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Chez Jeannette Fleurs

“Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien.” Paul Valéry. Poussez la porte de la boutique : plus de 1.600 articles.

Annie Ernaux : l'incroyable effet prix Nobel sur la vente de ses livres...

Dès l'annonce par l'Académie suédoise, les libraires ont été assiégés par les demandes. L'éditeur de la romancière, Gallimard, a procédé à la réimpression de 900.000 exemplaires des ouvrages de la lauréate.

Quelques instants après l'annonce du prix Nobel de littérature attribué à Annie Ernaux le 6 octobre 2022, à 13 heures, les libraires ont eu affaire à une nouvelle vague : tous les titres de la romancière se sont arrachés. Il y a eu un double effet : un cocorico, d'abord : à travers, Annie Ernaux, c'est la France qui est couronnée. Et l'effet séduction d'une romancière qui est dans l'air du temps depuis plusieurs décennies, déjà.

D'où la décision de Gallimard, l'heureux éditeur des trois derniers lauréats Nobel français (Le Clézio en 2008, Modiano en 2014 et Annie Ernaux cette année) de réimprimer 900.000 exemplaires pour faire face à la demande, la plupart de ces réimpressions touchent le format poche édité par Folio, mais aussi les collections «La Blanche» (150.000 exemplaires) ainsi que « Quarto » et « L'Imaginaire ». Ce chiffre de 900.000 exemplaires est d'autant plus impressionnant que les éditions Gallimard n'ont pas pour habitude d'effectuer des «surtirages» et que les réimpressions, du fait du coût du papier, sont compliquées à obtenir. «L'effet est considérable, on observe un très fort impact du Prix Nobel de littérature sur la demande, souligne Jean-Charles Grunstein, directeur commercial de Gallimard. Mais il faut rappeler qu’Annie Ernaux, avant ce prix prestigieux, était déjà un auteur à succès, une romancière à la forte notoriété internationale (très lue aux États-Unis, en Allemagne et en Espagne, par exemple), et qu'elle est appréciée de plusieurs générations dont le jeune public.»

Voyage dans le temps

C'est vrai que, interviewé en mai dernier à l'occasion de la publication du Jeune homme, Jean-Charles Grunstein nous affirmait déjà qu’Annie Ernaux était attendue depuis des années que ses lecteurs l'appréciaient beaucoup. De plus, Le Jeune homme était publié en même temps que le Cahier de L'Herne, qui, lui aussi, connaît le même effet.

Pour information, son dernier livre, Le Jeune homme avait dépassé 54.000 exemplaires en quatre semaines (ventes réelles, GfK). Dans ce texte de quelques pages, écrit à la première personne, Annie Ernaux raconte une relation vécue avec un homme de trente ans de moins qu'elle. Une expérience qui la fit redevenir, l'espace de plusieurs mois, la «fille scandaleuse» de sa jeunesse. Un voyage dans le temps qui lui permit de franchir une étape décisive dans son écriture. Pour nombre de connaisseurs, ce court livre est une clé pour lire et décrypter l'œuvre d'Annie Ernaux, notamment son rapport au temps et à l'écriture.

Les romans d'Annie Ernaux ont souvent un grand succès. Elle creuse son sillon depuis longtemps, on songe à La Place (Prix Renaudot en 1984), Les Années, L'Événement (adapté au cinéma par Audrey Diwan), L'Occupation… Il y a ses romans, et il y a ces livres où elle développe son art d'écrire – ils sont fascinants. Ainsi, L'Atelier noir, réédité en février 2022 dans la collection L'Imaginaire, où parallèlement à ses romans et ses récits, Annie Ernaux tient depuis 1982 un journal dans lequel elle consigne au fil des jours ses réflexions et ses recherches autour du travail d'écriture. Des fragments écrits entre 1982 et 2015 sont réunis et rendent compte du long dialogue de l'écrivain avec elle-même. L'édition est accompagnée d'extraits inédits relatifs à l'élaboration de Mémoire de fille. Cette femme de lettres a toujours tenu un journal depuis son adolescence. Elle avait d'ailleurs contribué à un livre sur le sujet : Journaux intimes. Raconter la vie, de Sophie Pujas et Nicolas Malais. Elle y était interrogée, elle dont la richesse de l'œuvre est, pour partie au moins, née de son travail de diariste. Elle a commencé son journal intime à l'âge de 17 ans - un samedi 26 janvier 1957 -, parce que ses parents lui avaient interdit d'aller au bal. C'était aussi la naissance d'une romancière. « Mon journal a constitué, à partir de mes 20 ans, le dépositaire de mon désir et de mes tentatives d'écrire », disait-elle.

Enfin, dans ces réimpressions, il convient de citer le beau «Quarto», Écrire la vie, une sélection de douze ouvrages qui témoigne de la passion de l'écriture et de la vie. Elle s'accompagne de dix textes brefs : courts récits, observations, réflexion sur l'écriture et la lecture avec, en guise d'introduction, des séquences de photographies organisées chronologiquement avec des commentaires inédits tirés du Journal secret. Plus de 1000 pages à dévorer.

 

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