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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

16 juillet 1942. La rafle du Vel d'Hiv. Le livre de Laurent Joly...

« La Rafle du Vel d’Hiv. Paris, juillet 1942 », de Laurent Joly : une magistrale lecture des événements

A l’aide de documents inédits et de nombreux témoignages, l’historien Laurent Joly réévalue l’arrestation de plus de 14 000 juifs, en 1942, à Paris, par la police française.

Estampe de Georges Horan-Koiransky, témoin de l’arrivée à la gare du Bourget-Drancy, le 15  août 1942, d’enfants raflés les 16 et 17  juillet, à Paris, qui avaient d’abord été transférés dans des camps du Loiret. 

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Le 17 juillet 1942, Heinrich Himmler assiste, dans le centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau, à l’assassinat d’un groupe de juifs néerlandais. Les chambres à gaz fonctionnent depuis mars. Le chef de la SS est venu s’assurer qu’elles remplissaient leur office, alors que la « solution finale à la question juive », selon la terminologie nazie, est entrée au début de l’année dans sa phase « industrielle », souligne Laurent Joly, qui rappelle la scène dans un passage de son nouveau livre, La Rafle du Vel d’Hiv. Il ajoute que, face au massacre, Himmler reste « silencieux » mais que, le soir, au dîner, « il paraît transporté de bonheur ».

Le même jour, à Paris, Jankiel Belefer, 15 ans et demi, est enfermé au Vélodrome d’Hiver, dans le 15e arrondissement, avec des milliers d’autres juifs étrangers arrêtés comme lui, depuis la veille, par la police française. Le lendemain, il écrit à son meilleur ami : « Je crois que nous ne nous reverrons plus et vois-tu je crois que c’est vraiment la fin. » D’ici quelques jours, il sera emmené dans un des camps d’internement du Loiret, d’où il sera déporté à Auschwitz. Au total, 12 884 personnes ont été arrêtées les 16 et 17 juillet ; 4 900 ont été emmenées au camp de Drancy ; 8 000 au Vel d’Hiv. « Seule une petite centaine survivra », note l’historien.

Le paroxysme de la politique de collaboration du régime de Vichy

Etape décisive du plan nazi de destruction des juifs de France, paroxysme de la politique de collaboration du régime de Vichy avec l’occupant, « la rafle du Vel d’Hiv est la plus importante opération mise en œuvre en Europe de l’Ouest dans le cadre de la “solution finale” ». La masse impressionnante des documents restés inédits qu’exploite Laurent Joly suffit pourtant à montrer l’étendue de ce que nous avions encore à apprendre. L’essentiel, à savoir l’ampleur du crime et l’implication des autorités françaises, était certes connu dès l’après-guerre, grâce aux articles de Georges Wellers dans la revue Le Monde juif, ou, en 1967, au livre La Grande Rafle du Vel d’Hiv, de Claude Lévy et Paul Tillard (Robert Laffont). Mais le tableau qui en ressortait se révèle à la fois parcellaire et entaché d’erreurs, entre-temps reproduites dans les livres, du reste fondamentaux, des plus grands historiens de la Shoah et de la collaboration, les Américains Raul Hilberg et Robert Paxton ou l’Israélien Saul Friedländer.

Ainsi la rafle n’a-t-elle jamais porté le nom « Vent printanier », partout répandu. De même, les militants du Parti populaire français, le mouvement collaborationniste de Jacques Doriot, n’ont pas pris part à la rafle. Il n’y eut pas non plus une centaine de suicides parmi les victimes. Le bilan lui-même, s’il est de longue date connu pour les 16 et 17 juillet, fait ici l’objet d’une réévaluation importante. C’est d’ailleurs un des apports décisifs du livre, qui met au jour une « rafle après la rafle ». Deux tiers des personnes visées par une « fiche d’arrestation » ayant échappé à la rafle au 17 juillet, les autorités ont tout de suite décidé de poursuivre l’opération. Au 31 août, 1 200 adultes supplémentaires avaient été arrêtés, et des centaines d’enfants – les archives, à ce jour, ne permettent pas de donner le chiffre exact. Soit un bilan réel de plus de 14 000 victimes, sans compter les rafles ultérieures.

