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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

Catherine Deneuve sur Marilyn Monroe. 1987.

La femme-enfant

Vingt-cinq ans après la mort de la comédienne, le mythe de Marilyn est toujours vivant. Catherine Deneuve parle avec émotion de celle qui fut, autant qu'un " sex symbol ", une " petite fille " ne se sentant " ni comprise ni aimée ".

 

MA-RI-LYN. Trois petites syllabes magiques qui, comme celles de Lo-li-ta, font rêver des millions d'hommes. Mais alors que l'héroine fictive de Nabokov était une nymphette découvrant son pouvoir séducteur de femme naissante, Marilyn était restée, jusqu'à la fin de sa vie tourmentée de "sex-symbol", une petite fille désarçonnée. Voilà, sans doute, la véritable explication du mythe Marilyn Monroe.

Mythe extraordinaire qui n'a fait que grandir depuis sa mort, il y a vingt-cinq ans. Marilyn a inspiré une cinquantaine de livres (dont vingt publiés depuis 1980), dix-sept pièces de théâtre, onze commentaires de télévision, huit films et six chansons... Son image s'est multipliée à l'infini : sur les posters (en augmentation de 140% cette année !), les tee-shirts, les miroirs, les produits de beauté, et elle figure dans les campagnes de cinquante et une agences de publicité !

Sa légende a certes été nourrie par sa mort prématurée _ à trente-six ans _ et controversée : suicide ou assassinat ? Mais cela ne suffit pas à expliquer son incroyable popularité. Ce qui fascine chez Marilyn, plus que sa beauté éblouissante, plus que son talent de comédienne _ bien réel ! _ c'est l'innocence qui transparait à travers sa sexualité : elle projette, d'un corps de femme voluptueuse, les émotions d'une enfant fragile.

Ce mystère de Marilyn femme-enfant est au centre de la remarquable émission "Norma Jean Baker, dite Marilyn Monroe", diffusée sur Canal Plus. Un film-montage, fruit de plusieurs talents conjugués, ceux de Georges Belmont, ancien rédacteur en chef de Marie-Claire, d'André Romus et de Marcia Lerner, réalisateurs à la télévision belge (RTBF) et d'une inconditionnelle de Marilyn, Catherine Deneuve.

En 1960, Georges Belmont réalise un scoop : une interview exclusive de la vedette américaine, sur magnétophone. Le procédé est inhabituel à l'époque, et Belmont est le seul journaliste _ français de surcroit ! _ à rencontrer Marilyn, en tête à tête, pendant un mois. Plus de cinquante heures d'entretien sur une bande magnétique qui, après une première transcription, sommeillait dans un tiroir ! Vingt-cinq ans plus tard, Belmont accepte de confier le document, dont même les Américains n'avaient jamais eu copie, à André Romus et Marcia Lerner, qui nettoient la bande en vue d'une émission de télévision.

Avec cette bande sonore inespérée comme support _ ah ! la voix de Marilyn, _ ils partent à la chasse aux images pour l'illustrer : extraits de ses films, documents d'actualité, photographies inédites de la star à ses débuts. Ayant obtenu la collaboration indispensable de la Twentieth Century Fox, détentrice des droits, qui lui a ouvert ses archives, la RTBF passe un accord de coproduction avec Canal Plus. Un dernier élément manque à la cohésion du projet : un commentaire de l'ensemble. Alors on songe à faire parler de la star une autre grande comédienne, "sex-symbol" elle aussi. Qui mieux que Catherine Deneuve, qui avoue "un amour irrationnel pour Marilyn, parce qu'elle représente à la fois la féminité et l'enfance" ?

Le résultat est émouvant. D'abord Marilyn. Elle parle de son enfance malheureuse, de l'internement psychiatrique de sa mère, de sa soif de réussite et de bonheur. Derrière sa naïveté et sa fraicheur, on sent un être blessé _ "je ne suis que de la "chair à caméra" _ mais qui ne s'apitoie jamais sur lui-même. Chaque évocation de son passé douloureux ou de ses ambitions démesurées est ponctuée de son petit rire cristallin.

Une passionnée "J'aimerais devenir une grande actrice, une vraie, dit-elle, et être heureuse aussi parfaitement que possible. Mais qui est heureux ? Je ne suis pas heureuse, en général, plutôt malheureuse comme un chien (rires) ! L'ennui, c'est que je voudrais tant être merveilleuse ! Je sais que cela fait rire certains, mais c'est vrai..." (rires).

Le tout proféré de sa "voix de petite fille", dira Catherine Deneuve, assise devant la table de visionnage en arrêtant et commentant les images de Marilyn. "La voix est un parfum très puissant, la personnalité de quelqu'un, ajoute-t-elle. J'ai toujours pensé que la voix évoquait beaucoup plus de choses que l'image."

La présence de Catherine Deneuve apporte une nouvelle intensité à l'émotion. Elle a accepté de participer à cette émission (deux semaines de tournage) par "passion" pour Marilyn, et on comprend que ses réflexions sur les difficultés d'être vedette ou l'évanescence de la beauté physique ne concernent pas que Marilyn... Elle a aussi aidé à choisir les images, nombreuses et variées. A côté d'extraits de films célèbres (Les hommes préfèrent les blondes, Sept ans de réflexion, Bus Stop, le Milliardaire, les Désaxés...), il y a des séquences moins connues : la visite de Marilyn aux troupes américaines ; son arrivée triomphale à Los Angeles pour accomplir un rêve d'adolescente : fixer l'empreinte de ses mains à côté des autres stars d'Hollywood ; ou encore les images terribles de l'actrice dans un couloir d'hôpital après une dépression nerveuse, images arrachées par une presse vorace.

Catherine Deneuve commente tout cela avec beaucoup de finesse. Elle reste discrètement en arrière-plan _ "Marilyn n'a pas besoin de faire-valoir !" _ mais elle feuillette l'album de la vie de Norma Jean avec l'intuition et la pudeur de quelqu'un qui parle d'expérience. Elle insiste, elle aussi, sur l'aspect enfantin de Marilyn _ "une petite fille, ni comprise ni aimée... avec des mains d'enfant, très fines, longues" _ et s'attarde sur la recherche chez Marilyn, pendant toute sa vie, de l'image idéale du père. "Quand elle regarde Arthur Miller, fait remarquer Catherine Deneuve, on a l'impression qu'elle regarde son père", alors que Marilyn elle-même, évoquant le partenaire de son dernier film, Clark Gable, raconte : "C'est très freudien. J'allais le voir au cinéma à l'âge de sept ans et j'ai toujours vu en lui le père idéal."

Si on peut reprocher à ce document de passer sous silence les ombres du personnage _ la Marilyn qui accumulait les retards sur le plateau, celle que Billy Wilder traitait d'"emmerdeuse, mais très bonne actrice... à ma soixante-seizième prise !", celle dont on a dénombré une quarantaine d'amants et un penchant, fatal, pour le champagne et les tranquillisants, _ il faut reconnaitre que ce portrait, brossé avec infiniment d'amour, rend parfaitement compte du paradoxe de Marilyn. A la fois orpheline, solitaire et malheureuse et _ dixit toujours Deneuve _ "la plus belle image que j'ai jamais vue sur un écran !"

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