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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

30 juin 1934. La nuit des longs couteaux.

La nuit des longs couteaux a été le baptême de sang qui préfigure toutes les atrocités à venir...
in Arte "La nuit des longs couteaux"

Les loups n’hésitent jamais à dévorer les loups. Le 30 juin 1934, au petit matin, Adolf Hitler, chancelier d’Allemagne, déboule en personne, revolver en main, dans la chambre d’hôtel où dort son ex-ami Ernst Röhm, chef de la SA, l’organisation paramilitaire nazie, pour le faire jeter en prison où on lui tirera bientôt une balle dans la tête. Dans la chambre voisine, le Führer et ses acolytes découvrent un autre chef de la milice au lit avec son chauffeur. L’officier et son amant sont liquidés derrière l’hôtel. Des centaines d’autres membres de la « section d’assaut », hier encore considérés comme l’aile marchante du régime, sont fusillés en masse. Ces trois jours de purge sanglante de la fin juin 1934 portent, en français, le nom de « Nuit des longs couteaux ».

Ernst Röhm et Hitler.

Co-instigateur du putsch raté de Munich de 1923, Röhm, exilé en Bolivie, était revenu en Allemagne en 1930 à la demande de celui qu’il considérait comme un camarade pour jouer un rôle déterminant dans sa fulgurante ascension politique. Tandis que l’ancien caporal, en se présentant à la députation, prétendait jouer le jeu électoral démocratique, son alter ego, à la tête de ses chemises brunes, donnait au pays un avant-goût de la nature du nazisme en organisant la terreur dans les rues.

Dès l’accession au pouvoir, fin janvier 1933, les choses se gâtent entre les alliés d’hier. Röhm, partisan du chambard permanent, prône une « seconde révolution » et compte sur ses 4 millions de partisans pour la faire. Hitler, qui se doit de calmer le grand patronat qui l’a mis au pouvoir, n’en veut plus. Il cherche aussi un moyen de neutraliser cette force qui tourne à l’Etat dans l’Etat, la dernière, en Allemagne, à pouvoir s’opposer à lui. Il suffit que Himmler, Heydrich et Göring inventent un prétendu projet de complot contre lui pour que le Führer entre dans une colère paranoïaque et se décide à frapper.

 

Le Figaro du 1er juillet 1934

 

Le Temps du 2 juillet 1934

L'Humanité du 1er juillet 1934

Déroulement des faits

Le vendredi 29 juin, Göring met en alerte la « Leibstandarte SS Adolf Hitler » et la Landspolizeigruppe « General Göring », troupe de police lourdement armée ; il donne également des instructions de mobilisation des commandos de tueurs à Reinhard Heydrich et Heinrich Müller ; Sepp Dietrich et ses hommes s'envolent pour Munich. À son arrivée dans la capitale bavaroise, vers minuit, Dietrich téléphone à Hitler qui lui donne l'instruction de marcher sur Bad Wiessee. Peu de temps après, c'est Himmler qui appelle Hitler de Berlin, pour lui annoncer que le putsch de la SA doit se déclencher à 16 h, sous le commandement du SA-Gruppenführer Karl ErnstGoebbels, qui est aux côtés de Hitler et qui sait que Karl Ernst, loin de préparer un putsch, est prêt à s'embarquer pour Tenerife et Madère en voyage de noces, ne dément pas l'information.

Le 30 juin 1934, à deux heures du matin, Hitler et son entourage prennent l'avion pour Munich. De l’aéroport de Munich, ils se rendent au ministère de l'Intérieur de Bavière, où sont rassemblés les responsables d'une émeute de la SA qui a eu lieu dans des rues de la ville la nuit précédente. L'incident a manifestement été amplifié et exploité : si des slogans hostiles au Führer et à la Reichswehr ont effectivement été lancés, des officiers de la SA ont exhorté leurs hommes à retrouver leur calme : « Rentrez tranquillement chez vous et attendez la décision du Führer. Quoi qu'il arrive, qu'Adolf Hitler nous congédie, qu'il nous autorise à porter cet uniforme ou qu'il nous l'interdise, nous restons avec lui, derrière lui »« Dans un état de colère indescriptible », Hitler arrache les épaulettes de SA-Obergruppenführer de la vareuse de Schneidhuber, chef de la police de Munich, le menace d'être exécuté et le fait immédiatement incarcérer à la prison de Stadelheim à Munich. Pendant que les chemises brunes sont transférées en prison, Hitler rassemble un groupe de membres de la SS et de l'Ordnungspolizei puis se dirige vers l'hôtel Hanselbauer à Bad Wiessee, où se trouvent Ernst Röhm et ses hommes.

