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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte pour le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

Jean-Paul Belmondo : itinéraire d’un enfant gâté du cinéma. François Forestier et Sophie Delassein.

Il avait l’amour du cinéma et surtout celui de la vie. Depuis « A bout de souffle » jusqu’à « D’un film à l’autre », Jean-Paul Belmondo a passé sa vie à jouer la comédie, dynamitant le cinéma classique de la fin des années 1950 à force de fantaisie et d’espièglerie. Subtil dans les films d’auteur, éclatant dans les comédies populaires, il est mort ce lundi 6 septembre à l’age de 88 ans. Hommage.

L’homme jouissait d’un capital sympathie phénoménal, l’acteur aura passé l’essentiel de sa carrière en haut de l’affiche. Jean-Paul Belmondo était un héros. On n’allait pas au cinéma pour un de Broca, un Deray, un Verneuil ou un Lelouch ; on se précipitait pour voir « le nouveau Belmondo ». Et les records au box-office s’additionnaient.

Pourtant ce n’était pas gagné pour ce garçon-là. Ses débuts sont balbutiants, difficiles, douloureux même. Au Conservatoire d’art dramatique, Jean-Paul Belmondo lutte pour entrer, bataille pour se faire comprendre. Le « 2 bis », comme on l’appelle, est pour lui un théâtre de frustrations et de brimades. Sa liberté, sa fantaisie, son insolence et son modernisme se heurtent à la rigidité académique perpétuée par des professeurs conservateurs, ex-sociétaires de la Comédie-Française ou émules de Louis Jouvet. En cinq ans d’apprentissage, il aura incarné un bon nombre de valets de comédie, et en retour à peu près tout entendu : « Il fait partie du club de boxe ou quoi ? On s’attend à recevoir un direct du gauche dès qu’on s’approche de lui. Avec une gueule pareille, comment voulez-vous qu’il fasse du théâtre ? » Ou bien : « Avec la tête qu’il a, il ne pourra jamais prendre une femme dans ses bras, ce ne serait pas crédible. » Ces mots auraient pu l’achever, mais non : « Toute ma vie, j’ai voulu me venger. Prouver qu’ils avaient eu tort. » Belmondo quitte le Conservatoire porté sur scène en héros par ses amis, la fameuse bande du Conservatoire. Pour lui, l’épopée débute vraiment sur un bras d’honneur au jury des élégances.

Facétieux, cascadeur, cancre incorrigible

Il confesse « un goût immodéré pour les planches », mais c’est au cinéma qu’il va s’épanouir. Au grand dam de son père, Paul Belmondo, qui finira par lui demander : « Quand vas-tu te décider à faire ton vrai métier ? » Dans ce reproche il y a de la tendresse. Jean-Paul est né le 9 avril 1933 à Paris dans une famille « idéale ». Ses parents se sont rencontrés aux Beaux-Arts de Paris. Madeleine Rainaud-Richard étudiait la peinture, Paul Belmondo la sculpture. Ils se sont mariés en 1930, auront trois enfants : Alain et Jean-Paul, puis Muriel à la Libération. Madeleine abandonne ses pinceaux pour se consacrer aux siens ; Paul accueille ses enfants dans son atelier du 77, avenue Denfert-Rochereau, et les promène tous les dimanches au Louvre pour leur enseigner les bases de l’histoire de l’art. L’appartement du 4, rue Victor-Considérant, dans le 14e arrondissement, abrite une famille aimante et cultivée.

Jean-Paul est un gamin facétieux, cascadeur, cancre incorrigible, sportif invétéré. Il s’adonne au foot, puis se passionne pour la boxe depuis la nuit du 21 au 22 septembre 1948, où la radio a diffusé en direct le combat qui opposait le Franco-Marocain Marcel Cerdan à l’Américain Tony Zale pour le titre de champion du monde des poids moyens. Belmondo, 15 ans, vibre durant les onze rounds au terme desquels « le bombardier de Casablanca » l’emporte sur un ultime crochet du gauche. Il apprend les bases de la boxe à l’Avia Club. C’est ici qu’il rencontre l’ami parfait : Charles Gérard. Ce dernier a souvent raconté que lorsqu’il s’est présenté au nouvel inscrit celui-ci lui a fracassé le nez d’un direct du droit. Belmondo, devenu semi-professionnel, renoncera pourtant au ring : il n’aime pas prendre des coups.

