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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

Pourquoi nous embrassons-nous sous le gui ?

Verdoyant quand les arbres ont perdu leurs feuilles, il ouvre l’année comme bon augure.

 

Eudoxie Dupuis, En remontant ! voyages du présent au passé

Le gui appartient à la famille des Santalacées comme le santal. Le genre Viscum comprend 70 espèces dans les régions tempérées, dont le plus connu est notre gui blanc (Viscum album). Viscum, dont dérive le terme « visqueux », désigne en latin le gui et la glu qui en est tirée. En français, ses noms sont également évocateurs : langue-de-bique, casse-malheur, bois de la sainte-croix, gillon, verguet, bouchon, vert de pommier…

Philippe Eberhardt, Les plantes médicinales et leurs propriétés, Paris, 1927

Largement présent en Europe, Asie et Afrique du Nord, le gui est un hémiparasite. En effet, il enfonce un suçon dans le bois de l’hôte-support, mais ses feuilles contiennent de la chlorophylle. Sous-arbrisseau toujours vert, sa maturité correspond à la période hivernale après la chute des feuilles des arbres, ce qui le rend particulièrement repérable à cette saison. Ses fleurs unisexuées sont jaunâtres et peu visibles, tandis que ses feuilles sont identiques sur les deux faces. Il forme des touffes de 0,2 à 2 mètres de diamètre.

Jane Atché, [Le Gui et le Houx], 1899

La boule de gui est une pseudo-baie globuleuse blanchâtre, sous forme de groupes de trois à cinq boules. Elle est disséminée par les oiseaux qui la consomment (grive, mésange bleue…). Elle se colle à une branche grâce à sa glu, cette matière visqueuse due à la viscine présente dans la pulpe du fruit ; elle est également dispersée par les fientes. La grive draine (Turdus viscivorus) lui doit son nom latin : « avide de gui ». Le gui pousse tant sur les arbres caducs (poirier, pommier, peuplier…) que sur les résineux, mais très rarement sur le chêne. Une dizaine de chênes en seraient porteurs en France.

Maurice Pillard Verneuil, Etude de la plante, Paris, 1903

C’est pourtant le gui de chêne qui est le plus connu car recherché par les druides. Selon Pline, il était cueilli avec une faucille en or le 6e jour de la lune, et recueilli dans une tunique blanche ou une bassine d’eau (de l’eau lustrale se formait alors, luttant contre les maux et les sortilèges). Il était réputé pouvoir tout soigner. Théophraste et Dioscoride s’en servent contre les tumeurs ; Hildegarde de Bingen contre la goutte ; Paracelse contre l’épilepsie. Diurétique et anxiolytique, sa consommation doit s’effectuer avec prudence en raison de sa toxicité variable selon l’arbre sur lequel il pousse : le gui de peuplier est ainsi plus toxique que le gui de pommier.

Louis Daney, Fleurs des jardins et des champs

Le gui a été utilisé comme fourrage complémentaire durant la mauvaise saison, car réputé favoriser la lactation des vaches et des chèvres. Les fruits visqueux servaient à préparer la glu pour piéger les oiseaux. Il peut aussi être cultivé comme plante ornementale.

Le Petit Journal. Supplément du dimanche, 4 janvier 1914

Dans la mythologie nordique, le gui est l’outil par lequel le dieu Loki se débarrasse de son rival Baldr. Plus pacifiquement, les rites du mariage grec et des Saturnales ont ancré la coutume de s’embrasser sous le gui. La période du solstice d’hiver est une période particulière, marquée de nos jours par les fêtes de Noël, du jour de l’An et des étrennes. Acheté aux marchands, le gui était considéré comme porte-bonheur : en brûler dans la cheminée la nuit de Noël protégeait tout l’année du mauvais sort. Symbole de prospérité et de longue vie, le gui est réputé transmettre ses vertus à ceux qui s’embrassent sous les boules accrochées au-dessus du seuil des portesAu gui l’an neuf !

H. Heinecke, Petit Rouge-Gorge

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