Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

“L’Étau de Munich”, sur Netflix : un thriller qui refait l’Histoire à sa sauce...

De façon très discutable, le film d’espionnage de Christian Schwochow, pour autant bien rythmé et bien interprété, tente de réhabiliter le secrétaire du Premier ministre du Royaume-Uni Neville Chamberlain, et avec lui les accords de Munich de 1938... Explications.

 

Deux ex-amis, un Anglais et un Allemand, se retrouvent six ans après leur brouille à la conférence de Munich. Le premier est le secrétaire du Premier ministre du Royaume-Uni, Neville Chamberlain, le second, un résistant à Hitler. Vont-ils réussir à s’unir pour faire barrage à l’expansion du nazisme en Europe ?

Voyons ce qu’il vous reste de vos lointains cours d’histoire… 1938, les accords de Munich ? Tel un réflexe pavlovien, les substantifs « honte », « trahison » et « ignominie » devraient vous sauter sur le cortex. Dans le cas contraire, il est à craindre que L’Étau de Munich vous oriente, sans résistance de votre part, sur une vision assez douteuse de l’avant-Seconde Guerre mondiale.

Coup de poker

Révision express : dans la nuit du 29 au 30 septembre 1938, à Munich, les Européens – en premier lieu, le Français Daladier et le Britannique Chamberlain – abandonnèrent aux nazis le territoire des Sudètes afin de sauver la paix. Au nom d’un pacifisme jusqu’au-boutiste, ils eurent « le déshonneur et la guerre », Hitler n’ayant jamais eu l’intention de limiter « l’espace vital » du Reich à la Tchécoslovaquie.

À la fin de ce thriller d’espionnage britannique adapté de Munich, un roman de Robert Harris, on jurerait pourtant que la conférence bavaroise fut un sacré bon coup de poker géopolitique. Incarné avec flegme et espièglerie par Jeremy Irons, Chamberlain est présenté comme un humaniste traumatisé par les pertes effroyables de la Grande Guerre. Tenant de l’« appeasement », il veut éviter une nouvelle boucherie, mais pas à n’importe quel prix. Et c’est là que le bât blesse.

 

Car la thèse du film consiste à refaire l’histoire. Ainsi, loin d’être un « idiot utile », manipulé par un Hitler déjà prêt pour sa guerre de conquête, le Premier ministre britannique était en fait un fin politique. Visionnaire – en signant les accords de Munich, il cherchait à obtenir un délai pour mieux préparer la guerre à venir, et la gagner –, il a également fait preuve d’héroïsme en acceptant de passer pour le dindon de la farce alors même qu’il préparait l’avenir. Mouais... Cette tentative de réhabilitation pose quand même deux ou trois problèmes de véracité historique. À ce stade, il est même permis de parler de révisionnisme.

Remarquons en passant que si le film est réalisé par un Allemand, Christian Schwochow (à qui l’on doit aussi deux épisodes de la saison 3 de The Crown), c’est un dramaturge anglais, Ben Power, qui signe le scénario. Loin de nous l’idée que la Perfide Albion n’ait pas de beaux restes, mais tout de même : le biais idéologique du film est très pro-britannique.

Une brochette d’acteurs et actrices

Pour le reste, L’Étau de Munich est regardable. L’académisme de la réalisation est heureusement contrebalancé par la présence de quelques grands acteurs (en plus de Jeremy Irons), comme la géniale Sandra Hüller (vue dans Sibyl, de Justine Triet, et surtout Toni Erdmann) et le fiévreux Jannis Niewöhner. Le film offre une partition de choix à ce jeune acteur allemand prometteur. Au fil du film, son corps fougueux, instable, devient le miroir du combat qui assiège sa conscience. Le lieu du dilemme qui la déchire : la nécessité d’agir conformément à ses idées et, ce faisant, la peur de commettre une faute. De quel droit neutraliser Hitler, après tout, puisqu’il a été porté au pouvoir par le peuple allemand ?

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article