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Chez Jeannette Fleurs

“Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien.” Paul Valéry. Poussez la porte de la boutique : plus de 1.600 articles.

Vendredi 18 novembre... Arrêt de « Plus Belle la vie » : les chiffres fous de la série !

On est vraiment bien sans elle
Qu'on soit noir ou blanc
Si on tend la main pour elle
La vie est tellement plus belle...

L'article de Pierre Langlais pour Télérama.

Photo Olivier Metzger pour Télérama

« On voulait faire un soap citoyen »

Les habitants du quartier multiculturel de Marseille ne se retrouveront plus au bar Le Mistral. Clap de fin pour Plus belle la vie, la fameuse série de France 3, qui, pendant dix-huit ans, n'a eu de cesse de coller à l'air du temps.

Le 18 novembre, Plus belle la vie prendra fin, après dix-huit ans et quelques 4665 épisodes d'un succès sans précédent dans l'histoire du petit écran français. Chaque soir, jusqu'à 5 millions de Français ont suivi les aventures des habitants du quartier fictif du Mistral à Marseille, pendant que beaucoup d'autres raillaient scénarios abracadabrants, interprétation approximative et mise en scène sans le sou... Le soap de France 3 n'a peut-être pas brillé par sa finesse dramatique ni son génie esthétique, mais il a ouvert une fenêtre inédite sur la société française. A l'heure du JT, "il a proposé une sorte de circuit secondaire où la fiction revisitait l'actualité, un relais non pas aux infos pures et dures, mais à des questionnements sur les grands thèmes du moment", résume la sociologue Murielle Mille, coautrice de la BD Plus belle la vie (éd. Casterman).

Née en août 2004 en réaction à l'explosion de la télé-réalité, Plus elle la vie a alors l'ambition de proposer une dramatisation de la réalité, la vraie. L'appel à projets de France Télévisions mentionne "une série avec des personnages qui représentent toute la diversité de la population française", se souvient Vincent Meslet, alors directeur des programmes de France 3. Le projet retenu se concentre "sur des histoires du quotidien, des gens qui prennent un café, vont chez le médecin, etc.", explique sa productrice Michelle Prodzonik. Pour que les audiences décollent, il faudra ensuite ajouter des intrigues sentimentales, criminelles, fantastiques... "Mais ce qu'on voulait faire, au fond, c'était un soap citoyen, montrant comment différentes catégories sociales peuvent cohabiter dans un même quartier", rappelait Bénédicte Achard, une des premières scénaristes de la série, disparue récemment.

L'écriture de Plus belle la vie s'organise en ateliers, dont un chargé de garder un oeil sur la marche du monde et de s'en inspirer. "Je répétais aux auteurs : faits de société, faits de société, faits de société", martèle Michelle Prodzonik. Violences faites aux femmes, radicalisation, montée de l'extrême droite, harcèlement scolaire, cancer du sein, les sujets les plus graves s'invitent entre deux ruptures amoureuses et une disparition mystérieuse. Chaque matin, les scénaristes lisent la presse. "Je leur demandais d'aller dans la rue, de prendre le métro, de ne pas faire comme ces auteurs petits bourgeois enfermés chez eux dans le 9e arrondissement de Paris !" s'amuse la productrice, qui invitera dans la salle d'écriture "des curés, des rabbins, des imams, des pédopsychiatres, des profs..."

"J'ai été frappé par leur volonté de prendre le pouls de la société. Je craignais que leur discours soit caricatural, mais il s'est avéré très fin", se souvient un sociologue chargé de vérifier la pertinence des scripts et de présenter aux auteurs des travaux universitaires pouvant les inspirer. Aucun sujet n'est tabou, ou presque. En mars 2014, France 3 échappe de peu aux sanctions du CSA quand une partie des téléspectateurs s'offusque de voir Thomas Marci, le barman du Mistral, apprendre à Mirta, doyenne du quartier, à rouler un joint. La même année, une intrigue où une adolescente manquait de rejoindre un djihadiste en Syrie est trappée par la chaîne. "Le terrorisme est le seul sujet que nous n'avons jamais réussi à traiter", confirme Michelle Prodzonik.

Le Marseille de Plus belle la vie vit à la même heure que les téléspectateurs. Les épisodes diffusés un lundi se déroulent un lundi, Noël a lieu à Noël, et les scénaristes tiennent à jour un agenda prévisionnel qui comprend notamment les élections présidentielles. Pour l'occasion, deux séquences sont tournées, où les personnages réagissent aux résultats, installés au Bar du Mistral - il existe donc quelque part, dans les archives de la série, une scène où Marine Le Pen est annoncée gagnante... "On suivait aussi l'agenda législatif, précise Vincent Meslet. Quand le mariage pour tous a été voté, on a eu plusieurs semaines pour imaginer quelques chose." L'union de Thomas Marci (Laurent Kérusoré) et de son compagnon Gabriel (Joakim Latzko), première dans l'histoire des séries hexagonales, a ainsi eu lieu en moins de deux mois après la promulgation de la loi, en mai 2013. Anticipation donc, mais aussi réactivité, avec des hommages à Johny, Elisabeth II ou Samuel Paty, parfois diffusés moins de quarante-huit heures après leur mort - "On tournait une scène à l'arrache, souvent déconnectée de l'histoire, qu'on ajoutait au montage déjà prêt", confie Vincent Meslet.

