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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

Ce soir sur Arte... Rue des Prairies de Denys de La Patellière. Dialogues Michel Audiard.

Si c'est toujours les mêmes qui gagnent, y'a jamais de revanche.
Alfred Adam, Rue des prairies (1959), écrit par Michel Audiard

Synopsis

Henri Neveux rentre d'Allemagne après deux ans de captivité.

Sa femme vient de mourir, laissant trois enfants, Louis et Odette et un nouveau-né, Fernand, issu d'une liaison adultère, mais qu'il accepte comme son fils.

Élevant seul les enfants, Henri fait tout pour qu'ils aient la meilleure éducation possible. Si Fernand pose quelques problèmes scolaires, les aînés s'en sortent mieux : Louis devient coureur cycliste professionnel tandis qu'Odette devient modèle et la maîtresse d'un homme riche et marié.

L'un et l'autre veulent oublier leurs origines modestes et s'écartent de leur père.

À la suite d'une fugue, Fernand est traduit devant un tribunal pour mineurs.

Face aux magistrats, les deux aînés accablent leur père tandis que Fernand, le fils illégitime, montre un véritable amour filial pour Henri.

 

Ce drame psychologique nous parle d'amour. Il illustre que l'amour filial va au-delà des liens du sang.

Rue des prairies s'inscrit aussi dans une série de films mettant en scène Jean Gabin et témoignant d'une forme de rejet, au cinéma, des grands ensembles en construction que l'on voit apparaître dans quelques courtes scènes. Rue des prairies annonce par petites touches ce thème qui sera plus développé dans Mélodie en sous-sol en 1963, ou Le Chat en 1970. Les grands ensembles sont en train d'être construits, et ils détruisent le monde dans lequel le personnage incarné par Jean Gabin vivait.

Dans Rue des prairies, Gabin qui habite cette rue parisienne populaire, est contremaître sur le chantier des Sablons, à Sarcelles. Même si ce n'est pas explicité, il se trouve qu'il est ainsi amené à construire les structures de ce qui va détruire le monde ancien dans lequel il vit. La rue des Prairies, dans le XXe arrondissement de Paris, est en effet présentée comme l'archétype de la rue faubourienne parisienne, conviviale, vivante, avec un café où Henri Neveux, le personnage incarné par Gabin, connait tout le monde, où les passants déambulent au milieu des marchandes de quatre saisons... Et le film est construit sur des allers et retours entre la rue des Prairies et le chantier de Sarcelles, qui incarne une modernité qui va prendre la place de ce monde ouvrier des faubourgs.

Le film constitue également un document sur le changement de mentalité entre les années 1940 dans lesquelles se situent encore l'appartement d'Henri Neveux, son mobilier et son mode de vie, et les années 1960 du prétendant de sa fille : grand appartement moderne avec terrasse et chaîne haute-fidélité, mais aussi ce qu'Henri Neveux estime être une perte de repères moraux de la génération montante, puisqu'à ses yeux sa fille se vend à un homme riche qu'elle n'aime pas, et que son fils accepte des combines peu reluisantes pour percer dans le milieu du cyclisme.

La fin du film est à ce titre un renversement optimiste (Henri se rend compte que son fils « adoptif », lui, lui est fidèle), mais peu crédible au regard des années qui suivront.

Phrases cultes :

Un copain de bistrot : J'te dis pas qu'ton fils a pas gagné ! Je te souligne seulement que Martin l'a surpris au démarrage, y'a une nuance !
Henri Neveu : Surpris, surpris ! Tu m'as l'air surpris, toi !... Tiens, quand tu causes vélo, c'est comme si moi, j'causais élevage de poules... T'y connais qu'dalle !... Alors !
Un copain de bistrot : Ben, j'ai tout d'même vu passer le Tour de France pas plus tard que c't'été, en haut de l'Izoard, à part ça...
Henri Neveu : Oui, c'est bien c'que j'dis !... T'y connais qu'dalle, tu confonds tout !... Primo, Monsieur, la Cypale, c'est pas l'Izoard ! Secundo, voir passer une course, c'est peut-être un spectacle, mais question bagage technique, zéro !
Un copain de bistrot : J'ai quand même vu Charly Gaul !
Henri Neveu : Charly Gaul, Charly Gaul... Bon, c't un bon coureur, d'accord, bon,... Pis, dis donc, eh !... Si tu veux parler d'la route, alors j'peux t'prendre là-dessus, parce que j'en connais un p'tit bout !... Et pis j'peux t'dire qu'y'en a eu d'autres, des coursiers, avant M'sieur Charly Gaul !... Et pis des drôles de coursiers !
Ernest : Pas des fantaisistes !
Henri Neveu : Ah, oui ! Je veux ! T'as jamais entendu parler d'Monsieur Christophe, le Vieux Gaulois !... De M'sieur Alavoine !... De M'sieur Thyss !... 'Sieur Lambeau !... De M'sieur Notia !... Et je n'parle pas d'Henri !...
Un copain de bistrot : Henri qui ?
Henri Neveu : Oh... Ernest !... Henri qui, qu'y demande, le lavedu !... Mais Henri Pelissier, Monsieur ! Pis à c't'époque-là, y avait pas d'dérailleur !... On retournait sa roue pour le grimper, votre Izoard ! Seulement ça, c'est d'l'histoire... Ça s'apprend pas en vacances au bord des routes !
Un copain de bistrot : N'empêche que, ton fils, j'voudrais bien l'voir dans l'Izoard, moi, tiens !
Henri Neveu : Oh, quel con, c'mec-là ! Prends-le un peu, tiens, y m'essouffle !
Ernest : Écoute, mon vieux... On causerait politique : que tu t'paumes dans les étiquettes, on admettrait... Mais le sport, c'est un truc propre. C'est pourquoi, quand tu compares les sprinters et les grimpeurs, les pistards et les routiers, ben tu mélanges un peu les pédales...
Henri Neveu : Tiens, c'est comme si t'additionnais les oiseaux avec les lévriers... Faut pas avoir été beaucoup à l'école, non ? Tiens, dis donc, Gildas, donne nous donc l'der, là !
Un copain de bistrot : Non ! C'est ma tournée !... D'accord ?
Ernest : C'qu'on t'a dit, c'est pour toi. C'est pour qu'à l'avenir, si t'as à causer d'bicyclette, ben, tu débloques moins !

Henri Neveu : Oui, t'aimes surtout sa voiture et son carnet d'chèques ! La distinction, c'est en plus !... Seulement à ton âge, on n'couche pas avec un type de plus d'cinquante piges sous prétexte qu'il est distingué !
Odette : Oui, et bien j'te jure pourtant qu'ç'a son charme !
Henri Neveu : Dans un salon ou dans les affaires, peut-être, mais dans un plumard, sûrement pas !

Fernand : Tu crois que c'est marrant à mon âge de potasser la carte économique de l'Europe ou d'apprendre en combien de temps se vide une baignoire ?
Henri Neveu : Eh bien, c'est peut-être comme cela, qu'un jour, t'auras une salle de bain.

Odette : J'en ai marre de faire la bonne pour quatre personnes, j'en ai marre de faire ma toilette sur l'évier. Avec toi j'ai toujours vécu en troisième classe. Là, je suis en première et j'y reste.
Henri Neveu : (la giflant) Tiens, voilà le supplément couchettes.

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