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Chez Jeannette Fleurs

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« Nona et ses filles », sur Arte : Miou-Miou règne sur la douce folie de Valérie Donzelli...

On ne fait pas grand chose d'intéressant en restant tout le temps dans les rangs...

Sur Le Monde...

« Nona et ses filles », sur Arte :
Miou-Miou règne sur la douce folie de Valérie Donzelli

Dans sa première fiction pour la télévision, la réalisatrice de « La guerre est déclarée » tisse une comédie délicate autour de l’improbable grossesse d’une septuagénaire.

C’est comme si Valérie Donzelli vous donnait une bonne bourrade dans le dos pour vous envoyer valdinguer dans l’appartement d’une dame que vous ne connaissez pas, à un moment délicat de la vie de celle-ci. Le premier épisode de Nona et ses filles exige que l’on gobe une aberration : Nona (Miou-Miou), qui vient juste de rejoindre la cohorte des septuagénaires, se découvre enceinte, provoquant stupeur et effroi chez ses trois filles, Gabrielle/Gaby (Clotilde Hesme), Emmanuelle/Manu (Virginie Ledoyen) et George (Valérie Donzelli), la petite dernière de ses triplées, celle qui est restée chez maman, dans un appartement au pied de Montmartre.

Tous sont mis en mouvement dans des directions imprévisibles par ce qui arrive à la grand-mère qui consacrait jusqu’ici le plus clair de son temps au Planning familial. Ces trajectoires restent harmonieuses, parce que le plus fugace des personnages est traité avec une attention et une délicatesse permettant aux interprètes de sortir de leur registre habituel (voir Léonie Simaga dans le rôle de la collaboratrice de Nona au Planning).

Valérie Donzelli réussit ici la plus équilibrée de ses comédies, la forme de la série lui sied. Elle lui permet de passer du registre fantastique à celui du vaudeville sans que les deux se heurtent, elle lui permet aussi de se faire tour à tour chroniqueuse des mœurs contemporaines et tribun (il manque là un féminin) politique, sans jamais se départir d’une douceur qui fait de Nona et ses filles l’une des séries les plus accueillantes de cette année éprouvante.

Nona et ses filles, série de et avec Valérie Donzelli (Fr., 2021, 9 x 30 min).

Avec Miou-Miou, Virginie Ledoyen, Clotilde Hesme, Rüdiger Vogler, Barnaby Metschurat, Michel Vuillermoz.

Diffusée sur Arte avec trois épisodes tous les jeudis à 20 h 55, à partir du 2 décembre. Disponible en intégralité sur Arte.tv jusqu’au 14 janvier 2022.

Sur Télérama...

“Nona et ses filles”, première série de Valérie Donzelli : “La maternité est un peu surnaturelle”

Une femme de 70 ans se découvre enceinte, et ses triplées quadra rappliquent dans son giron… Avec “Nona et ses filles”, sa première série, diffusée sur Arte, Valérie Donzelli signe une fantaisie espiègle, décalée et pleine de poésie. Fidèle au style de la cinéaste.

La vie d’Élisabeth Perrier, dite Nona (Miou-Miou, qui a repris le rôle initialement pensé pour Catherine Deneuve), a toujours davantage tenu du torrent tempétueux que du long fleuve tranquille. Et ça n’est pas près de changer… De fait, à 70 ans, cette responsable d’une antenne parisienne du planning familial, mère de triplées quadragénaires qu’elle a élevées seule, découvre qu’elle est… enceinte.

Tel est le point de départ – gonflé – de la drôle d’odyssée féminine et familiale que Valérie Donzelli raconte dans sa toute première série, Nona et ses filles, coécrite avec la scénariste Clémence Madeleine-Perdrillat et entièrement réalisée par ses soins. « Je voulais parler d’une femme qui, à un âge où elle est censée pouvoir enfin profiter librement de la vie, se trouve une nouvelle fois renvoyée à sa vocation maternelle. Ce, à plus d’un titre : non seulement elle est confrontée à cette grossesse tardive et inattendue, mais en plus elle voit ses trois grandes filles rappliquer sous son toit », explique la réalisatrice.

Elle interprète également l’une des trois quadragénaires, George, éternelle thésarde qui n’a même jamais quitté le nid, à la différence de ses sœurs, Gaby, une sexologue rattrapée par son adolescence (Clotilde Hesme), et Manu, une mère de famille nombreuse à l’étroit dans son couple et son foyer (Virginie Ledoyen).

