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Chez Jeannette Fleurs

“Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien.” Paul Valéry. Poussez la porte de la boutique : plus de 1.600 articles.

26 novembre 1922. Howard Carter et Lord Carnavon découvrent la tombe de Toutankhamon....

Après des années de fouilles stériles, Howard Carter n'avait plus beaucoup de temps ni de fonds. Puis son équipe a déniché un escalier enfoui dans le sable.

Lady Fiona Herbert est la huitième comtesse de Carnarvon. Elle tourne les pages d’un livre d’or relié en cuir, où figurent les signatures des visiteurs illustres qui, voilà un siècle, ont fréquenté sa célèbre demeure. Nous sommes à un étage supérieur du château de Highclere, un vaste domaine de campagne situé à environ 90 km à l’ouest de Londres. Ces dernières années, il est devenu le cadre de Downton Abbey, la série télévisée britannique à succès. Le registre des invités contient la liste des protagonistes d’un livre que Lady Carnarvon est en train d’écrire sur l’ancêtre de son mari, George Edward Stanhope Molyneux Herbert, cinquième comte de Carnarvon. C’est « le cinquième comte », comme elle l’appelle, qui a financé l’archéologue britannique Howard Carter dans sa quête obstinée de la tombe du pharaon Toutankhamon.

Lord Carnarvon organisait des fêtes somptueuses à Highclere. Celles-ci rassemblaient des explorateurs, des diplomates, des mondains et – ce qui est un peu surprenant pour un aristocrate anglais – des leaders du mouvement pour l’indépendance de l’Égypte.

Lady Carnarvon s’arrête au 3 juillet 1920 et présente les invités : « Voici Howard Carter, bien sûr, qui passait des semaines ici, chaque été, à planifier les fouilles avec le cinquième comte [...], le haut-commissaire britannique Lord Allenby [...], Alfred Duff Cooper et son épouse, Lady Diana Cooper. » Un noble signe de son seul nom, Carisbrooke – un petit-fils de la reine Victoria.

Lady Carnarvon pointe une série de signatures, certaines en caractères arabes : « Saad Zaghloul, ‘Adlī Yakan et d’autres pères de l’État égyptien moderne. » Opposant à l’occupation britannique, Zaghloul avait été exilé.

Or il était là, à fréquenter les huiles britanniques. « Le cinquième comte, précise Lady Carnarvon, réunissait les gens de façon informelle, leur permettant de développer une certaine confiance mutuelle, peut-être même une amitié, avant de négocier un traité ou de résoudre une crise politique. »

Après que les ouvriers ont extrait les trois cercueils gigognes de Toutankhamon de leur sarcophage à l’aide d’un système de poulies et d’élingues, Carter nettoie délicatement le couvercle du deuxième cercueil. La momie du roi se trouve alors encore dans le cercueil interne. PHOTOGRAPHIE DE HARRY BURTON

À partir de 1903, Lord Carnarvon passe les hivers sur le Nil, sur les conseils de son médecin. Il souffre d’une mauvaise santé et des séquelles  d’un accident de voiture. Respirer l’air du désert, assure-t-il, est comme boire du champagne. Lord Carnarvon apprécie bientôt les antiquités égyptiennes autant que l’air du pays. En 1907, il engage Carter pour rechercher des objets destinés à sa collection de Highclere, qui s’enrichit sans cesse, et pour superviser les fouilles qu’il finance.

Carter a quitté l’Angleterre pour l’Égypte à 17 ans, sans formation classique en archéologie, quoique doué d’un talent d’artiste affirmé. Et il a développé un œil de connaisseur pour les artefacts. En 1899, il a même été nommé à l’un des deux postes d’inspecteur en chef des antiquités,  au sein du Service des antiquités égyptiennes. Mais, en 1905, sa vie bascule lors de ce qu’il appellera une « mauvaise bagarre » avec des touristes français. Refusant de présenter des excuses, il estime que l’unique solution honorable est de démissionner. Ce qu’il fait après plusieurs mois.

Carter est présenté à Lord Carnarvon deux ans plus tard. De rangs sociaux très différents, ils partagent toutefois la passion de l’Égypte antique. C’est leur partenariat qui va mener à la découverte d’un enfant-roi peu connu, inhumé avec une quantité stupéfiante de trésors, puis largement oublié durant plus de 3 000 ans.

