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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

Colette. Le film du réalisateur : Wash Westmoreland...

Le film de Westmorelad a été diffusé pour la première fois à la télévision sur Chérie 25 le 1er octobre 2021...

 

Résumé : 1893. Malgré leurs quatorze ans d’écart, Gabrielle Sidonie Colette, jeune fille à l’esprit rebelle, épouse Willy, écrivain aussi égocentrique que séducteur. Grâce à ses relations, elle découvre le milieu artistique parisien qui stimule sa propre créativité. Sachant repérer les talents mieux que quiconque, Willy autorise Colette à écrire – à condition qu’il signe ses romans à sa place. Suite au triomphe de la série des Claudine, il ne tarde d’ailleurs pas à devenir célèbre. Pourtant, tandis que les infidélités de Willy pèsent sur le couple, Colette souffre de plus en plus de ne pas être reconnue pour son œuvre…

Critique : Fasciné depuis de nombreuses années par la personnalité combative de Sidonie-Gabrielle Colette, Wash Westmoreland, réalisateur né dans le Yorkshire, rêve de lui consacrer l’une de ses œuvres. En 1999, assisté de Richard Glatzer, son coscénariste, coréalisateur et compagnon, il entreprend de lire des ouvrages qu’elle a écrits ou des biographies qui lui ont été consacrées. Ils prennent alors conscience que les années de son premier mariage (1893/1906) sont le reflet parfait de l’éclosion de la modernité du vingtième siècle, de cette époque-charnière où les femmes réclament davantage d’indépendance, dans tous les domaines, tandis que les hommes continuent de s’arc-bouter sur leurs droits. S’attaquer à la biographie d’une célébrité française dans un film tourné en langue anglaise aurait pu se transformer en défi fatal. Pourtant, il n’en est rien.
Fort de son enthousiasme communicatif, dix-huit ans après Echo Park L.A., suivi en 2014 de Still Alice
Wash Westmoreland réalise seul (son partenaire est décédé en 2015) son projet le plus ambitieux grâce à la description humoristique, piquante et émouvante de la trajectoire peu commune de deux êtres hors norme, emblématiques de ces changements qui devaient marquer la société à tout jamais.

 

Car si le récit est axé autour du parcours de l’un des plus célèbres symboles français de l’émancipation féminine qui, en ce début du vingtième siècle bouscule les conventions sociales, le rapport à la sexualité et les rôles dévolus aux hommes et aux femmes, le réalisateur-scénariste choisit avant tout de se concentrer sur l’évolution d’un couple qui, marié par opportunisme, se nourrit de la présence de l’autre. Exploitant magnifiquement la puissance de leurs relations complexes, il nous régale sans faillir d’une palette d’émotions allant de l’amour à la haine, de la tendresse à la perversité, de l’initiation à l’exploitation abusive. Désireux d’ancrer profondément son histoire dans cette modernité naissante, il donne à ce duo explosif l’allure d’un couple de stars hollywoodiennes n’hésitant pas à étaler ses différends au grand jour. De la même manière, il fait de Willy, doué pour déceler le formidable potentiel commercial de la série des Claudine jusqu’à en faire une référence incontournable, un homme de marketing avant l’heure. Ce qui ne l’empêche pas de nous ravir de la reconstitution minutieuse des décors et des costumes de cette Belle Epoque.

 

Quand Sidonie-Gabrielle (Keira Knightley) rencontre Henry Gauthier Villars, (Dominic West) tout à la fois critique musical influent, auteur prolifique de romans souvent écrits par d’autres, propriétaire d’une maison d’édition et accessoirement séducteur insatiable, elle est encore très jeune et vit depuis toujours à la campagne. Son esprit curieux et anticonformiste lui permet de se sentir très vite à l’aise au sein des cercles artistiques que son mari lui fait découvrir. Elle partage avec lui une existence fastueuse entre les salons littéraires, les théâtres et les cafés littéraires, et profite de ses appuis. En retour, il abuse des dons d’écriture de sa jeune épouse allant jusqu’à signer du pseudo de Willy le premier roman qu’il l’incite à écrire Claudine à l’école tout comme il le fera pour les trois suivants.

 

Une mise en scène conventionnelle laisse la place aux interprètes et à leur force de conviction pour nous plonger sans retenue dans cet univers fascinant et trouble. De la jeune fille sage à la femme déterminée, qui se libère du joug de son mari, jusqu’à celle par qui le scandale arrive le jour où, lors d’une représentation au Moulin Rouge -nous livrant au passage l’une des plus belles scènes du film-, elle embrasse publiquement Missy avec qui elle entretient une liaison homosexuelle de longue date, Keira Knightley puise dans toutes les facettes de son talent pour faire vibrer sous nos yeux le cœur de cette femme terriblement moderne. Le jeu de Dominic West est à classer dans le même registre. Impressionnant de vérité, il parvient à nous persuader que ce manipulateur et phallocrate notoire de Willy n’est pas l’être aussi abject que les circonstances laissent supposer. L’habillant d’une avantageuse prestance, il lui trouve même des circonstances atténuantes au point de le rendre presque attachant.
Un film qui s’il rend un bel hommage à l’une des sommités de la littérature française, se pare aussi et surtout d’un message universel à l’heure où le féminisme trouve un nouveau souffle.

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