« J’ai eu une mère, des enfants, des sœurs. Les relations induites par la filiation, la parentalité, la sororité me sont familières, témoigne Valérie Donzelli. Quant à la maternité, je l’ai toujours considérée comme quelque chose d’un peu surnaturel. Tout le monde a l’air de trouver ça normal et anodin, que les femmes fabriquent des enfants avec leur corps, mais moi je persiste à trouver cela extraordinaire. C’est comme un superpouvoir ! D’un côté, les femmes disposent d’une aptitude que les hommes n’ont pas. De l’autre, cette capacité qui leur est propre peut tout aussi bien se transformer en poison et se refermer sur elles comme un piège… »

Bénédiction ou malédiction ? Dans le cas de Nona, la réponse restera en gestation tout au long des neuf épisodes, matérialisée par un énigmatique halo lumineux émanant du ventre de la septuagénaire. Précipitant la transformation de celle-ci en phénomène de foire, mi-madone, mi-extraterrestre, et le repli protecteur de la tribu entière vers l’appartement familial… et le giron maternel.

D’autant que ce mystère en cache un autre, tout aussi épais : l’ADN du père n’est pas celui… du père. Une diablerie génétique que George, s’improvisant détective, se met en tête d’élucider avec un ami chercheur. « C’est tout à fait plausible ! » assure Valérie Donzelli, citant un article du Monde sur le gène fantôme lu pendant l’écriture du scénario. Lequel a ensuite été soumis au regard de scientifiques, avant le début du tournage.

Sans pour autant lester la série d’un quelconque esprit de sérieux. Empruntant aussi bien au vaudeville qu’au conte, au feuilleton policier qu’à la comédie musicale, Nona et ses filles se montre fidèle au style espiègle et décalé de la cinéaste, qui opère ici avec grâce et malice. Elle conjugue allègrement science et tendresse, mélancolie et candeur, et se joue des codes et des repères.

Ouvertement vintage, le décor peuplé de références aux années 1970 et 1980 – tentures aux murs, tissus Liberty et vieilles éditions de la Bibliothèque rose – contraste par exemple avec la grande actualité des questionnements sociétaux qui entrent en résonance avec l’histoire de Nona. Remises en cause de l’IVG, enjeux éthiques de la médecine procréative, diversité des schémas familiaux, redéfinition de la place des pères…

Pour ces derniers, et pour l’ensemble de ses personnages masculins, l’autrice et sa coscénariste ont imaginé des compositions certes secondaires, mais tout en nuances de gris. « Ça m’étonne toujours qu’on relève cet aspect-là, observe avec une pointe d’agacement la réalisatrice. Je connais beaucoup d’hommes vulnérables, doux, fragiles, très éloignés des caricatures viriles. Alors oui, j’ai essayé de leur rendre justice…

L’invention des personnages, et pas seulement à l’écriture, c’est vraiment l’étape que je préfère. Choisir leurs prénoms, leurs costumes… Par exemple, pour le rôle de Michel Vuillermoz, l’identité est venue d’abord : André Breton, l’amoureux secret de Nona. Puis, aux essayages, Élisabeth Méhu, la costumière, a sorti cette improbable robe de chambre bordeaux… Tout de suite, j’ai dit oui : il l’a achetée lors d’un voyage à Venise. Il sait que c’est too much, mais il s’en fout : il est tout seul chez lui. Idem, j’expliquais à Christopher Thompson que son personnage – le mari toujours en voyage de Manu – était le pdg de la marque de riz Taureau ailé : ça justifiait qu’il parte si souvent en Asie ! »

Valérie Donzelli, un esprit poète

Qui apprécie les films de Valérie Donzelli sait que, chez elle, la fantaisie ne reste jamais hors champ bien longtemps. Et Nona et ses filles ne déroge pas à la règle. La réalisatrice, qui disait craindre, avant le tournage, que les contraintes de la fabrication sérielle ne viennent entamer ses libertés de metteuse en scène, a su insuffler à son récit tout ce qui fait d’ordinaire le sel et la poésie de son cinéma.

Le recours aux voix off pour assumer la narration – à chaque nouvel épisode, un personnage différent prend la main sur l’histoire –, aux morceaux chantés, pour accéder au for intérieur des protagonistes. Sans oublier les clins d’œil d’initiés à certains de ses cinéastes fétiches : pas tout à fait étranger à la logique sérielle avec son cycle Antoine Doinel, Truffaut adorait, lui aussi, les fermetures à l’iris…

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