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Chez Jeannette Fleurs

“Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien.” Paul Valéry. Poussez la porte de la boutique : plus de 1.600 articles.

La Rafle. Le film de Rose Bosch. 2010.

La qualité d'émotion est extraordinaire : impossible de rester insensible au spectacle de cette honte. Pourquoi sommes-nous si lents à examiner les zones sombres de notre Histoire ? La Rafle est un film qui fait honneur au cinéma français.
François Forestier.
TéléObs.

Sujet trop peu abordé au cinéma, jamais traité comme point principal d’un long-métrage, le drame du Vel d’Hiv’ est le cœur, l’épicentre, la trame de La rafle. Ce film relate les événements du 16 juillet 1942 et ceux qui ont suivi ; c’est-à-dire l’arrestation de 13000 juifs parisiens, hommes, femmes et enfants, leur internement au Vélodrome d’Hiver ainsi qu’au camp de Beaune-la-Rolande, avant leur transfert cauchemardesque vers Auschwitz.

 

Pour aborder ce récit historique, Roselyne Bosch a choisi de s’intéresser aux vécus individuels et personnels pour que se rejoignent les histoires et l’Histoire. S’inspirant du témoignage de Joseph Wiseman, l’un des deux enfants qui a réussi à s’enfuir de Beaune-la Rolande, la cinéaste met en scène et fait se rencontrer des personnages dans ce chaos qu’a été cette arrestation massive. Tous ont réellement existé. La délicate étape du choix des acteurs a manifestement été abordée avec justesse puisque, pas un seul instant, nous ne sommes face à des stars comme Jean Reno ou Gad Elmaleh mais bien en permanence confrontés au docteur David Scheinbaum ou Schmuel Weisman. L’interprétation de Mélanie Laurent en infirmière déterminée à protéger les plus fragiles se révèle bouleversante : l’actrice ne s’est pas ménagée. A cœur perdu, elle donne à son personnage, par la douceur de ses traits, sans cesse tiraillés par un courage aussi insensé qu’inconscient, une profondeur saisissante, impressionnante.

 

Dans La rafle, il n’est pas question de héros mais de personnalités. Enfants et adultes sont plongés dans un enfer indescriptible et chacun fait avec ce qu’il a et avec ce qu’il peut. Les enfants se révèlent être le centre nerveux, le point d’ancrage de l’intrigue. La réalisatrice, n’oubliant pas d’inclure, par un montage alterné, des séquences de préparation de la rafle par la police française, explore le fait que le gouvernement français a volontairement orchestré l’arrestation des plus jeunes. Ne cherchant pas à disculper la France, elle ne l’accable pas non plus en présentant également des cas de résistance, à l’instar des pompiers qui ont offert leur soutien aux juifs dans le vélodrome. Avec rigueur, Roselyne Bosch s’attache à rester au plus près de la vérité et des faits, sans rien cacher ou nier. Cette attention accordée à la justesse historique n’empêche pas l’émotion d’être présente, de s’imposer, d’exploser même, à chaque séquence. Il ne s’agit pas d’apitoyer le spectateur (mais nous parlons de toute façon d’un drame insoutenable et inacceptable), mais de le mettre face à la réalité humaine de cette tragédie.

 

Les enfants, le regard franc et le cœur en bandoulière, sont plongés au cœur d’une situation qui les dépasse et qu’ils ne comprennent pas... ou trop bien. L’attention est centrée principalement sur deux d’entre eux, Jo - le personnage principal - et Nono, cinq ans, le petit frère du meilleur ami de celui-ci. Les compères tentent de survivre avec cette naïveté propre à l’enfance qui ne les empêche cependant pas de souffrir profondément de l’absence. L’absence au sens le plus absolu : absence d’amour, absence de sécurité, absence de leur mère, absence d’existence. Aborder cet évènement en s’attachant au sort des enfants fait de La rafle une œuvre émotionnellement éprouvante mais aussi, juste et acérée du point de vue historique : le film ne cesse de rappeler la particularité et la violence inouïe de cette tragédie préméditée. Le long-métrage de Roselyne Bosch constitue ainsi un témoignage puissant et pertinent de la rafle du Vel’ d’Hiv. Pour la mémoire.

Rose Bosch se penche sur l’un des moments les plus noirs de l’Occupation, la rafle du Vél’ d’Hiv. Elle a choisi l’histoire vraie de Shmuel Weismann et des siens. Une famille juive parmi les 13 152 personnes arrêtées les 16 et 17 juillet 1942. On reçoit en plein cœur les cris, la terreur. Et, dans le Vél’ d’Hiv, la vision est affolante : une antichambre de la mort et du chaos.

Le film a le mérite de s’attaquer à l’écrasante culpabilité de la police française : l’administration traque et livre ses victi­mes à la barbarie nazie. Mais, comme pour rassurer le spectateur, le film épargne la ­société autant qu’il accable les autorités. Curé, instituteur, con­cierge, tous sont solidaires, voire héroïques. Une France résistante comme le cinéma la rêvait jusqu’aux années 60. Rose Bosch oscille entre image d’Epinal et réquisitoire. Les séquences tire-larmes se succèdent. Plus le danger se fait pressant, plus les parenthèses attendrissantes deviennent gênantes. Pas sûr qu’on puisse concilier bons sentiments et horreur pure.

 

Synopsis

En 1942, Joseph, 11 ans, vit dans le quartier de la Butte Montmartre, à Paris. Juif, il doit porter l'étoile jaune pour aller à l'école. Avec ses parents et ses camarades, il apprend à survivre dans la capitale occupée par les Allemands. Un matin de juillet, comme 13 000 autres juifs, il est arrêté avec sa famille par la police française. Ils sont rassemblés au Vélodrome d'Hiver, où ils restent deux jours, sans nourriture et sans point d'eau. Joseph et le frère d'un camarade font alors la connaissance d'Annette, une infirmière, qui tente de les aider. Puis, ils sont déportés dans un camp de transit, à Beaune-la-Rolande...

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