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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

Qui a tué Geli Raubal, la nièce adorée d'Hitler ?

Diplômé de philosophie à Bologne et à Manchester, traducteur, conseiller auprès d’éditeurs italiens, bibliothécaire, Fabiano Massimi, quadra débordant d’activités, a réussi à écrire un livre de 550 pages, L’ange de Munich, paru chez Albin Michel. Trois ans de recherches approfondies, de fouilles dans de nombreuses bibliothèques européennes, ont été nécessaires pour bâtir ce roman.

Durant la fête de la bière, en septembre 1931 à Munich, le décès d’une jeune allemande de 23 ans, Angela Raubal, est constaté au domicile cossu d’un dénommé Adolf Hitler, oncle et tuteur de la victime. Un sujet déjà objet de nombreux articles d’historiens, aujourd’hui traité en roman, avec de solides sources. À la fois historique et policier, le livre de Fabiano Massimi a des senteurs du regretté Philip Kerr, notamment La trilogie berlinoise avec l’inspecteur Bernie Gunther. Là s’arrête toute comparaison.

Dans L'ange de Munichles commissaires Sauer, et Forster, de la brigade criminelle, ont réellement existé et mené l’enquête. Une amitié solide lie ces deux hommes qui affrontent des nazis, déclarés ou dissimulés, alors qu’eux sont de farouches opposants au parti national socialiste, mouvement émergent et violent, mené par leur leader, Adolf Hitler. Tous ses suppôts sont présents dans cette affaire, de Himmler à Goering en passant par Heydrich, Goebbels, Hess. D’autres nazis tout aussi importants apparaissent tels von Schirach (son petit fils est aujourd’hui un brillant avocat et excellent écrivain, avec notamment, « Crimes », « Coupables », « L’affaire Colini »), Gregor Strasser, Ernst  Hanfstaengl (objet d’un bon livre chez Gallimard de Thomas Snegaroff sous le titre Putzi). Cette affaire ne saurait être complète sans qu’entrent en scène le photographe attitré d’Hitler, Heinrich Hoffmannn, ou ceux qui ont déserté le parti, en ont été exclus ou ont été opposants : Otto Strasser, Emil Maurice, Fritz Gerlich. Mensonges, pièges, traîtrises, paranoïa, sont le quotidien de ces personnes dans leur course au pouvoir.

Une dispute entre l’oncle et la nièce, le corps d’Angela retrouvé sans vie dans une pièce fermée de l’intérieur, un pistolet d’Hitler retrouvé à proximité, tout laisse penser à un suicide. Pour valider cette version, Sauer et Forster ne disposent que de quelques heures avant que le dossier soit classé. Des doutes apparaissent face à un corps tuméfié, un visage abîmé, des contradictions flagrantes entre les divers témoignages recueillis.

Entre fiction et réalité, le lecteur suit pas à pas tous les mouvements du commissaire Sauer. Cet angle de vue est astucieux ; le lecteur bénéficie de ses pensées, ses réflexions, ses doutes, ses secrets et états d’âme. L’enquête va durer plus longtemps que prévu, une semaine, avec de faux espoirs, d’autres suicides suspects. Il faut demeurer en permanence méfiant et ne faire absolument confiance à personne, même pas à ceux qui travaillent dans la police ou la justice tant les nazis ont commencé à noyauter ces administrations. Bien construit L’ange de Munich, à l’écriture vive, délivre à chaque chapitre des rebondissements et restitue parfaitement le climat ambiant qui règne sur Munich à cette époque.

La vie de Geli, diminutif d’Angela, retracée par ceux qui l’ont connue, fait apparaître une jeune fille comme une blanche colombe sans aspérités, une manipulatrice, une personne persécutée et malheureuse, une victime d’un obsédé pervers narcissique, une femme vive au charisme évident, une écervelée dangereuse, une amoureuse inconstante et jalouse, une passionnée constamment contrainte. Certains la trouvent frivole et dépensière, d’autres la reconnaissent enjouée et sociable. Difficile de se faire une idée précise de qui était Geli. Pour ne pas nuire à l’ascension de son oncle, au regard de tout ce qu’elle connaissait, mieux valait la neutraliser semble t-il. 550 pages c’est parfois long mais dans L'ange de Munich, il n’y a pas une page de trop. C’est l’occasion de découvrir une voix naissante en littérature, doublée d’une excellente traductrice, Laura Brignon. Un polar qui plonge dans l’Histoire avec brio.