 

Passer sa vie à jouer la comédie convient à son tempérament, d’autant qu’il est terrifié à l’idée de devenir adulte : « Je n’avais pas d’autre moyen de rester dans l’enfance, de privilégier l’amusement sans être condamné à Sainte-Anne et mis au ban de la société des gens ordinaires. Et il n’était pas question d’intégrer ce groupe majoritaire en consentant à devenir adulte et chiant comme la pluie. » Autant devenir comédien donc, comme ceux que sa mère lui a fait admirer au théâtre et au cinéma : Jean Gabin, Michel Simon, Raimu dans « la Femme du boulanger », Louis Jouvet dans « Volpone », Pierre Brasseur dans « le Bossu » et « Kean », Jules Berry dans « les Visiteurs du soir ». Sauf que chez les Belmondo, il y a un principe : on fait ce qu’on veut, mais avec sérieux. Pour Belmondo le jeune, ce sera donc le Conservatoire d’art dramatique avec ses aléas : le rejet des professeurs, les mots blessants, les rôles minuscules, le sort qui s’acharne, qui sème des doutes et laisse la déprime s’installer.

En attendant le rôle susceptible de faire décoller sa carrière, il joue au théâtre Molière et Feydeau, et au cinéma sous la direction de Maurice Delbez, de Marcel Carné et des deux Claude : Chabrol et Sautet. Il croise le fer avec Jean Marais et Bourvil, se lie d’amitié avec un autre débutant, un beau gosse au regard d’acier qui se présente sous le nom d’Alain Delon. En 1958, ils sont à l’affiche de « Sois belle et tais-toi », de Marc Allégret. Belmondo et Delon auront plusieurs fois l’occasion de démontrer qu’on peut être concurrents et néanmoins amis.

« Impunité à être moi-même »

Vivement 1960. La Nouvelle Vague est assez puissante pour emporter le cinéma à papa. Un critique des « Cahiers du Cinéma » voit en Belmondo « le nouveau Michel Simon et le Jules Berry de demain ». C’est Jean-Luc Godard. Le jour où il se décide à empoigner la caméra, il appelle Belmondo pour le faire jouer dans son court-métrage, « Charlotte et son Jules », et lui promet le rôle principal de son premier long : « A bout de souffle ». Belmondo se nomme Michel Poiccard et Jean Seberg, Patricia Franchini. C’est un fait divers raconté par François Truffaut à Jean-Luc Godard. C’est un scénario de quelques lignes qui permet l’improvisation. C’est une Cameflex à l’épaule. C’est révolutionnaire et scandaleux. C’est Jean Seberg excédée par tant d’« amateurisme », qui menace de quitter le plateau. C’est un réalisateur introuvable sur son propre tournage et son producteur, Georges de Beauregard, en pétard. C’est Jean-Paul Belmondo qui se dit : « Godard est en train de m’accorder une formidable impunité à être moi-même. » Ce sont ces premiers mots face caméra : « Si vous n’aimez pas le cinéma d’auteur, allez vous faire foutre ! »

Le 16 mars 1960, jour de la sortie de ce film révolutionnaire, Jean-Paul Belmondo a 27 ans. « Le chantre d’une génération », dixit Madeleine Chapsal, critique à « l’Express », est bientôt demandé de toutes parts. Il enchaîne. « Moderato cantabile » avec Jeanne Moreau (lui l’ouvrier, elle la bourgeoise), un film noir de Peter Brook d’après Marguerite Duras, qui signe elle-même l’adaptation de son roman. Il tourne avec Anna Karina dans « Une femme est une femme », de Godard, encore. Jean-Pierre Melville lui offre l’un des rôles les plus marquants de sa carrière, celui d’un curé de campagne sous l’Occupation, dans « Léon Morin, prêtre » (1961), avec Emmanuelle Riva, adapté du Goncourt 1952 de Béatrix Beck. Melville encore, avec « le Doulos » en 1962, puis « l’Aîné des Ferchaux » en 1963, une adaptation de Simenon avec Charles Vanel dans le rôle de Dieudonné Ferchaux, un banquier en fuite. Un tournage catastrophique. Le réalisateur ne cesse d’humilier Vanel qui en perd ses moyens. Furax, Belmondo donne plusieurs avertissements à Melville, et finit par l’allonger. Voilà tout Bébel : la beigne reçue par le metteur en scène au Stetson avantageux a été attribuée de bon cœur. Las de voir la façon dont Vanel était traité, de façon insultante par le cinéaste, Belmondo a pris Vanel par le coude, en lui disant : « Viens, on se tire. » Non sans avoir ponctué sa décision d’un uppercut radical.