La dimension sociétale de Plus belle la vie a-t-elle eu une influence sur la société française ? "C'est difficile à mesurer mais en traitant ces sujets dans la quotidienneté et sur le temps long, en passant par les émotions et les sentiments des personnages, elle a permis à une part des téléspectateurs d'expérimenter autrement des faits de société", analyse Muriel Mille. Les acteurs de Plus belle la vie ont été les témoins privilégiés de cette influence, destinataires toutes ces années de confidences de fans touchés par leur travail. "Je sais que j'ai sauvé la vie de gamins qui n'osaient pas dire leur homosexualité à des parents qui les auraient jetés à la rue, confie ainsi Laurent Kérusoré. J'ai reçu énormément de courriers le confirmant, et quand une grand-mère m'arrête dans la rue pour me dire que je l'ai aidée à se rapprocher de son petit-fils gay, ça fait ma journée."

De là à faire de Plus belle la vie une série politique, il n'y a qu'un pas... que franchit, l'air de rien, la productrice Michelle Podroznik ! "C'était une série citoyenne. Etre citoyen, est-ce nécessairement être de gauche ? C'est à vous de voir...", sourit cette sympathisante de gauche. "C'était un programme choral où chacun défendait son point de vue. Mirta, le plus réactionnaire des personnages, n'était pas haïssable", précise Vincent Meslet avant d'admettre : "On a toujours été au minimum républicains. Mais il est notoire qu'une onne partie de nos auteurs étaient plutôt de gauche." Pour l'ancien directeur des programmes de France 3, devenu directeur général de Newen France, la disparition de la série revêt surtout un sens politique : elle confirme la fin d'une époque, la crise d'une société plurielle. "On a raconté la résistance d'un de ces quartiers populaires de centre-ville qui disparaissent à petit feu des métropoles. Au début des années 2000, la  boboïsation n'était que naissante, il y avait encore des zones de mixité. Aujourd'hui cette France-là, la France du Mistral, n'est presque plus."

Après dix-huit années de diffusion (débuts le 30 août 2004), le programme phare de France 3 s’arrête le vendredi 18 novembre 2022. Longévité folle, plusieurs milliers de personnages et d’heures d’antenne… À elle seule, la série cumule à son palmarès des records impressionnants !

« On est vraiment rien sans elle, Qu’on soit noir ou blanc, Si on tend la main pour elle, La vie est plus belle… » Vendredi 18 novembre 2022, raisonnera pour la dernière fois le célèbre générique de « Plus Belle la Vie ». Après dix-huit années records de diffusion sur France 3, les personnages se retrouveront une dernière fois au bar du Mistral pour une soirée spéc

4 664 épisodes

Clap de fin de la série culte de France 3 après quelque 4 664 épisodes, toujours au plus près de l’actualité. Pour réaliser ces épisodes quotidiens, une équipe d’une vingtaine d’auteurs et un sociologue travaillaient d’arrache-pied. Pour être toujours au plus près du quotidien des Français, les tournages n’avaient lieu que trois semaines avant la diffusion. Et il est arrivé de retourner au dernier moment des scènes ou même en tourner plusieurs (pour les élections présidentielles par exemple) pour coller à l’actualité.

3 232 acteurs et 58 000 figurants

Au total, la série tournée en grande partie au Pôle média de la Belle de Mai, à Marseille c’est : cinq jours de tournage pour cinq épisodes par semaine, vingt réalisateurs, près de 600 personnes impliquées dans 460 journées de tournage par an pour 260 épisodes de 24 minutes diffusés et deux prime time de 90 minutes. Soit quelque 227 880 minutes d’antenne.

Et sur le plateau, les chiffres sont tout aussi impressionnants puisque pendant dix-huit ans, le quartier du Mistral a vu défilé quelque 3 232 acteurs et près de 58 000 figurants.

43 millions de recette

« Plus Belle la vie » c’est aussi un budget d’environ 27 millions d’euros, soit près de 85 000 € par épisode. Près de 3 500 m² de décors et en 2008, 400 m² ont été ajoutés, mobilisant 50 personnes de tous corps de métiers pendant 13 300 heures de travail. Si cela représente beaucoup d’argent, chaque année le feuilleton rapportait 43 millions d’euros à France 3. La série représentait 17 % des recettes publicitaires de la chaîne et le site internet officiel générait plus de 150 000 € de bénéfices annuels.

Niveau audience, la série n’a pas à rougir. Le meilleur score s’est fait en 2008, avec 6,8 millions de téléspectateurs. Mais sur Internet, la série représente 4 100 000 visionnages vidéos par mois.

Rendez-vous au Mistral vendredi

Bien que la concurrence et les années aient fait baisser les audiences du programme, en 2022, il y avait encore près de 2,7 millions de fidèles devant leurs postes à 20h20.

Vendredi, dernière diffusion, beaucoup d’autres spectateurs sont attendus pour découvrir les deux derniers épisodes inédits et le prime time baptisé « sept mariages et deux enterrements », suivi d’un documentaire « La grande aventure Plus belle la vie ». En résumé, elle restera l’une des séries française ayant eu la plus belle des vies.

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