Cette redécouverte sera l’un des plus grands triomphes de l’archéologie. Elle offrira au monde une vision éblouissante des temps pharaoniques sur le Nil. Et elle va insuffler aux Égyptiens modernes un nouveau sentiment de fierté nationale et la volonté de se prendre en main.

Carter fait numéroter et photographier les objets de la tombe, dont les statues grandeur nature qui gardent la chambre funéraire. Après avoir brisé la porte plâtrée, il a trouvé la chambre occupée en quasi-totalité par une structure ornée et dorée – la chapelle funéraire de Toutankhamon. PHOTOGRAPHIE DE HARRY BURTON

Des indices importants sur la localisation de la tombe de Toutankhamon ont été décelés au début des années 1900 dans la Vallée des Rois. Ce réseau de canyons accidentés se trouve sur la rive ouest du Nil, face à l’actuelle Louqsor – le site de Thèbes, une capitale de l’Égypte antique.

Les pharaons précédents étaient enterrés dans d’imposantes pyramides, devenues des cibles faciles pour les pillards. Les souverains thébains, au contraire, se faisaient inhumer dans des tombes creusées profondément dans les collines rocheuses de la vallée isolée.

C’est ainsi qu’à l’aube du XXe siècle, la nécropole thébaine est le site archéologique le plus productif et le plus prisé d’Égypte. Financées par Theodore Davis, un homme d’affaires américain, des fouilles ont déjà permis une série d’importantes découvertes, dont quelques artefacts portant le nom du mystérieux Toutankhamon.

Quand il était inspecteur en chef, Carter a développé une connaissance intime de la Vallée des Rois. Néanmoins, avant de pouvoir commencer à creuser, Carter et Lord Carnarvon doivent obtenir le permis de fouille – ou concession. Qui est jalousement détenu par Theodore Davis.

Archéologues et chasseurs de trésors excavent alors la Vallée depuis des décennies. Beaucoup estiment que les plus grandes trouvailles ont déjà été réalisées. Davis, qui a financé des fouilles fructueuses pendant des années, parvient à la même conclusion. « Je crains, écrit-il en 1912, que la Vallée des Rois ne soit maintenant épuisée. »

Lorsque Davis renonce à sa concession, Carter presse Lord Carnarvon de l’acquérir. Ce qui est fait en juin 1914. Cependant, à la fin du même mois, la Première Guerre mondiale éclate. La quête du tombeau de Toutankhamon ne pourra pas reprendre avant l’automne 1917.

Lors des cinq années suivantes, Carter et une équipe d’ouvriers égyptiens déblaient des quantités stupéfiantes de gravats : entre 150 000 et 200 000 t. Le travail est dur, dans la poussière et sous un soleil étouffant. Ces cinq années de souffrance donnent pourtant peu de résultats.

En juin 1922, Lord Carnarvon convoque Carter à Highclere. Il lui annonce qu’il abandonne les fouilles. Carter plaide pour une saison supplémentaire. Lord Carnarvon accepte, à contrecœur.

Le 28 octobre 1922, Carter revient à Louqsor. Sept jours plus tard, une découverte fortuite lui redonne espoir. Et va bientôt tout bouleverser.

Pour échapper aux hivers anglais et prendre soin de sa santé fragile, Lord Carnarvon, un noble britannique, a fait de l’Égypte sa seconde patrie. Son vif intérêt pour les antiquités l’a conduit à embaucher Carter et à financer la recherche du tombeau de Toutankhamon. PHOTOGRAPHIE DE HARRY BURTON

Le 4 novembre 1922, un membre de l’équipe de Carter dont le nom s’est perdu avise une pierre sculptée – le sommet d’un escalier enfoui. Dans son journal, Carter n’écrit que cinq mots : « Premières marches du tombeau trouvées. »

Le jour suivant, l’équipe déblaie douze autres marches et descend jusqu’à une porte recouverte de plâtre, estampillée de sceaux pharaoniques. Carter envoie un télégramme à Lord Carnarvon, en Angleterre : « Ai enfin fait merveilleuse découverte dans Vallée ; une magnifique tombe avec sceaux intacts [...]. Félicitations. »

La nouvelle se répand. Les journalistes se précipitent dans la Vallée pour assister à l’ouverture du tombeau. Lord Carnarvon arrive sur place le 23 novembre. Le 24, la porte, entièrement dégagée par Carter et son équipe, livre des sceaux plus aisément lisibles. Plusieurs d’entre eux recèlent le nom tant recherché : « Nebkheperourê » – le titre de couronnement de Toutankhamon.