C’est l’un des (très) rares exemples d’un acteur ayant laissé un film en plan (la fin n’était pas tournée) et en faisant parler la poudre. Combien sont-ils, les comédiens, à avoir mis un bourre-pif au maître du plateau devant toute l’équipe ? En général, le métier consiste à dire, s’incliner et à respecter les marques au sol. Belmondo, lui, rue dans les brancards. La même attitude d’apache du cinéma le conduira à refuser le César du meilleur acteur pour « Itinéraire d’un enfant gâté » de Claude Lelouch, en 1989. S’il y a un type qui sait dire merde quand l’envie le prend, c’est bien Belmondo. Sa carrière est née dans cette turbulence. D’ailleurs, quand Godard lui a proposé le rôle de Michel Poiccard dans « A bout de souffle », Bébel s’est demandé, – l’énergumène aux lunettes noires l’a invité à venir en parler chez lui – « s’il n’était pas un peu pédé ». Jean-Paul Belmondo, c’est Bibi Fricotin, le mélange entre Jules Berry et Pierre Brasseur, P’tit Gibus, et grande gueule par-dessus le marché. Capable de vous mettre des pétards chinois sous les fesses, d’allumer la mèche tout en vous récitant des tirades de « Cyrano ». Forcément, avec Michel Audiard, ça allait coller : ils portaient tous les deux la gapette. Mais c’est une autre histoire.

Revenons à la chronologie, échelle obligatoire de toute nécrologie sérieuse. Dans les années 1960, Belmondo invente Belmondo. Il donne des interviews la clope au bec pour dire qu’il adore les jambes de sa femme Elodie, file en Italie pour tourner « la Viaccia » et « la Ciociara » – où, affublé de lunettes d’intellectuel, il n’est guère à l’aise. Mais, au moins, il est dans l’époque magnifique du cinéma en noir et blanc, qui lui convient admirablement. Il faut le voir ouvrir un paquet de Gitanes dans « le Doulos », en imper, pour noter le mouvement de tout son corps. Dans « Classe tous risques », second rôle, il est impérial, avec une gravité secrète qui accompagne la fumée de ses clopes. Ces années-là, les sixties, le forment, l’élèvent, lui donnent une silhouette ficelle et un statut de star. En quelques années, il a fait le tour, allant de la mélancolie au tragique, du sérieux au rigolard. Il ne lui reste plus qu’à franchir un pas, celui de la métamorphose. Jean Gabin, rétif au début, finit par l’adouber sur le tournage d’« Un singe en hiver » : « Ne cherchez plus le nouveau Gabin, vous l’avez ! » Oui, mais une vie est passée entre ces deux-là. Et, n’en déplaise aux nombreux fanatiques de ce film, constatons que de jouer un alcoolique bourré n’est jamais facile. Gabin y parvient en se bridant ; Belmondo ne retient rien. Et c’est là que tout se joue. Au fond, on s’en fiche parce qu’on l’adore ce film, porté par deux têtes d’affiches familières récitant la plus fine poésie de Michel Audiard.

Joli cœur en coulisse

Entre en scène l’homme qui va tout faire basculer, Philippe de Broca. C’est un farfadet qui a fait ses classes en étant l’assistant de Chabrol dans « le Beau Serge », qui professe parfois des opinions royalistes et n’arrête pas de faire des niches à tout le monde. Quand Broca propose à Belmondo « l’Homme de Rio » – ils ont déjà travaillé ensemble sur « Cartouche » (1962) – l’acteur accepte, en joie. Il a raison, il y a de tout dans ce film : de la bonne humeur, des cascades, de l’exotisme, des belles filles, de l’improvisation, du rythme et, surtout, surtout, de la folie. Adrien Dufourquet, alias Jean-Paul Belmondo, bondit, saute, grimpe, cavale, fait le coup de poing, se marre et, quand le film est projeté au cinéma « le Bretagne » à Montparnasse, au moment où le vil Jean Servais va prendre le héros en traître (dans le dos), une petite fille se lève et crie : « Attention Jean-Paul ! » La salle explose d’un rire complice. Ça y est, c’est fait : la réalité et la fiction viennent de se confondre dans la vie de Belmondo.

