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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

Eiffel, le film de Martin Bourboulon. La passion des grandeurs...

Il avait la passion chevillée au corps comme les boulons de sa tour.

On est le 31 mars 1889....

C'est l'inauguration en grandes pompes de la Tour Eiffel...

Gustave Eiffel (un grand très très grand Romain Duris) gribouille, mélancolique, le dessin de sa tour en pensant au A du prénom d'Adrienne... 

Puis, il ouvre la porte de son bureau, tout en haut de sa tour, et embrase d'un regard tout Paris.

C'est alors qu'il se souvient...

Trois ans plus tôt...

Septembre 1886.

New-York et sa Statue de la Liberté.

Gustave est alors nommé citoyen d'honneur des Etats-Unis d'Amérique.

Un vrai grand succès.

On retrouve ensuite Gustave dans une brasserie avec sa fille Claire (émouvante et fragile Armande Boulanger) qui, entre deux huîtres, lui susurre timidement son désir de se marier.

Difficile pour un père de voir sa fille grandir...

Arrive son directeur financier avec journaux et factures qui coupe court à la conversation.

On en vient à parler de l'Exposition Universelle. Oui, celle qui va se tenir à Paris en 1889.

Eiffel doit construire quelque chose de spectaculaire...

Il penche pour le métropolitain...

Il accepte toutefois de rencontrer Koechlin (Jeremy Lopez habité) et son projet de tour.

Peu conquis par l'idée, Eiffel décoche :

"Le bon projet, c'est ce qu'on sait faire, utile, démocratique et qui restera après nous..."

Pour ce projet de métro, Eiffel a besoin d'un appui.

Il s'aperçoit alors qu'Antoine de Restac (un Pierre Deladonchamps, tout en retenue), un ancien comme lui de la prépa de Sainte-Barbe, est désormais journaliste et proche du ministre de l'Intérieur.

Reste à le rencontrer.

Sur l'entrefaite, Claire arrive enfin à coincer son père pour lui dire qu'elle veut épouser son nouveau collaborateur, Adolphe Salles (Andranic Manet tout en timidité), polytechnicien et ingénieur brillant.

"Le nouveau ? Tu veux épouser le nouveau ? Attends, donne-moi de l'eau et du bicarbonate, j'ai mal au crâne !"

Et puis, tout de suite après, le cognac et les verres pour trinquer à la nouvelle.

Claire a perdu sa mère et Gustave est veuf avec 4 enfants. Le travail et les enfants, les deux piliers d'Eiffel.

Mais, pour l'instant, direction la petite sauterie à l'hôtel particulier du ministre.

Ministre il y a, mais ce n'est pas lui qui va retenir tous les regards de Gustave, c'est Adrienne de Lestac (une sublime et délicieusement sensuelle Emma Mackey).

Regards intenses échangés, appétits coupés, ce dîner est celui des retrouvailles.

Coupées par les propos du ministre et le projet de L'exposition Universelle.

"Ah mais ça ne fait rêver personne le métro, après la défaite de Sedan, ce qu'il faut à la France, c'est quelque chose d'aussi fort que ce que vous avez fait pour les Américains !"

Adrienne de Lestac pense comme le ministre, elle veut quelque chose de "plus libre plus  audacieux".

Et tout d'un coup :

"Une tour ! 300 mètres !" s'exclame Eiffel.

"Mais j'ai une condition, il faut qu'elle soit construite en plein Paris, que tout le monde puisse la voir, en profiter, les bourgeois comme les ouvriers. Les grandes familles et les gens simples, il faut qu'on se mélange ! Plus de frontières de classes, c'est ça qui est moderne !" assène-t-il sans quitter la pulpeuse Adrienne des yeux.

Tous les convives acquiescent.

Adrienne de Lestac...

D'immenses yeux sombres, une jolie bouche bien dessinée, de superbes seins et la classe, la classe...

Mais tout ce que Gustave arrive à lui décocher en attendant l'automobile du mari c'est "J'espérais ne jamais vous revoir !"

Elle vacille sous les mots mais se reprend juste à temps pour monter en voiture.

Eiffel, lui, se rend à son bureau à Levallois-Perret et passe sa nuit à la dessiner LA tour.

Puis dès le lendemain, il part en chasse.

Pour la revoir.

Bois de Boulogne, hôtel particulier des de Lestac....

Où, bien imprudent, Antoine aperçoit quand même Gustave, égaré, devant le lit défait de la belle.

Sublimes décors très Second Empire, où on peut presque sentir le parfum enivrant de la femme.

C'est alors qu'il se souvient...

Oh les jolis jours de Bordeaux, quand il était jeune...

Et qu'il a sauvé un ouvrier des flots de la Garonne sous les yeux de sa future dulcinée.

Alors qu'il construisait une énorme passerelle.

Le voilà donc amoureux d'Adrienne Bourgès, fille d'un gros négociant bordelais.

Il a 28 ans, elle en a 18.

Elle est belle, libre et aime s'habiller en garçon.

En octobre 1860, le mariage semble décidé, et Adrienne brode son trousseau des lettres A.E. : Adrienne Eiffel.

Mais le père Bourgès va brusquement en décider autrement.

Et briser la vie des deux tourtereaux.

Adrienne, la femme mariée, va-t-elle céder au rendez-vous de Gustave, dans un coquet relais de campagne ???

La passion va-t-elle les brûler à nouveau ???

Avec en toile de fond la laborieux et douloureux accouchement de la Tour.

Les scènes des ouvriers à la fonderie Eiffel de Levallois-Perret ne sont pas sans évoquer des scènes d'un Germinal de Zola.

Les souvenirs de jeunesse de Gustave avec Adrienne rappellent, eux, la peinture de Georges Seurat : "Un dimanche après-midi à la Grande Ile de La Jatte".

Et certains des plus beaux écrits de Proust.

Ce film est une ode à la vie.

Celle du travail et de l'amour.

On disait de Gustave Eiffel qu'il "avait la passion chevillée au corps comme les boulons de sa tour".

Le film de Martin Bourboulon nous conte tout cela et plus encore.

A voir...

Absolument.

Pas surprise d'apprendre que l'écrivain Tatiana de Rosnay a participé à l'élaboration du scénario.

Un plus incontournable.

 

Liliane Langellier

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