Carter et ses aides sont ravis. Un autre constat jette toutefois un froid. Il y a des traces d’effraction sur la porte. Quelqu’un est déjà passé par là.

La porte est alors découpée. Elle ne révèle pas une sépulture pleine de trésors, mais un passage en pente rempli de gravats. Il faut encore deux jours de fouilles pour parvenir à la tombe, à environ 7 m sous terre. Une nouvelle porte plâtrée arbore des sceaux nommant Toutankhamon.

Carter y pratique un trou. Puis il introduit une bougie par l’ouverture et regarde à l’intérieur. C’est alors qu’a lieu ce qui deviendra l’un des plus célèbres échanges de l’histoire de l’archéologie. Impatient, Lord Carnarvon demande :

« Voyez-vous quelque chose ?

— Oui. C’est merveilleux ! », répond Carter.

Ce qu’il discerne est, en effet, prodigieux : des lits en or, des effigies de gardiens grandeur nature, des chars démontés, un trône richement décoré, le tout dans le désordre. Carter écrira plus tard : « Au début, je ne pouvais rien voir, l’air chaud s’échappant de la chambre faisant vaciller la flamme de la bougie, mais, peu à peu, alors que mes yeux s’habituaient à la lumière, des détails de la pièce émergeaient lentement de l’ombre : des animaux étranges, des statues, et de l’or – partout, l’éclat de l’or. »

Carter se rend vite compte que le tombeau de Toutankhamon compte quatre salles (appelées aujourd’hui « antichambre », « annexe », « trésor » et « chambre funéraire »). La sépulture est plus petite que d’ordinaire pour un pharaon. Mais ses pièces contiennent tout ce dont il aurait eu besoin pour vivre comme un roi pour l’éternité, soit quelque 5 400 objets au total.

Ce rêve d’archéologue est aussi un cauchemar. Il faut déballer, cataloguer, protéger et déplacer tous ces artefacts. Or beaucoup sont endommagés et fragiles. La tâche exigera une décennie de travail minutieux. Une équipe interdisciplinaire s’en charge. Parmi les spécialistes qu’elle réunit figurent des conservateurs, des architectes, des linguistes, des historiens, des experts en botanique et en textiles – entre autres. Ce projet marque aussi le début d’une nouvelle ère de rigueur scientifique en égyptologie.

L’ingénieur Arthur « Pecky » Callender, un ami de Carter, construit un système de poulies pour soulever les objets lourds. Il installe des lampes électriques. Au besoin, il se poste à l’entrée du tombeau avec un fusil pour repousser les intrus.

Alfred Lucas, chimiste et expert en criminalistique, analyse le tombeau comme une scène de crime. Il en conclut que deux cambriolages ont eu lieu dans l’Antiquité, peu après l’inhumation de Toutankhamon. Les pillards ont mis à sac certaines salles, mais n’ont pu repartir qu’avec de petits objets qu’ils pouvaient porter (de nos jours, les chercheurs estiment que les voleurs ont filé avec plus de la moitié des bijoux royaux).

Toutankhamon fut inhumé dans un hypogée de la nécropole royale appelée la Vallée des Rois. L’entrée de son tombeau (l’enceinte murée, au premier plan) était dissimulée aux yeux des pillards – et des archéologues – par les débris de sépultures construites au-dessus de la sienne. PHOTOGRAPHIE DE HARRY BURTON

En 1922, Harry Burton est largement reconnu comme le plus grand photographe d’archéologie du monde. Tout comme Carter, c’est un garçon de la campagne anglaise et d’origine modeste. Burton installe une chambre noire de fortune dans un tombeau voisin. Ses clichés contribuent à faire de la découverte et des fouilles un événement médiatique planétaire.

Dans un monde qui cherche désespérément à se divertir après les horreurs de la Première Guerre mondiale, le nouveau pouvoir des médias déclenche une vague d’égyptomanie. L’enfant-roi devient une star de la culture populaire.

Tut (abréviation de Toutankhamon en anglais) se retrouve sur des citrons de Californie, des cartes de paquets de cigarettes à collectionner, et même un jeu de société – de petits archéologues en métal, à dos d’âne, cherchent des trésors. Des chansons comme Old King Tut sont des succès de l’ère du jazz, sur lesquels dansent des femmes portant des coiffes en forme de cobra et de l’eye-liner au khôl évoquant l’œil d’Horus.