Le film est un triomphe, et Bébel n’hésitera pas à remettre le couvert, dans « les Tribulations d’un Chinois en Chine » (1965), inspiré des « Aventures de Tintin », où on le verra en strip-teaseuse, guêpière noire, bas résille, boa rose. Un cauchemar. C’est bien l’idée. Hors plateau, Bébel fait le joli cœur avec une Suissesse sublimissime, numéro 3 des plus belles femmes du monde en maillot de bain, celle qui a fait craquer James Bond : Ursula Andress. Ils vivront une folie, jusqu’aux « Mariés de l’an II », de Jean-Paul Rappeneau sorti en 1971, et l’arrivée sur le plateau de la douce Laura Antonelli. Elle est irrésistible, Belmondo n’y résiste pas. Dire qu’il était censé ne pas être « crédible » en tenant une femme dans ses bras. On se refait la liste ? Dans le désordre : Catherine Deneuve, Françoise Dorléac, Annie Girardot, Ursula Andress, Laura Antonelli, Jean Seberg, Anna Karina, Marie-France Pisier, Sophia Loren, Claudia Cardinale, Emmanuelle Riva, Jeanne Moreau, Raquel Welch, Jacqueline Bisset. Voilà, quoi.

Deux vedettes, deux manières de fumer du tabac brun

Changement de braquet : voici « Pierrot le fou » (1965) où, visage peint en bleu et dynamite à la main, notre homme tente de distraire Anna Karina qui chantonne en longeant la mer : « Qu’est-ce que j’peux faire ? J’sais pas quoi faire ». Belmondo non plus, car il a trop de choix possibles. La presse l’oppose à Alain Delon, manufacturant ainsi une guéguerre inexistante. D’ailleurs, des années plus tard, quand les deux acteurs tourneront ensemble « Une chance sur deux » de Patrice Leconte, on leur posera la question : « Lequel de vous deux a été le plus agaçant, sur le plateau ? » Réponse : un éclat de rire de la part de Belmondo, un sourire en coin de la part de Delon.

En fait, ces deux-là ne se sont jamais détestés. Ou pas vraiment. Ou à part une méga embrouille à la sortie de « Borsalino » de Jacques Deray en 1970. Delon produit, Belmondo prévient : son nom ne doit pas apparaître deux fois sur l’affiche (en tant qu’acteur et en tant que producteur). Delon ne respecte pas le contrat, dans ce cas Belmondo non plus, qui refuse d’assurer la promo du film. Mais comme il y a vraiment de l’amitié entre eux, ils finiront par se réconcilier. Quoi qu’il en soit, ils ont habité des planètes différentes. Belmondo, c’est le foot, le vélo, les copains, la marrade, la famille. Delon, c’est Visconti, la beauté, l’orage, la séduction. L’un a le nez pété, l’autre a un profil de médaille. Deux vedettes, deux manières de fumer du tabac brun. Quand Belmondo tentera de faire dans l’art et essai, avec « Stavisky » d’Alain Resnais, réflexion sur les apparences, le pouvoir et le plaisir de la corruption, il fera un bide. Désormais, c’est dit, Jean-Paul Belmondo va faire dans le fun. Il deviendra une super-superstar mais, aussi, dispersera une partie de son talent.

