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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

« Le Tour du monde en 80 jours » : que vaut cette nouvelle adaptation télé ?

Pas besoin de passeport sanitaire pour embarquer sur France 2 dès ce soir dans une version modernisée et prestigieuse du roman de notre enfance.

Personne ne s’étonnera de voir France Télévisions se lancer dans un périple aussi ardu qu’une nouvelle adaptation du Tour du monde en 80 jours de Jules Verne. Service public oblige, France 2 brandit de nouveau le drapeau de la culture populaire, quelques semaines après avoir proposé une nouvelle version – efficace et suivie par 3,5 millions de téléspectateurs – d’un autre grand classique de la littérature française, Germinal. Et, si, dans quelques jours, les ventes de livres signés du grand Jules s’envolent, ses ayants droit pourront amplement remercier France 2.

Mais, cette fois, les capitaux ne sont pas uniquement français et ce Tour du monde est le fruit d’une coproduction avec la Rai italienne et la ZDF allemande. « En tant que diffuseur, depuis l’arrivée massive des plateformes en Europe, on avait de moins en moins accès à certains projets. Avec L’Alliance, que nous avons créée en 2018, nous avons pu accéder non seulement à des niveaux de budget de productions beaucoup plus importants, mais surtout à des « marques » connues [comme ici Le Tour du monde en 80 jours, NDLR] dont le marché des plateformes est actuellement très friand », nous expliquait en juin dernier la directrice des acquisitions et des coproductions de la fiction internationale de France Télévisions, Nathalie Biancolli, remplacée depuis par Manuel Alduy, en évoquant Leonardo, l'autre superproduction très attendue sur la jeunesse de Léonard de Vinci.

David Tennant en Fogg

Étonnant de ne pas voir figurer en coulisse la Grande-Bretagne alors que Phileas Fogg prend ici les traits de l’excellent et charismatique David Tennant, connu du grand public pour avoir incarné le 10e et très marquant Dr Who ou encore le flic désabusé de la série policièrBroadchurch. Il se trouve que le Royaume-Uni n’a pas souhaité mettre quelques billes dans le projet, mais la très exigeante BBC a acheté cette série de huit épisodes. La preuve de sa qualité ? On peut éventuellement interpréter ce « revirement » ainsi.

En effet, sans pour autant venir bousculer le monde des séries, ce beau produit européen n’a pas à rougir de nombreuses autres productions mieux achalandées à l’international. Et, si Lupin vous a laissé un arrière-goût de déception crasse, cette nouvelle adaptation du roman iconique de Jules Verne (22 ans après la minisérie américaine menée par Pierce Brosnan) associe ici sans difficulté deux atouts essentiels pour une chaîne comme France 2 : spectacle familial et modernité.

Pas question de proposer une version « dans son jus » d’un mets même aussi traditionnel que Le Tour du monde en 80 jours. Ici, Phileas Fogg est toujours un explorateur britannique, plus touchant, moins « tête à claques » et moins irritant que son modèle, dont les motivations n’obéissent pas uniquement à des raisons logistiques. Son voyage, il le partage avec son valet Jean Passepartout, incarné par le Français d’origine malienne Ibrahim Koma (vu dans le feuilleton Sous le soleil et OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire). Dans cette nouvelle mouture, pas de policier suspicieux pour coller aux basques de notre explorateur, mais une journaliste, intrépide et maligne (défendue avec conviction par Leonie Benesch, aperçue dans The Crown) qui apporte ainsi une touche de féminité au casting. Une touche de féminisme ? Oui, sûrement un peu, tant son personnage semble ne pas coller à son époque mais davantage à la nôtre.

Humour et coulis de romantisme

Le menu se veut avant tout prestigieux. Une couche de romantisme et un nappage d’humour en bonus… Même la BO est signée par monsieur Hans Zimmer lui-même. Quant à la beauté des décors, la richesse des moyens de locomotion (train, bateau, chapeau, ballon…), elles s’accompagnent d’effets spéciaux tous réussis. Devait-on s’en étonner quand on sait que le projet a été placé entre les mains de l’Irlandais Steve Barron, connu pour avoir dirigé dans les années 1980 les clips de « Billie Jean » de Michael Jackson ou du fameux « Take on Me » du groupe a-ha (celui dans lequel le héros est coincé dans une BD), sans oublier son adaptation de Pinocchio en 1996 ou des… Tortues Ninja ! Il faut croire que les adaptations risquées ne lui font pas peur, puisque c’est déjà lui qui, au début des années 2000, avait conduit une nouvelle version des Contes des 1001 nuits pour la chaîne américaine ABC ou encore de L’Île au trésor en 2012.

Ce vieux briscard de 65 ans ne démérite pas ici et le cocktail qu’il propose se révèle plus savoureux qu’on aurait pu le penser. Surtout au vu des conditions très difficiles de tournage auxquelles les équipes ont été confrontées. Un tournage qui a débuté début 2020 en Afrique du Sud, quelques semaines avant qu’un certain virus, dont on découvrait vaguement le nom, Covid-19, ne vienne s’inviter aux festivités. Tournage arrêté en catastrophe. Repoussée aux calendes grecques après avoir été annoncée maintes fois, la reprise a eu lieu début 2021 en Roumanie, puis de nouveau en Afrique du Sud… où l’on venait de découvrir un nouveau variant. Le fameux tour du monde aura duré trois cent soixante-cinq jours au total !

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