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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

Ce soir sur Arte : Lili Marleen de Fassbinder...

En 1939, une chanteuse inconnue fait un bide avec son premier disque, Lili Marleen. Quelques années plus tard, en pleine guerre, toute l'Allemagne fredonne cette ballade mélancolique et son interprète connaît enfin la gloire...

En s'inspirant des souvenirs de Lale Andersen, Fassbinder a imaginé l'histoire d'une petite vedette de cabaret qui devient la star des nazis. La gentille Willie (Hanna Schygulla, très Marlene) n'a pas l'impression de vendre son âme au diable. Elle aime juste la villa blanche que lui offre le Führer. Sous les croix gammées, elle poursuit un rêve sentimental : retrouver Robert, le fils d'une famille juive de Zurich...

Avec les moyens considérables du cinéma de reconstitution historique, Fassbinder se concentre sur le portrait d'une femme flouée et manipulée. Aux yeux du réalisateur, elle est ici la seule victime : le père du trop faible Robert est montré comme un chef de clan mafieux, même s'il se bat pour sauver d'autres Juifs. C'est une vision assez désabusée de l'Histoire, de l'héroïsme. On peut la contester, mais elle impressionne par sa volonté de placer le mélodrame sentimental au-dessus du bien et du mal, comme seul révélateur de la cruauté des hommes.

— Frédéric Strauss

Synopsis

Zurich, 1938. Willie, une jeune chanteuse de cabaret allemande, s'éprend de Robert, un musicien juif. Le père du jeune homme, David Mendelsson, dirige une organisation juive clandestine d'aide aux réfugiés. Il voit d'un mauvais oeil la liaison de Robert et Willie. Le jeune musicien convoie régulièrement des fonds en Allemagne. Sur l'insistance de Willie, il accepte un jour de la laisser l'accompagner. Le père de Robert, trouvant là l'occasion de séparer les deux amants, fait retenir la chanteuse en Allemagne. Lorsque la guerre éclate, Willie, désemparée, se place sous la protection de Henkel, un officier SS qui lui fait enregistrer la chanson «Lili Marleen». Le succès est immédiat. Willie devient une véritable star, parrainée par le ministère de la Culture du IIIe Reich. Elle rêve toutefois de retrouver Robert...

À l’origine, un poème d’amour

Berlin, 3 avril 1915.
Les troupes allemandes vont lutter sur le front russe.
C’est la veille du départ et un jeune soldat griffonne trois strophes d’un poème pour se donner du courage.
Il s’appelle Hans Leip, élève-officier à la caserne des Coccinelles, et son texte se traduit « Chanson d’une jeune sentinelle » (« Lied eines jungen Wachtpostens »).

Les deux dernières strophes sont ajoutées en 1937, lorsque le poème devient public.
Hans Leip, devenu écrivain populaire, l’intègre à son recueil de poèmes Le petit accordéon du port (Die kleine Hafenorgel).

 

 

Les Nazis en font un succès …

Le poème de Hans Leip est mis en musique grâce à la chanteuse Lale Andersen, qui croit au potentiel dramatique du texte.
Elle l’enregistre en août 1939, quelques jours avant le début de la Seconde Guerre mondiale.
« La chanson d’une jeune sentinelle » devient « Lili Marleen » 

 

Et c’est un bide !
À peine 700 exemplaires vendus.
L’air est fade, la version originale fait cabaret.
Et il faut dire que la musique de Norbert Schulze avait d’abord été créée pour … une publicité de dentifrice ! 

Mais la guerre change la donne …
Le 18 août 1941, des bombardiers anglais détruisent l’entrepôt de disques de la radio militaire, Radio Belgrad.
Le programmateur n’a plus qu’un disque à passer sur les ondes :« Lili Marleen ». 

Diffusée en continu, la chanson devient le générique de fin d’une émission qui fait la part belle aux dédicaces amoureuses et familiales des soldats de la Wehrmacht.
Succès immédiat : la guerre a rendu les auditeurs nostalgiques.