Car enfin, c’est sympathique, de le voir faire ses envolées risquées dans « la Sirène du Mississipi » (1969), porter le chapeau dans « Borsalino » (1970), conduire une bagnole dans « le Casse » (1971), faire le tout-puissant dans « l’Héritier » (1972), s’ingénier à porter le blouson de cuir en mouton retourné dans « Peur sur la ville » (1975) ou se pendre à un harnais d’hélicoptère dans « le Guignolo » (1980). Mais où sont les metteurs en scène ? Désormais, maître à bord, producteur de ses propres films, Belmondo joue comme s’il était en surmultiplié : il fait des moulinets avec les mains, exagère ses gestes, cabotine à outrance, n’hésite pas à se caricaturer. Et ça marche : le public adore, qu’il s’agisse de « Flic ou Voyou » (1979), du « Professionnel » (1981), ou du « Marginal » (1983). C’est fatigant, mais le box-office tinte allègrement. Jusqu’à l’usure. Dans les années 1980, brutalement, ces polars bouffons se désintègrent. La formule, usée jusqu’à la corde, ne fonctionne plus. Bodybuildé (il a une salle de gym dans sa maison), bronzé, la gueule marquée par l’âge, Belmondo a gardé son capital de sympathie, mais l’époque a changé. « Le Solitaire » de Jacques Deray, improbable histoire du commissaire Jalard face à l’ennemi public n°1, met un terme à ce cinéma boum-bang. Nous sommes en 1987, et ce « Solitaire » va le rester. Le public boude. Alors quoi ?

Anti-venin

Alors direction le théâtre, son « vrai métier », comme disait son père. Les cheveux blancs, le sourire éclatant, le geste triomphant Bébel revient sur les planches. Ce n’est plus le godelureau des « Tricheurs » ou le parasite d’« A double tour » (où il mangeait des croissants, le matin, trempés dans le pastis), le feu follet des années 1950 et 1960. Belmondo de la fin du siècle ? C’est celui des rôles géants : « Kean », écrit par Jean-Paul Sartre, au Théâtre Marigny en 1987 ; « Cyrano », de Rostand, encore au Marigny en 1989 ; Frédérick Lemaître, réinventé par Eric-Emmanuel Schmitt, toujours au Marigny en 1998. Belmondo fait voler la poussière des planches de la scène, retrouve le pouls du public, adore cette sensation d’être porté par l’adulation des spectateurs. Cet homme-là a le spectacle dans le sang. Il fait encore des virées au cinéma, Jean Valjean dans « les Misérables » (1995), misanthrope dans « Amazone » (2000).

8 août 2001, c’est l’accident. Ce jour-là, Jean-Paul Belmondo est en vacances chez son ami des débuts, Guy Bedos, dans sa propriété en Corse. C’est l’AVC, une course contre la montre qu’il perd. Une partie de lui est immobilisée. Finies les cascades minutées entre deux immeubles ou sur une rame de métro. Le magnifique diminué est émouvant lors de son grand retour au cinéma dans « Un homme et son chien » (2009). Tendresse.

Le cinéma français a gagné, en recrutant Bébel. En une soixantaine de films, ce dernier a imprimé l’écran. Comment pouvaient-ils savoir, les gamins du lycée Montaigne, à Paris, que le type assis dans une voiture décapotable, derrière un autobus à plate-forme, serait un jour célèbre ? Quand l’un des lycéens, plus hardi que les autres, s’approcha de l’acteur en lui demandant comment s’appelait le film, Bébel répondit : « Grand Garage. » En fait, c’était « A pied, à cheval et en voiture », nanar sympathique sorti en 1957, où le débutant Belmondo côtoyait la fine fleur de l’industrie comique, Noël-Noël, Darry Cowl, Noël Roquevert, Jean Tissier, Hubert Deschamps, Jacques Fabbri, Sophie Daumier et on en passe. À se frotter à tous ces ancêtres pittoresques, il en prit quelques couleurs. Paradoxalement, son personnage se nommait « Venin », ce qui était exactement le contraire de sa personnalité. Belmondo a tout fait, au cinéma : trompettiste dans « Un drôle de dimanche », dragueur dans « la Française et l’amour », curé dans « Léon Morin, prêtre », légionnaire dans « Dragées au poivre », camionneur dans « Cent mille dollars au soleil », et, donc oui, même strip-teaseuse ! Il a mis le rire de l’escarpe et le feu d’artifice de l’espièglerie dans un cinéma qui avait besoin d’une transfusion d’oxygène. Il avait l’amour du cinéma, certes, mais aussi, mais surtout, l’amour de la vie, car, disait-il, « c’est une occasion unique. À saisir d’urgence ».

Excellent dans le cinéma d’auteur, superbe dans la comédie grand public. On n’en finit pas de se refiler le héros Belmondo de génération en génération – comme pour de Funès.

Bref : Si vous n’aimez pas Belmondo, allez-vous faire foutre !

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