Les symboles égyptiens imprègnent l’art déco. Les hiéroglyphes et les cartouches envahissent vêtements, papiers peints et tissus d’ameublement. Ornés de dieux et de sphinx, de colonnes de papyrus et de fausses fresques funéraires, des cinémas sur le thème de l’Égypte ouvrent dans une cinquantaine de villes des États-Unis.

Lorsque Lord Carnarvon rentre en Angleterre, il est reçu au palais de Buckingham en audience privée par le roi George V et la reine Mary, tant le couple royal est impatient d’avoir des nouvelles de Toutankhamon. Carnarvon cède au London Times les droits exclusifs sur l’histoire en cours contre 5 000 livres sterling et un pourcentage sur les ventes futures. L’accord met en rage les journalistes égyptiens et la presse internationale, dont les reporters doivent se démener pour dénicher la moindre bribe d’information.

C’est dans la patrie de Toutankhamon que la ferveur est la plus intense. Les Égyptiens affluent en masse dans la Vallée des Rois pour voir les fouilles. Les écoliers jouent des pièces de théâtre célébrant le jeune pharaon, avec des accessoires inspirés par les photographies de Burton. Les dirigeants politiques et les poètes saluent le souverain comme un héros national.

« Il leur rappelle leur grandeur passée, analyse l’historienne Christina Riggs, et ce que leur nouvelle nation, libérée de la tutelle britannique seulement quelques mois auparavant, pourrait accomplir à l’avenir. »

Le retour au monde de Toutankhamon est considéré par les Égyptiens comme un message venu de leur glorieux passé. L’écrivain Ahmad Chawqi, icône de l’indépendance égyptienne, s’adresse dans ses poèmes à Toutankhamon en tant que chef spirituel du peuple égyptien : « Pharaon, le temps de l’autonomie est venu, et la dynastie des seigneurs arrogants est passée.  De ce jour, dans chaque pays, les tyrans étrangers doivent renoncer à leur domination sur leurs sujets ! » Les Égyptiens revendiquent d’ailleurs la souveraineté sur leurs lois et leur économie, mais aussi sur leurs antiquités. 

L’archéologie et l’Empire britannique sont depuis longtemps étroitement liés. En effet, les grandes fouilles sont financées par des musées, des universités et de riches collectionneurs européens et nord-américains, à l’image de Lord Carnarvon. Les bailleurs de fonds s’attendent à recevoir en retour jusqu’à la moitié des antiquités découvertes, conformément à la tradition du partage, vieille de plusieurs décennies.

Mais les nouveaux dirigeants égyptiens vont rapidement insister sur le fait que tous les trésors de Toutankhamon relèvent du patrimoine national et doivent rester en Égypte. « La décision du nouveau gouvernement égyptien de garder la collection de Toutankhamon en Égypte constituait une importante déclaration d’indépendance culturelle, explique l’égyptologue Monica Hanna. C’est la première fois que nous, les Égyptiens, avons commencé à avoir un droit de regard sur notre propre culture. »

Une seconde découverte majeure a lieu en février 1923. Carter pratique un trou dans le mur de la chambre funéraire de Toutankhamon, brandit une lampe de poche et regarde à travers. « Une vue incroyable est révélée par sa lumière, écrira-t-il plus tard, un mur en or massif. »

En réalité, ce mur en or fait partie d’une grande structure dorée –ou chapelle funéraire. Celle-ci abrite trois autres chapelles et un sarcophage en quartzite. Et dans le sarcophage –Carter le découvrira plus tard– se trouvent trois cercueils momiformes, emboîtés les uns dans les autres.

Lord Carnarvon rejoint Carter dans le tombeau pour l’ouverture tant attendue de la chambre funéraire. Mais, moins de deux mois plus tard, le cinquième comte décède d’une piqûre de moustique qui s’est infectée, provoquant un empoisonnement du sang et une pneumonie.