Entendre la voix des victimes

Au-delà de ces faits, enfin restitués avec rigueur, et en réalité grâce à la précision obstinée avec laquelle l’auteur de L’Etat contre les juifs (Grasset, 2018) les établit, la vision des événements acquiert une finesse et une profondeur inégalées. Les archives administratives et policières permettent notamment d’observer au plus près le mélange d’antisémitisme, de lâcheté et d’opportunisme qui a présidé aux décisions des autorités françaises. Livrer le maximum de victimes aux Allemands devait permettre de donner au régime de Vichy des marges de négociation, et par là un pouvoir accru. Ainsi, alors que le principe de ne livrer que des juifs étrangers avait été fixé d’emblée, les responsables français décidèrent la déportation de quelque 3 000 Français de moins de 15 ans, enfants d’étrangers, pour alourdir le bilan et être en position de force dans ce jeu politique dont Laurent Joly montre, avec plus d’acuité que jamais, la cruauté et le cynisme.

Son livre n’aurait cependant pas cette ampleur s’il n’avait, au point où il le fait, donné à entendre la voix des victimes. Journaux, lettres, témoignages rétrospectifs forment un contrepoint constant à l’horreur politique qu’il s’agissait, d’abord, de raconter mais qui ne prend tout son poids que face à cette réalité intime du ravage génocidaire. L’angoisse et la détresse, la survie et l’épouvante, la mort presque toujours : toute histoire, à ce niveau, est au bout du compte l’histoire d’individus, que les événements emportent. La Rafle du Vel d’Hiv est une mise au point magistrale, attendue trop longtemps. Mais c’est aussi, à l’heure où les derniers témoins disparaissent, un mémorial, le relevé exact et intime de ce que fut la Shoah en France, telle que des Français la mirent en œuvre.

Chez Grasset :

La rafle dite du "Vel d’Hiv" est l’un des événements les plus tragiques survenus en France sous l’Occupation. En moins de deux jours, les 16 et 17 juillet 1942, 12 884 femmes, hommes et enfants, répartis entre Drancy (près de 4 900) et le Vel d’Hiv (8 000), ont été arrêtés par la police parisienne à la suite d’un arrangement criminel entre les autorités allemandes et le gouvernement de Vichy. Seule une petite centaine de ces victimes survivra à l’enfer des camps nazis.
Cette opération emblématique et monstrueuse demeure pourtant relativement méconnue. L’arrière-plan administratif et la logistique policière de la grande rafle n’ont été que peu étudiés, et jamais dans le détail. Légendes (tel le nom de code « opération Vent Printanier ») et inexactitudes (sur le nombre de personnes arrêtées ou celui des effectifs policiers) sont répétées de livre en livre. Et l’on ignore que jamais Vichy ne livra plus de juifs français à l’occupant que le 16 juillet 1942 !
D’où l’ambition, dans cet ouvrage, d’une histoire à la fois incarnée et globale de la rafle du Vel d’Hiv. Une histoire incarnée, autrement dit au plus près des individus, persécutés comme persécuteurs, de leur état d’esprit, de leur vécu quotidien, de leurs marges de décision. Mais aussi une histoire globale, soucieuse de restituer la multiplicité des points de vue, des destinées, et attentive au contexte de la politique nazie et de la collaboration d’État.
Une recherche largement inédite, la plus riche et variée possible, de la consultation de centaines de témoignages à une exploitation inédite des « fichiers juifs » de la Préfecture de police de Paris. Mais la partie la plus importante de l’enquête a consisté à rechercher des « paroles » de policiers : 4 000 dossiers d’épuration des agents de la préfecture de police ont été dépouillés. Parmi eux, plus de 150 abordent la grande rafle et ses suites. Outre les justifications de policiers, ces dossiers contiennent des paroles de victimes, des témoignages (souvent accablants) de concierges, et surtout des copies de rapports d’arrestation, totalement inédits.
Fruit de plusieurs années de recherche menées par l'auteur, où les archives de la police et de l’administration auront été méticuleusement fouillées, La Rafle du Vel d’Hiv apporte une lumière nouvelle sur l’un des événements les plus terribles et les plus difficiles à appréhender de notre histoire contemporaine.

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