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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

« Pépé le Moko » : avant le film, il y avait le livre...

C’est une des curiosités (irritantes) de l’édition française : « Pépé le Moko », roman signé « Détective Ashelbé », paru en 1931, n’a jamais été republié - en France, du moins. Car en Italie, oui (Stampa Alternativa). Parfois, chez un bouquiniste, on trouve le livre, au hasard d’un rayon empoussiéré, à un prix équivalent à celui d’un exemplaire de La Pléiade. J’ai cassé ma tirelire et j’ai été y voir. Diagnostic : le livre est moins bien que le film, mais quand même, vaut le détour.

 

Tout commence avec Carlo, jeune voyou qui « a été contraint d’abandonner la jungle phocéenne » et qui débarque chez la maman de Pépé le Moko, la grosse Nénette, « dans une rue immonde ». Celle-ci, « qui a le cœur bien gros », aide l’escarpe à s’embarquer pour Alger, en évitant « quelque créature de police ». Carlo, maquereau un peu naïf, s’imagine « un Orient canaille, peuplé de trafiquants et d’odalisques », mais déchante en mettant le pied à terre : il plonge dans une cité dont « le sol est glissant, coupé de marches, jonché d’ordures », avec « des estaminets obscurs ». Il se met sous la protection de Pépé le Moko, « gouape voluptueuse », roi de « ce peuple des bouges », qui lui demande : « T’as une babille pour moi ? » - une lettre de sa mère.

Réfugié dans la Casbah, où « pas un homme ou un bicot, en cas de coup dur, ne refusera de m’assister pour gourancer les bourres », en ménage avec une moukère jalouse, Pépé est un homme d’« une crapulerie suave », et fréquente « toute la pouillerie de la Casbah : matelots déserteurs, charbonniers du port, étranges trafiquants maures, femelles débraillées, marmaille crasseuse ». Un policier inquiétant surveille tout cela : Slimane, « petit homme au teint jaunâtre », rusé et méprisé.

Débarque un quatuor de bourgeois en goguette, avec une belle fille, Gaby « admirablement faite, d’une blancheur de peau quasi lumineuse, d’une volupté rare, une grande sensuelle et même une perverse, curieuse de sensations », qui ne va pas tarder à rencontrer Pépé, et danser avec lui un fox-trot, « abandonnée à son crapuleux plaisir, ses seins dardés s’écrasant contre la dure poitrine de son cavalier... » Réaction du Moko : « Tu m’plais! ». Cette fille sera sa perte...

« La fin de sa vie demeure un mystère »

On sait peu de choses de l’auteur. Sous le pseudo de « détective Ashelbé » (traduction phonétique des initiales de son nom, Henri de la Barthe), celui-ci a signé quelques livres (dont « Dédée d’Anvers » en 1939), quelques scénarios de films oubliés (« Ne Tuez pas Dolly » de Jean Delannoy), et, ayant fait une rapide carrière dans le journalisme et dans une agence de renseignements, a simplement disparu. Sa femme et ses enfants n’ont pas su ce qu’il était devenu pendant la guerre. Comme l’écrit Dominique Kalifa sur le site « Crimino Corpus », « la fin de sa vie demeure un mystère. Certains parlent de collaboration, d’autres d’un exil américain pour tenter sa chance à Hollywood... La date même de sa mort, 15 mai 1963, (à 75 ans) est incertaine ».

 

Jean Gabin, Mireille Balin, Line Noro et Lucas Gridoux ont assuré à Henri de la Barthe une vie après la mort : les remakes (« Algiers » de John Cromwell en 1938, avec Charles Boyer et Hedy Lamarr ; « Casbah » de John Berry, 1948, version musicale avec Yvonne de Carlo et Tony Martin) n’ont pas réussi à faire oublier le film de Julien Duvivier. Celui-ci reste un des hauts moments du cinéma policier français d’avant-guerre, avec un Jean Gabin impérial.

Il paraît qu’Ashelbé a écrit une suite, « Pépé le Moko se venge » (1939), mais je n’en ai trouvé nulle trace. Avis aux détectives en chambre...

Pépé le Moko, par Détective Ashelbé, éditions A.I.D, 1931.

 

 

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