Sa disparition soudaine génère des rumeurs et de nombreux articles fantaisistes dans les journaux : la malédiction de la momie apporterait la mort ou le malheur à ceux qui dérangent le lieu de repos du pharaon. Sans se décourager, Howard Carter poursuit les fouilles. Il est désormais soutenu par la veuve de Lord Carnarvon, la comtesse douairière Almina Carnarvon. Mais, quand les autorités égyptiennes commencent à jouer un rôle plus actif dans les fouilles, Carter cesse le travail en signe de protestation. Ce qui pousse ses nouveaux superviseurs à lui interdire l’accès au tombeau. Près d’un an s’écoule avant qu’il puisse y retourner – non sans que lui et sa protectrice aient renoncé à toute revendication sur les biens funéraires de Toutankhamon.

Les travaux vont reprendre en 1925. Carter se concentre sur un objectif: dissocier les cercueils gigognes. La tâche, colossale, requiert une haute technicité. Le cercueil interne est en or massif et pèse 110 kg. À l’intérieur se trouvent les restes momifiés de Toutankhamon. Un incroyable masque d’or lui couvre la tête et les épaules. Cet artefact deviendra le symbole du fier passé de l’Égypte. Toutefois, l’homme derrière le masque ne va pas livrer ses secrets tout de suite.

Vers l'au-delà dans la Vallée des Rois... ILLUSTRATION DE MATTHEW W. CHWASTYK, ÉQUIPE DU NGM SOURCES : PROJET DE CARTOGRAPHIE DE THÈBES ; THE OXFORD HISTORY OF ANCIENT EGYPT, OXFORD UNIVERSITY PRESS

Une série d'autopsies, de radiographies, de scanographies et d’analyses d’ADN réalisées au fil du siècle dernier ont tenté de préciser la filiation, la vie et la mort du pharaon. Mais, à chaque fois, les éléments découverts ont inspiré diverses hypothèses et laissé place à l’interprétation.

Le père de Toutankhamon (sans doute le roi Akhenaton) et sa mère (à l’identité incertaine) étaient frère et sœur. Leurs enfants étaient donc susceptibles de souffrir d’anomalies génétiques. Le pied bot congénital de Toutankhamon pourrait être le legs d’un inceste royal – une pratique assez courante à son époque dans son pays.

Son nom de naissance n’était d’ailleurs pas Toutankhamon, mais Toutankhaton (« image vivante d’Aton »). Et son père présumé, souvent appelé le « pharaon hérétique », avait rejeté le panthéon égyptien traditionnel, qui faisait d’Amon le dieu suprême. Akhenaton (« serviteur d’Aton ») vénérait une divinité unique : Aton, le disque solaire. Akhenaton fit fermer les temples, s’empara du pouvoir et de la richesse des prêtres, et s’éleva au rang de dieu vivant.

Après la mort de ce père radical, Toutankhaton monta sur le trône à 8 ou 9 ans. Il supervisa plus tard le retour aux anciennes coutumes, sans doute sous la houlette de conseillers et de prêtres voulant rétablir leur statut. Son nom devint Toutankhamon ( « image vivante d’Amon »).

Il épousa une fille d’Akhenaton et de la reine Néfertiti nommée Ankhesenamon (sans doute sa demi-sœur). Deux fœtus momifiés découverts dans la tombe de Toutankhamon étaient probablement ses filles mort-nées.

Les artefacts du tombeau de Toutankhamon ont conduit les chercheurs à des conclusions contradictoires au sujet de sa courte existence. Au vu des nombreux chars et bâtons de jet, certains experts ont affirmé que le jeune pharaon menait une vie physiquement active de chasseur et de guerrier. D’autres, mettant en avant le grand nombre de cannes et son pied bot, voient en lui un invalide. Au fil des ans, parmi les causes de la mort du pharaon, on a pu évoquer un accident de char, une attaque d’hippopotame, un accès fatal de malaria et un meurtre.

Un aspect, cependant, ne prête pas à débat : la mort du jeune souverain fut soudaine et inattendue. Les autorités durent s’approprier en catastrophe la tombe exiguë et inachevée d’un courtisan, et y rassembler un grand nombre d’objets funéraires, dont certains semblent avoir été fabriqués pour d’autres personnages royaux.

Les successeurs de Toutankhamon tentèrent d’effacer de l’histoire presque toute trace de l’hérétique Akhenaton et de tous ceux qui lui étaient liés, y compris le nom de naissance Toutankhaton. Ainsi, pour Carter et d’autres, chercher l’enfant-roi revenait à poursuivre un fantôme. « Le mystère de sa vie nous échappe encore, a écrit Carter. Les ombres bougent, mais l’obscurité n’est jamais tout à fait dissipée. »

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