 

Article original sur le blog Bulles de Culture.

Disparue à l'âge de 23 ans, Geli Raubal entretenait des relations très étroites avec Hitler. Encore aujourd'hui, son décès est entouré de zones d'ombre, que l'écrivain Fabiano Massimi tente d'éclaircir dans son livre « L'Ange de Munich. »

Le 18 septembre 1931, le corps de Geli Raubal, 23 ans, est retrouvé sans vie dans l'appartement de son oncle Adolf Hitler. Un pistolet lui appartenant est posé aux côtés de la jeune femme. L'enquête est bouclée en huit heures, le corps est incinéré : il s'agit d'un suicide, une balle dans la poitrine, tout simplement. Passez votre chemin il n'y a rien à voir. Pourtant, une dispute aurait éclaté entre Hitler et Raubal quelques heures avant son décès et des témoins affirment qu'il y avait des traces de violence sur le corps de la défunte, que son visage était abîmé. 90 ans plus tard, le mystère est toujours intact. Qu'est-il réellement arrivé à Geli Raubal, la nièce adorée d'Hitler avec qui, certains l'affirment, il aurait entretenu une relation secrète ?

Dans son livre L'angelo di Monaco (« L'ange de Munich »), l'italien Fabiano Massimi imagine ce qui a pu se passer ce jour-là, au numéro 16 de la Prinzregentenplatz, à Munich. En se basant sur de nombreux documents d'archives, il explore l'histoire d'un personnage important de la vie du dictateur, dont on ignore encore beaucoup de choses. « J'ai essayé de comprendre pourquoi elle a été évincée de la culture universelle. Il n'y a pas un film, un essai, une pièce de théâtre à son sujet, en aucune langue. Et pourtant, dans l'Allemagne nazie, tout le monde connaissait le destin de la nièce d'Hitler : le scandale de sa mort était trop important pour tout simplement l'ignorer. Je crois qu'il y a eu une volonté d'oublier la façon dont on a sacrifié le droit à la justice d'une jeune femme, pour faciliter le chemin de la révolution politique », expliquait Massimi dans les colonnes de *El País*le 12 août. Son thriller historique se nourrit des secrets qui ont entouré le décès de Raubal, depuis l'absence d'un rapport d'autopsie, jusqu'à la disparition du livre Hitler et moi, où le frère d'un proche du Führer et ami de sa nièce, racontait la nature de leur relation. Il en va de même pour tous les documents liés à l'affaire, qui s'envolent lorsque les nazis arrivent au pouvoir, ou pour l'enquête menée sur le sujet par le journaliste Fritz Gerlich qui ne sera jamais publiée et se volatilise à la mort de celui-ci, dans un camp de concentration en 1934.

 

Cependant, certaines traces demeurent et l'importance de la figure de Raubal dans la vie du dictateur a été décrite dans les mémoires, journaux ou autobiographies de Goebbels, Göering ou encore Himmler. « À la mort de Geli, Hitler a dû être surveillé pendant trois jours et trois nuits parce qu'il avait manifesté non seulement la volonté d'abandonner la politique mais aussi ce monde. Après, selon les dires de plusieurs de ses collaborateurs, son caractère est devenu plus rigide et "extrême" », racontait l'auteur de L'angelo di Monaco à Historia National Geographic, le 26 juillet. Massimi n'hésite pas à affirmer que si Geli n'était pas morte le 18 septembre 1931, l'histoire du XXe siècle aurait probablement été « très différente », car celle-ci exerçait sur lui un effet « tranquillisant ». « Pour Hermann Göering, avec la mort de sa nièce, Hitler a perdu la dernière goutte d'humanité qui lui restait et il est devenu le monstre que l'on connaît tous », raconte l'écrivain.

Mais qui a donc bien pu tuer celle que le dictateur chérissait plus que tout au monde ? L'une des théories qui revient le plus souvent est que le Führer lui-même s'en serait chargé. Par jalousie (elle aurait fréquenté un « professeur de musique juif », ce qu'il n'aurait pas supporté), pour se libérer de l'influence qu'elle exerçait sur lui ou bien pour qu'elle ne révèle jamais la nature de leur relation, qui aurait pu fragiliser l'image de celui qui prendrait la tête du Troisième Reich peu de temps après... Si cette dernière théorie se confirme un jour, Geli Raubbal aurait peut-être été la première victime de la propagande nazie, affirme Massimi.

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