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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

La guerre des troufions racontée par Louis Pergaud...

Deux ans après avoir publié "la Guerre des boutons", le 3 août 1914, Louis Pergaud partit pour la guerre, la vraie. Il y est mort dans la nuit du 7 au 8 avril 1915. Son carnet a été publié, pour la première fois dans son intégralité en 2011.

Le sous-lieutenant Louis Pergaud, ici, au centre, en veste claire.

 

Cette fois, ce ne sont plus des coups de pied, des jets de cailloux, des blouses arrachées et des cris de joie, mais des orages d'acier, des pluies de bombes, des corps broyés et des hurlements d'effroi. Ce n'est plus, dans la jolie campagne française, la troupe de Longueverne contre celle de Velrans, mais, dans un paysage d'apocalypse, l'armée des poilus contre celle des boches. On ne rigole plus. On a cessé de jouer à la guerre. On la fait. On y crève.

Deux ans après avoir publié «la Guerre des boutons», et alors qu'il commence à en rédiger la suite, l'instituteur Louis Pergaud, 32 ans, prix Goncourt 1910 pour un recueil de nouvelles animalières, «De Goupil à Margot», part pour Verdun, le 3 août 1914. Pendant huit mois, sans jamais quitter la côte 233 de Marchéville où son régiment, le 166e, est enlisé, Pergaud se bat. Il sera tué le 7 avril 1915. Son corps, noyé dans la boue de la Meuse, ne sera jamais retrouvé.

Jusqu'en 1918, sa femme, Delphine, le croira vivant, et prisonnier. Longtemps, elle continuera de lui écrire des lettres. Avec la cantine militaire arrivera la preuve de sa disparition. A l'intérieur se trouve le «Carnet de guerre». Il paraît aujourd'hui pour la première fois dans son intégralité. C'est la relation lapidaire d'une boucherie, le récit expéditif d'une mort annoncée - «Le Destin est notre maître, nous ne pouvons rien contre ses arrêts.»

Le sous-lieutenant Pergaud, dont les critiques raillaient avant-guerre la prose fleurie et le style appliqué, n'a plus le temps ni le goût de faire des phrases avec adjectifs. «Je lâche le crayon pour le flingot, et vive la France !» Dans l'urgence, il jette entre deux fusillades des mots de télégraphiste, il colle à l'action, il s'y oublie.

 

Parfois, quand passent des geais, des pinsons ou des bouvreuils dans le ciel d'automne, on le sent prêt à céder à la nostalgie du bonheur, au regret de la littérature. Mais aussitôt l'horreur le rattrape, avec son cortège de gueules cassées et ses amas de cadavres déchiquetés dans des trous pleins «de pissat, de merde et de sang». Pour autant, il ne condamne pas la guerre, persuadé qu'il est d'aider la civilisation à résister à la barbarie. S'il avait su, il serait venu quand même.

Jérôme Garcin

Carnet de guerre, par Louis Pergaud,
Mercure de France, 160 p., 6,80 euros.

 

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