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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

« Le Bal des folles », le coup d'essai original d'Amazon France

 

Premier film original produit par Amazon Prime Video en France, le drame réalisé par Mélanie Laurent fait ses débuts mondiaux sur la plateforme le 17 septembre après avoir été présenté au festival de Toronto. Un résultat à la hauteur de l'ambition affichée.

Inspiré du livre éponyme de la primo-romancière Victoria Mas , prix Renaudot des Lycéens en 2019, ce « Bal des folles » de et avec Mélanie Laurent était doublement attendu. Il est non seulement le premier film original produit par Amazon Prime Video en France mais vient également d'être présenté en compétition au 46ème festival de Toronto. Le résultat est à la hauteur de l'ambition affichée.

Avec cette nouvelle adaptation d'une oeuvre littéraire qui lui tient à coeur, la réalisatrice de « Respire » réussit un film d'époque habilement féministe qui ne se noie pas dans la reconstitution historique et semble d'une percutante modernité à l'heure de la remise en cause générale du patriarcat.

Le barbare professeur Charcot

Dans le Paris du 19ème siècle, Eugénie, grande bourgeoise versée dans le spiritisme, est internée par sa famille à la Salpêtrière aux côtés des « hystériques », soignées sans ménagement par le neurologue Charcot : séjours sadiques en cachots d'isolement, bains de glaçons barbares et séances d'hypnose qui tournent mal. Lou de Laâge, qu'on se réjouit de revoir à l'écran, prête sa sensibilité et son expressivité à cette jeune fille de bonne famille à la personnalité indépendante, déclassée au milieu de femmes du peuple victimes de la misogynie du milieu médical.

Les patientes sont traitées comme des bêtes de foire et l'exposition de leur chair est triste dans les clairs obscurs qui définissent l'hôpital, contrastant violemment avec la lumière qui baigne la ville extérieure. Les interactions entre patientes entre elles et avec le personnel soignant - et notamment avec l'assistante du professeur Charcot, Geneviève, interprétée sans pathos par Mélanie Laurent - donnent de l'oxygène à ce huis clos par ailleurs éprouvant.

Des images somptueuses

Les images de Nicolas Karakatsanis sont somptueuses. Les plans, magnifiquement construits et éclairés, rappellent tour à tour la rigueur glaçante des scènes figées par le maître de la peinture danoise Vilhelm Hammershoi et les débordements grotesques croqués par le flamand James Ensor.

Ils auraient incontestablement mérité d'être admirés sur grand écran, mais le film, à l'origine prévu pour la salle, a bifurqué vers une autre exploitation à cause de la pandémie et des confinements.

 

CRITIQUE - La comédienne adapte le roman de Victoria Mas sur le sort des patientes et cobayes d’une psychiatrie machiste. Une peinture édifiante de la Belle Époque mais trop didactique sur sa fin.

"J'étais partie sur une histoire de sorcières au Moyen Âge puis mon producteur Alain Goldman m’a mis le livre de Victoria Mas entre les mains. J’ai été horrifiée de réaliser que, du XIIIe siècle au XIXe, la condition de la femme n’avait pas évolué. Qu’on réduisait au silence celles qui voulaient apporter la contradiction", confie au Figaro Mélanie Laurent. La star d’Inglourious Basterds adapte pour Amazon Prime Video Le Bal des folles. Sa sixième réalisation. Cette plongée édifiante dans les origines machistes de la psychiatrie et de la Belle Époque vient d’avoir les honneurs du festival de Toronto.

Paris. 1885. Jeune femme de la grande bourgeoisie parisienne, Eugénie (Lou de Laâge) refuse de se marier et affiche un anticonformisme qui tétanise ses parents. Lorsqu’elle dit communiquer avec les défunts, son père la fait admettre à la Pitié-Salpêtrière en psychiatrie. Une descente aux enfers. Bains glacés, hypnose, examens gynécologiques abusifs attendent les patientes exhibées par les chefs de service. Ce qui ronge Eugénie n’est pas la déraison mais la médecine des hommes.

Confinement des esprits

«Ce qu’on appelait l’hystérie à l’époque relève de la mélancolie, de la dépression. Des femmes en plein traumatisme de deuil ou de viol que les traitements plongeaient dans des abîmes encore plus profonds», souligne la comédienne et réalisatrice. Plus qu’un film historique, Mélanie Laurent revendique la réalisation d’une œuvre militante: «Les informations sur ce bal annuel où les patientes étaient déguisées étaient contradictoires. Y avait-il une dizaine ou une centaine de participants ? Les gravures montrent des hommes du monde buvant et fumant en regardant des filles à terre qui se cambraient. Des postures de peep-show.»

Cette adaptation restitue bien le quotidien oppressant et bruyant de l’asile. Voisine de lit d’Eugénie, Louise (fantastique Lomane de Dietrich), internée pour avoir dénoncé son oncle incestueux, est la compagne d’infortune la plus bouleversante. Dans une palette bleutée inspirée par le peintre danois Hammershoi et des volutes de fumée qui évoque les courtisanes de Toulouse-Lautrec, Mélanie Laurent suggère, de corsets en couloirs filmés en gros plans, le confinement des corps et des esprits. Peu importe le statut. Infirmière en chef, Geneviève (Laurent elle-même) n’a guère plus d’emprise sur un patriarcat rampant dont ses supérieurs et son père sont les parfaits représentants.

Pourquoi croire à Dieu est-il plus acceptable que croire aux esprits ? La question est au cœur du Bal des folles. Elle permet d’évoquer la passion pour l’occultisme à la fin du XIXe siècle. Ce n’est pas pour rien que les obsèques de Victor Hugo constituent la scène d’ouverture. Toutefois, plus il avance vers son épilogue (prévisible) de grande évasion, plus le film perd de sa singularité et son élan. Trop clinique, trop appliqué, trop raide pour susciter de l’émotion lorsque Geneviève prend le parti d’Eugénie et s’ouvre au surnaturel.

Distribution[modifier | modifier le code]

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