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Chez Jeannette Fleurs

“Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien.” Paul Valéry. Poussez la porte de la boutique : plus de 1.600 articles.

Ce soir sur France 2... L'histoire d'Annette Zelman...

La Tchèque blonde qui vivait avec Jausion disparut... Jausion et ses amis continuèrent à venir au Flore et à s'asseoir aux mêmes places... Ils parlaient entre eux avec une agitation un peu hagarde... Aucun signe n'indiquait sur la banquette rouge le gouffre qui s'était creusé à leur côté, c'est là ce qui me semblait le plus intolérable dans l'absence... Qu'elle ne fut exactement rien. Cependant les images de la Tchèque blonde ne s'effacèrent pas de ma mémoire, elles en signifiaient des milliers d'autres...
Simone de Beauvoir.
La force de l'âge.

Elle s’appelait Annette Zelman. Elle était née à Nancy le 6 octobre 1921 de Moïse Zelman, tailleur de pierre et de Kayla Wilf son épouse, domiciliés 26 rue de la Hache. Elle est morte un peu plus de vingt ans plus tard, le 27 juin 1942 à Auschwitz. Le motif de son arrestation et de sa déportation ? « Coupable non seulement d’être juive mais d’oser aimer et être aimée par un Français non juif », reprend le Nancéien Claude Lévy-Lambert citant les mots de Serge Klarsfeld tirés de son livre « Mémorial de la déportation des juifs en France (1978) ». Si Claude Levy-Lambert revient sur cette tragique histoire, c’est que depuis des années il interpelle la municipalité de Nancy, la ville natale qui a vu grandir Annette Zelman, pour qu’elle lui rende hommage en lui attribuant le nom d’une de ses rues.

Dénoncée puis déportée

Pour autant, cette histoire met en lumière le poids de la délation durant la Seconde Guerre mondiale. Car si Annette Zelman a été arrêtée, déportée et tuée, c’est parce qu’elle a été dénoncée. Non par un amoureux éconduit ni par une rivale, mais par le père de celui auquel elle rêvait d’unir sa destinée.

Pour comprendre cette tragédie, il faut remonter à 1940. Deux anciens confrères de L’Est Républicain, Paul Lebœuf et François Moulin, ont retracé cette histoire. Cette année-là, Annette rencontre Jean Jauzion à Paris. Elle a 18 ans et vient de rentrer aux Beaux-Arts. Lui a 23 et il est le fils d’un médecin réputé. Elle est pétillante, pleine de vie. Lui, est féru d’art, de poésie. Il gravite dans un groupe néodadaïste baptisé « Réverbères ». Annette est très vite adoptée par le petit monde des créateurs de Saint-Germain-des-Prés que Jausion lui présente.

Mais voilà, le père de Jean s’oppose à leur union. Il la dénonce à la police. Le père serait parvenu à dissuader son fils de se marier avec Annette Zelman et voulait simplement que cette dernière « soit remise à sa famille, sans être inquiétée », précise la police de l’époque. « Mais les Nazis pensent différemment », écrit François Moulin en 2007. Elle est arrêtée le 23 mai 1942. Dans la fiche de police, il est indiqué : « Écrouée au dépôt de la préfecture de police du 23 mai au 10 juin ; envoyée au camp des Tourelles du 10 au 21 juin ; transférée en Allemagne, le 22 juin. » Le frère d’Annette, Charles, le confirmera bien plus tard à Serge Klarsfeld (voir son livre « Le calendrier de la persécution des juifs en France »). Le 22 juin, elle embarque dans le convoi n° 3. 934 hommes et 65 autres femmes s’y trouvent. Direction Auschwitz. Deux jours plus tard, le train arrive à destination. 80 % seront immédiatement gazés ou tués dans les trois semaines suivantes, dont Annette qui, selon son état civil, est décédée trois jours après son arrivée.

« Roméo et Juliette 1942 »

Ce n’est qu’en 1961 que l’historien Henri Amouroux révélera dans son livre « La vie des Français sous l’occupation », le nom de l’auteur de la dénonciation : Hubert Jausion. Son fils, désemparé aura tenté de la faire libérer (lire par ailleurs) avant de mourir à la fin de la guerre. Cet amour impossible, les « Roméo et Juliette 1942 », selon l’expression d’Henri Amouroux illustre ces nombreuses tragédies familiales déclenchées par une simple lettre de dénonciation.

À Nancy, si Annette Zelman n’a pas de rue, une plaque située au 9 rue des Sœurs Macarons (anciennement rue de la Hache) indique toutefois : « Ici habitait dans sa famille en 1938 une jeune fille juive heureuse : Annette Zelman. Elle aimait la vie et craignait la haine. Arrêtée à Paris à 20 ans, elle fut déportée à Auschwitz. Ceux qui l’ont connue et aimée se souviennent ».

 

A venir sur France 2.......

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