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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

Barcelone 1936 : Les Olympiades oubliées...

En 1936, des athlètes boycottèrent les Jeux olympiques de Berlin et se retrouvèrent à Barcelone pour disputer des " Olympiades populaires ". Las, le 19 juillet, jour même de l'ouverture de ces fraternels jeux, l'Espagne sombra dans la guerre civile. Certains sportifs repartirent. D'autres se joignirent aux colonnes républicaines.

SUR un quai de la gare d'Austerlitz, le 17 juillet 1936, des centaines de personnes entonnent l'Internationale avant de s'engouffrer dans un train. Sportifs et enthousiastes, parfois flanqués de la famille, ils partent pour Barcelone où ils vont disputer les " Olympiades populaires ". Montés en deux petits mois, ces Jeux olympiques " pirates " entendent protester contre l'ouverture le 1 août des Jeux à Berlin, qui s'annoncent comme une redoutable propagande de l'un des fondements de l'idéologie nazie : la supériorité de la race aryenne. Les juifs allemands ont d'ailleurs été exclus des compétitions.

Parties des Etats-Unis en 1933, les campagnes de boycottage se sont multipliées dans le monde entier. Le choix de l'Espagne est symbolique. Le Front populaire s'est imposé en février et son pouvoir reste précaire face à la montée des fascismes. Barcelone ? La ville s'est fait souffler l'organisation des Jeux olympiques de 1936 par Berlin justement. Les Olympiades seront disputées dans le grand stade de Montjuich, l'un des joyaux du site des Jeux olympiques de 1992...

Ironie de l'Histoire. Ce beau geste idéologique contre le fascisme va soudain se heurter à la bombarde et à la mitraille. Quelques heures avant l'ouverture des " Olympiades populaires ", dans la nuit du 18 au 19 juillet, l'armée, à l'appel de Franco, se soulève contre le pouvoir central. La guerre civile espagnole vient de commencer.

" Que se passe-t-il quand l'idée bascule dans la réalité ? Cette idée nous a fascinés ", expliquent Ariel Camacho et Laurent Guyot. Pour mieux la faire comprendre, les deux réalisateurs de ce 52 minutes ont choisi d'opposer les tons. Sur les témoignages placides de pères désormais tranquilles, ils ont soigneusement choisi les images les plus fortes d'une ville à feu et à sang défendue par des combattants qui n'avaient pas souvent vingt ans. Tournés par des cinéastes espagnols proches du mouvement libertaire, ces films glanés en Espagne ou aux Etats-Unis sont proches de cette fièvre, et saisissent comme avec effroi un mouvement de foule, un regard ou la mort en direct.

" Fait presque irréel, la mémoire de ces athlètes, dont chacun a vécu une aventure différente au cours de ces heures de chaos, est restée intacte, comme si ce choc entre l'abstrait et le concret les avait marqués à jamais ", poursuit Laurent Guyot.

Ainsi, ce curieux récit d'André Hayard, ancien coureur du 400 mètres, précis comme le journal de bord tenu par un capitaine méticuleux. Minute après minute, il raconte " sa " guerre. " C'était le début des congés payés et c'était la première fois que ma femme et moi partions en vacances ensemble à l'étranger. Au retour, nous devions passer par les Baléares ", se souvient-il, se plaignant encore du confort de l'hôtel, de la cuisine, et présentant les cendriers-souvenirs rapatriés in extremis de la capitale catalane.

" Participer aux Olympiades de Barcelone a tout de suite eu une valeur politique et sportive. Nous partions pour la cause, pour l'esprit et pour les médailles ", renchérit Georges Rival, ex-basketteur.

Sur les 3 500 athlètes réunis à Barcelone, on estime à 300 environ le nombre des volontaires qui rejoignirent les colonnes républicaines. " Pour eux, l'éclatement de la guerre civile a sonné comme une prise de conscience définitive, dit Laurent Guyot. Cette guerre civile qui précédait la deuxième guerre mondiale. " Et parmi ces destins de combattants, les réalisateurs ont retenu celui d'Emmanuel Mink, qui vit aujourd'hui à Paris. Venu à Barcelone avec la délégation d'un club ouvrier de Belgique où se retrouvaient les juifs émigrés des pays de l'Est, cet homme devint commandant de la compagnie Botwin, qui fut l'une des dernières à résister contre les assauts franquistes. Quelques années plus tard, en 1941, il fut arrêté à Paris par les nazis et déporté à Auschwitz.

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