Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

Germinal. Le travail des femmes à la mine...

Elles ont aussi bon caractère
Ces braves filles des corons
Du charbon trier les pierres
Quand les mineurs triment au fond

De bon matin dans la poussière
Triages ouverts à tous les vents
Brûlant l’été, si froid l’hiver
Elles sont dures au travail, au temps
Le visage saupoudré de charbon
Leur sourire éclaire la face
Fichu serré sur le chignon
Ce sont des travailleuses tenaces
Ce soir c’est la fête au village
Seront coquettes et bien coiffées
Danser avec jeunes de leur âge
Elles savent aussi être très gaies
Bien souvent, des amourettes
Et parfois le mariage
Jeunes mineurs, et leur conquête
Se mettaient aussi en ménage
Courageuses lampistes, trieuses
Avec la fosse comme décor
Jeunes filles si souvent rieuses
Aux éclats de voix si sonores
Henri Raimbaut

Au début de l'exploitation minière, les femmes comme les enfants travaillaient au fond où elles étaient employées comme herscheuses, pour tirer les wagonnets.

C'est dans le Nord-Pas-de-Calais et la Belgique que les femmes ont été employées au fond en plus grand nombre : on estime ente 4000 et 5000 femmes travaillant dans la région au début du XIXe siècle. Ces femmes ont été immortalisées par Zola dans Germinal avec le personnage de Catherine Maheu.

L'interdiction du travail des femmes au fond date du 19 mai 1874 (1) pour des raisons de pénibilité et, dans l'Europe puritaine, de promiscuité avec les hommes.

Les jeunes filles employées au fond qui assurent un revenu indispensable à la famille, vont se retrouver à rejoindre celles qui travaillent au jour comme trieuses. On les embauchait dès l'âge de 12 ans et jusqu'à l'arrivée des tapis roulant effectuaient un travail pénible charriant le charbon dans des paniers en osier. Elles sont habillées d'une blouse bleue ou noire et, pour se protéger des poussières, elles sont coiffées d'un foulard qui leur a donné leur nom dans les mines du nord de la France : les cafus. 

Dans cet extrait des Mémoires de la mine de Jacques Renard, une ancienne trieuse Mme Jankowiak, commente en compagnie d'Alice et Jean Baptiste Ooghe un document datant de 1921.

On y voit le décagement, c'est la sortie de la cage qui remonte du fond des berlines pleines de charbon (appelées "balles" en langage minier) et qui arrive à la recette du jour. L'opération est effectuée manuellement par un homme car l'effort nécessaire pour faire rouler cette charge de plus d'une tonne est important. Il est à noter que le film a été tourné dans une fosse équipée de voies ferrée à la recette. A cette époque, beaucoup de fosses ne possédaient que des plaques métalliques sur laquelle roulait la berline ce qui rendait son guidage plus pénible.

Les jeunes filles attrapent la berline pour l'emmener vers l'installation de culbutage composée d'un genre de tonneau tournant appelé "culbuteur". Elles manœuvrent le culbuteur pour retourner la berline et vider le chargement de charbon. Puis la berline est ramenée vide vers le puits pour prendre la place d'une berline pleine et retourner au fond pour être chargée de nouveau. Dans le film , le côté encagement des berlines vides n'est pas équipé de rails, les jeunes filles les poussent sur des tôles, car vides, elles se manœuvrent plus facilement. 

Ce lieu de travail s'appelle la recette du jour ou le moulinage. A l'étage inférieur, le chargement des berlines culbutées est réceptionné sur un tapis roulant qui se dirige vers le triage où d'autres femmes sont occupées au tri du charbon brut afin d'enlever toutes les impuretés telles les pierres, les morceaux de bois ou de métal qui sont mélangés au charbon .

Le travail au triage est le plus éprouvant car il s'effectue dans le bruit et la poussière , l'hiver dans le froid et l'été dans la chaleur. Il fallait un œil exercé pour distinguer des schistes du charbon, ce dernier étant plus brillant. Mais dans ce lieu sombre et empoussiéré, ce n'était pas un exercice facile . A l'époque des Compagnies, le travail était contrôlé par des surveillants qui n'hésitaient pas à mettre à l'amende en cas de découverte de résidus dans le tri. Toutes ces opérations étaient effectuées sans gants de protection.

D'autres femmes étaient employées à la mine , notamment dans les lampisteries où elles distribuaient les lampes aux mineurs avant la descente. Elles étaient chargées aussi de les récupérer. Pendant longtemps ça a été un moyen de contrôle de la remontée du mineur.

Elles étaient chargées également de l'entretien et du nettoyage de ces lampes. Ces femmes nommées "lampistes" effectuaient une fonction plus valorisante et considérée par les mineurs car du bon entretien des lampes, dépendait la qualité du travail au fond.

Avec la disparition des lampes au profit des lampes chapeau, puis de la généralisation des lavoirs à charbon dans lesquels le charbon est trié, calibré (criblage) et lavé automatiquement, les emplois féminins disparaissent à l'exception des employées de bureau ou des emplois d'infirmières ou dans les œuvres sociales.

Les jeunes filles qui ne souhaitent pas passer par les centres de formation ménagers des Houillères pour devenir femmes de mineur, trouvent un moyen de subsistance et d'indépendance en allant travailler dans les usines textiles de Lille-Roubaix-Tourcoing.

 

A la fin des années 70 avec le début du déclin de l'industrie textile qui s'accompagne de la récession dans les mines et la fin de l'exploitation, l'emploi féminin dans le bassin minier devient un des enjeux de la reconversion.

( 1 ) Texte de loi consultable sur internet. 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article