Les hautes sphères du Parti nazi commencent à s’y intéresser.
Même si le chef de la propagande Goebbels juge « Lili Marleen » trop mollassonne, d’autres comprennent son potentiel idéologique.
Le maréchal Erwin Rommel, le célèbre « renard du désert », demande qu’elle soit programmée 35 fois par jour sur Radio Berlin.
Adolf Hitler lui-même pense que « Lili Marleen » va lui survivre.

Les Nazis la diffusent désormais partout, sans doute même dans les camps de la mort.
Pauvre « Lili Marleen », chanson d’amour devenue chant du crime …

Et pauvre Lale Andersen, car c’est elle que le Troisième Reich sollicite.
Pas que pour entonner son morceau d’ailleurs …
La chanteuse, qui ne collabore pas facilement, a le malheur de gifler le trop entreprenant adjoint de Goebbels.
Conséquences : assignation à résidence par la Gestapo, envoi de son fils au front russe et interdiction de rechanter « Lili Marleen ».

… Et les Alliés aussi !

« Lili Marleen » fait rêver les soldats nostalgiques de leur foyer …
Mais pas que les Allemands !
À force d’être diffusée, en 1942, les troupes britanniques aussi connaissent la chanson !

Comme il est hors de question de la chanter en allemand, elle est traduite … en 43 langues !
En France, c’est Suzy Solidor qui la chante avec un entrain quasi militaire 
Et ça fait plaisir à la clientèle collabo de son cabaret La vie parisienne !

Aux États-Unis, « Lily Marleen » devient un swing grâce aux Andrew Sisters et au big band de Glenn Miller.

 

L’hymne de Marlene Dietrich

Ainsi, « Lili Marleen » résonne dans les deux camps.
La chanson est devenue le symbole de la Seconde Guerre mondiale, voire même de sa bêtise.
Elle devient un hymne pour la fin du conflit grâce à une Allemande farouchement anti-Nazis.

Marlene Dietrich déteste le Troisième Reich.
Naturalisée américaine, c’est à Hollywood qu’elle a fait le plus gros de sa carrière.
Qu’elle quitte volontiers pour s’engager dans l’United Service Organizations, le service artistique de l’armée américaine.
Elle passe des mois sur le front, sans confort, ni glamour, afin de remonter le moral des troupes avec son tour de chant.
C’est donc tout naturellement qu’elle reprend la chanson à la mode, qui porte d’ailleurs son nom !

Aux yeux des GIs pour qui elle chante, Dietrich est LA Lili Marleen, qui devient d’ailleurs « Lily Marlene ».
Cet air lui colle à la peau même après la Seconde Guerre mondiale.
L’actrice en a fait un acte de résistance, qui trascende les clivages.

Une chanson anti-guerre interdite par la RDA pendant la Guerre Froide, qui d’après l’écrivain John Steinbeck, était « la seule chose que l’Allemagne nazie ait apportée au monde. »

 

 

Vor der Kaserne
Vor dem großen Tor
Stand eine Laterne
Und steht sie noch davor
So woll'n wir uns da wieder seh'n
Bei der Laterne wollen wir steh'n
Wie einst Lili Marleen.
Wie einst Lili Marleen.
Uns're beiden Schatten
Sah'n wie einer aus
Daß wir so lieb uns hatten
Das sah man gleich daraus
Und alle Leute soll'n es seh'n
Wenn wir bei der Laterne steh'n
Wie einst Lili Marleen.
Wie einst Lili Marleen.
Schon rief der Posten
Sie blasen Zapfenstreich
Es kann drei Tage kosten
Kam'rad, ich komm sogleich
Da sagten wir auf Wiedersehen
Wie gerne wollt ich mit dir geh'n
Mit dir Lili Marleen.
Mit dir Lili Marleen.
Deine Schritte kennt sie
Deinen schönen Gang
Alle Abend brennt sie,
Doch mich vergaß sie lang
Und sollte mir ein Leids gescheh'n
Wer wird bei der Laterne stehen
Mit dir Lili Marleen?
Mit dir Lili Marleen?
Aus dem stillen Raume
Aus der Erde Grund
Hebt mich wie im Traume
Dein verliebter Mund
Wenn sich die späten Nebel drehn
Werd' ich bei der Laterne steh'n
Wie einst Lili Marleen.
Wie einst Lili Marleen.
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