pu l'exploiter car les lois de l'époque ne le permettaient pas. Elle reste droite dans la persécution, le harcèlement de sa rivale qui essaye d'en faire une impie et de l'amener au bûcher en se saisissant de l'inquisition. C'est un symbole de notre transformation, car je vis vraiment #MeToo comme une transformation qu'il ne faut pas minimiser.

C'est aussi symbolique de la question de l'âge et de la beauté qui taraude les actrices…

Oui, le propos résonne avec la difficulté dans laquelle l'industrie du cinéma peut nous mettre par rapport à l'âge. J'ai toujours refusé d'y prêter attention car je pense que c'est à nous de nous réinventer. Diane avait son or, aujourd'hui nous avons de nombreuses ressources, de la plus naturelle à la plus artificielle. À chacune d'y trouver son compte.

Vous avez déclaré : « Jeune, accepter mon image, mon corps, n'a pas été facile. Mon père criait : « Tu salis la glace… » Il m'a fallu un jour décider d'être belle »…. Comment y arrive-t-on ?

C'était une résistance muette et douloureuse, qui m'a saisie très tôt. J'avais pris cette décision tout en étant dans la crainte de l'imposture. Tout vient de l'enfance. Si vous êtes aimée, choyée, qu'on vous protège de tout ce que vous allez devoir affronter dans la vie, du mal que les gens sont prêts à vous faire, on devient phénix. Mais s'inventer soi comme phénix, c'est du boulot ! Mes parents m'aimaient mais me le dire, me le montrer leur était impossible. Comme une condamnation involontaire.

Cette série est aussi une incroyable histoire d'amour entre Diane et Henri….

Oui, elle commence presque comme Brigitte et Emmanuel et devient Charles et Camilla, en passant par deux trois effets à la Diana !

Qu'est-ce qui fait que Josée Dayan possède une telle cote d'amour chez les comédiens ?

Elle les aime, tout simplement. Tout l'agace sur un plateau, elle passe ses nerfs sur les techniciens, qui lui restent pourtant très attachés et très fidèles. Mais elle adore regarder les comédiens et comédiennes, elle est comme un enfant. Dès qu'elle est dans l'admiration, elle vous est acquise… Et j'ai aussi besoin d'admirer pour travailler avec les gens. C'est la première source de confiance.

Est-elle très directive ?

Non, pour elle la direction commence par le choix de l'acteur. Elle considère qu'ensuite on sait ce que l'on fait. Elle n'est pas dans l'explication psychologique. Elle s'ennuierait beaucoup avec un adepte de la méthode de l'Actors Studio.

Dans Dix pour cent, Peter von Kant ou Mascarade, qui vient de sortir en salles, vous jouez volontiers de l'image que les gens ont d'une star de cinéma…

Oui, ça me fait marrer quand les gens disent « Vous jouez avec votre image ». Êtes-vous sûr que je ne joue pas plutôt avec l'image que vous avez de moi ?! La distance, on l'acquiert, et paradoxalement on sait l'acquérir en étant hypersensible. Car je crois que je fais partie des gens hypersensibles. Sinon, on bascule du côté de la susceptibilité et de l'auto-victimisation. Je manie assez bien l'autodérision, ça me vient naturellement. L'autodérision est une très bonne armure, souple.

Votre fils Gabriel-Kane et votre nièce Zoé se lancent dans le métier, qu'avez-vous souhaité leur transmettre ?

Je suis très proche de ma nièce, un peu sa deuxième maman, un deuxième agent, tout… J'espère lui éviter des pièges, des obstacles. Elle a vécu des choses douloureuses car son père est mort quand elle avait 12 ans. Elle est déjà tellement riche d'expérience et irrésistiblement enthousiaste, elle me bouleverse. Je suis heureuse de pouvoir lui prodiguer des conseils. Pour mon fils, c'est une expérience, une simple curiosité, il n'a pas l'intention de devenir comédien. Comme son frère aîné, il se méfie du monde de l'image.

Qu'avez-vous voulu leur inculquer ?

Apprendre à croire en eux. Ce que je n'ai pas eu. Je ne sais pas s'ils y sont parvenus, je crois que ça prend toute une vie de croire en soi.

Vous citiez récemment le philosophe Antonio Gramsci (1891-1937) : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres »… Êtes-vous optimiste ou pessimiste concernant l'avenir ?

Très pessimiste ! J'ai du mal à comprendre le monde dans lequel je vis, j'ai l'impression de me retrouver en pleine science-fiction : la folie climatique, la guerre… Je vais finir par vouloir, comme dans la chanson de Stephan Eicher, tout simplement : « Déjeuner en paix ! »

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La presque et plus que reine

«Diane de Poitiers est une légende de la Renaissance, elle intrigue et fascine depuis toujours, elle est troublante. C'est un personnage phare de son époque, il fallait une actrice mythique pour l'incarner», souligne Josée Dayan dans sa note d'intention. Grande prêtresse du petit écran, des Rois maudits à Capitaine Marleau, la réalisatrice a offert ici «un écrin», dit-elle encore, à Isabelle Adjani, une fiction en deux parties: «la presque reine» et «la plus que reine».

Veuve, Diane de Poitiers est la maîtresse d'Henri II (Hugo Becker – Je te promets), fils de François 1er (Samuel Labarthe – Les Petits meurtres d'Agatha Christie) et de 20 ans son cadet, sur lequel elle possède un fort ascendant. Sa position à la cour reste néanmoins fragile en raison de la haine que lui voue Anne de Pisseleu (Virginie Ledoyen – Nona et ses filles), favorite du roi, et du mariage arrangé d'Henri II avec la jeune et fortunée Catherine de Médicis. Mais Diane, femme de caractère, ne manque pas d'atouts, notamment son inaltérable beauté, due à la «magie» de Nostradamus (Gérard Depardieu), qui lui fournit des solutions d'or buvable. La recherche de la jeunesse éternelle sera la cause de sa mort, à 66 ans.

Comme à son habitude, Josée Dayan a réuni un casting prestigieux, avec aussi Jeanne Balibar, JoeyStarr, Olivier Gourmet, Jean-François Balmer, Julie Depardieu, Guillaume Gallienne, Michel Fau, Jean-François Balmer...

Une exposition, «Isabelle Adjani, Reines de cœur en majesté», montrant dessins, costumes et photos de ses différents rôles - Diane de Poitiers, La Reine Margot, Marie Stuart, La Dame aux Camélias...- se tient jusqu'au 4 décembre à la Galerie Pierre Passebon à Paris.

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