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Chez Jeannette Fleurs

“Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien.” Paul Valéry. Poussez la porte de la boutique : plus de 1.600 articles.

Ce soir sur Arte... The immigrant de James Gray...

Malgré quelques maladresses regrettables, The Immigrant est le film que l’on attendait : beau, subtil dans son message politique, interprété par des acteurs formidables, il confirme avec la manière que James Gray reste plus que jamais l’un des meilleurs cinéastes de sa génération.

 Résumé 1921. Ewa et sa sœur Magda quittent leur Pologne natale pour la terre promise, New York. Arrivées à Ellis Island, Magda, atteinte de tuberculose, est placée en quarantaine. Ewa, seule et désemparée, tombe dans les filets de Bruno, un souteneur sans scrupules. Pour sauver sa sœur, elle est prête à tous les sacrifices et se livre, résignée, à la prostitution. L’arrivée d’Orlando, illusionniste et cousin de Bruno, lui redonne confiance et l’espoir de jours meilleurs. Mais c’est sans compter sur la jalousie de Bruno...

The Immigrant est certainement le film le plus personnel de James Gray. Contant l’histoire terrible de deux sœurs polonaises débarquant aux Etats-Unis par New York, et plus précisément par Ellis Island qui disposait jusqu’en 1954 d’un centre d’immigration par lequel transitaient des milliers d’immigrants, le film s’inspire directement de l’histoire des grands-parents du cinéaste, eux aussi arrivés aux Etats-Unis en 1920. Evidemment, le long métrage ose le tragique en mêlant à ce contexte historique si particulier la trame d’une grande fresque hollywoodienne : Ewa, séparée de sa sœur Magda mise en quarantaine à cause d’une tuberculose, va découvrir malgré elle le New York des bas-fonds et tenter, par tous les moyens, de libérer sa sœur de l’emprise des autorités.

Les thématiques habituelles du réalisateur sont donc de nouveau mises en scène, puisque The Immigrant parle de la filiation, de la famille, mais aussi du devoir moral qu’impose la citoyenneté – déjà abordé dans La nuit nous appartient. Le virage sentimental entamé par Two Lovers, laissant une place très faible au polar – qui représentait jusqu’alors le cœur du récit grayien –, se retrouve clairement prolongé dans The Immigrant, puisqu’il est à nouveau question de triangle amoureux, et plus précisément d’affections inconscientes et inavouées. Très rapidement, les différents personnages de cette peinture baroque du New York des années 20 apparaissent en effet sous un jour nouveau et viennent alors briser les certitudes très vite établies par le spectateur à leur encontre. Le long métrage s’amuse en ce sens à brouiller les pistes, à la manière d’un classique thriller, tout en laissant possible l’éclosion d’une romance où chacun des personnages, caché derrière ses fausses apparences, constitue une victime. The Immigrant ne se limite donc pas à de la figuration, comme on pouvait le craindre, et parvient à user avec habilité de son ancrage historique à des fins romanesques : à l’image des spectacles de magiciens de pacotille mis en scène, le rêve américain est un fantasme qui n’a rien de l’opinion établie.

A l’aide de la sublime photographie de Darius Khondji (SevenMy Blueberry NightsAmour), le cinéaste capture avec chaleur ce New York des bas-fonds, crasseux et malsain, où s’entassent les populations les plus pauvres, souvent immigrées, et dont les femmes sont généralement forcées à l’horreur de la prostitution. Le pétillement de l’image rend un bel hommage aux plus grandes productions américaines du siècle dernier tout en restant très contemporain. C’est de ce parfait équilibre entre tradition et modernité que The Immigrant tire sa plus grande force, rendant son discours politique presque anachronique – difficile de ne pas voir en la fuite d’Ewa la situation des prostituées immigrées d’aujourd’hui. D’ailleurs, James Gray n’hésite pas à se déclarer « favorable à l’immigration » qui, selon lui, « apporte du dynamisme à la culture ».

Paradoxalement, cet appétit pour la dénonciation – rare chez Gray – représente aussi la plus grande faiblesse de cette chronique de la misère, tant le triangle amoureux – l’inverse exacte de celui de Two Lovers – se retrouve malheureusement confronté à une forme d’académisme, naturellement imposée par le contexte historique dans lequel évolue cette histoire aux multiples apparences. Le symbolisme qui faisait la force des précédents films de Gray se retrouve ici limité à son plus simple apparat.

Ce que l’on regrette profondément, c’est que The Immigrant dresse le portrait d’une femme mais ne parle finalement que des hommes et de leur incapacité à sortir vainqueur du jeu de l’amour. Cette étonnante maladresse venant de l’un des meilleurs cinéastes de sa génération ne doit cependant pas faire oublier que The Immigrant constitue un film polymorphe qui n’oublie jamais son intrigue, ni ses émotions, offertes par des acteurs remarquables et une mise en scène prodigieuse.

 

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