 

Sans attendre les troupes de Dietrich, le samedi matin à h 30, Hitler arrive à la pension Hanselbauer à Bad Wiessee. Pistolet au poing, il entre en trombe dans la chambre de Röhm, le qualifie de traître et le déclare en état d'arrestation. Hitler, le pistolet toujours au poing, poursuit sa course et cogne contre la porte d'une chambre voisine : il y découvre le chef de la SA de BreslauEdmund Heines, qui a manifestement passé la nuit avec un jeune membre de la SA. Pendant que les deux hommes sont arrêtés, Hitler frappe déjà à d'autres portes.

Les dirigeants de la SA sont enfermés dans la cave de l'hôtel en attendant l'arrivée de l'autobus qui doit les conduire à la prison de Stadelheim. Un incident est évité de justesse lorsque Hitler, sortant de l'hôtel, se retrouve face à la garde de l'état-major de Röhm, fortement armée, à qui il ordonne de regagner Munich sur le champ. Pendant ce temps, les SS arrêtent un certain nombre de chefs de la SA, au moment où ils descendent du train en gare de Munich pour rejoindre Röhm ou lorsque la voiture qui les conduit à Bad Wiessee croise le convoi qui emmène les prisonniers vers Stadelheim.

Rentrant vers midi au quartier-général du parti nazi à Munich, la « maison brune », Hitler s'adresse aux cinquante à soixante responsables de la SA qui y sont rassemblés. « Fou de rage et l'écume à la bouche », il dénonce « la plus grosse trahison dans l'histoire du monde ». Dans son discours d'une heure, Hitler fustige le comportement de Röhm, notamment son train de vie fastueux, insiste sur la nécessité de délimiter avec précision le rôle et les missions de la Reichswehr et de la SA, tout en renouvelant sa confiance à celle-ci et termine en dénonçant le complot de Röhm qui avait pour but de l'assassiner et de livrer l'Allemagne à ses ennemis.

 

Dans l'après-midi du samedi, alors que les assassinats de Herbert von BoseErich Klausener et Kurt von Schleicher ont déjà été commis, Hitler convoque une réunion, toujours à la « maison brune » pour décider du sort de la trentaine de chefs de la SA emprisonnés à Stadelheim : y participent notamment Rudolf HessMartin Bormann, Joseph Goebbels, Max Amann, responsable de la presse du parti, et d'autres personnalités de second rang. Après des débats animés, Hitler coche six noms de personnes à exécuter sur la liste des détenus : August Schneidhuber, SA-Obergruppenführer et préfet de police de Munich, Wilhelm Schmid, SA-Gruppenführer à Munich, Peter von Heydebreck, SA-Gruppenführer à StettinHans Hayn, SA-Gruppenführer à Dresde, le comte Hans Erwin von Spreti-Weilbach, SA-Standartenführer à Munich et Edmund Heines, SA-Obergruppenführer.

En revanche, dans un premier temps, Hitler refuse l'exécution de Hans-Karl KochFritz von Krausser, SA-Obergruppenführer, et de Röhm. Hess, présent dans l'assemblée, se porte volontaire pour exécuter les traîtres lui-même. Goebbels, qui a accompagné Hitler à Bad Wiessee, déclenche la phase finale du plan : il téléphone à Göring, donnant le mot de code « Colibri » pour déclencher l'action des escouades de tueurs dans le reste de l'Allemagne.

« Accomplir son devoir et aligner au mur les camarades qui avaient fauté et les fusiller […] chacun en frémissait, et, pourtant, chacun savait avec certitude qu'il le referait la prochaine fois qu'on lui ordonnerait et quand ce serait nécessaire. »

— Heinrich Himmler, 1943.

 

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