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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

Des chats de Colette au chien de Houellebecq… Ces animaux qui ont inspiré de grands écrivains

Jean Cocteau, Colette, Louis-Ferdinand Céline, Romain Gary…

Tous ont cultivé une relation singulière aux animaux qui partageaient leur quotidien pour nourrir leur imaginaire. Voici notre bestiaire littéraire où des auteurs se découvrent à l’aulne des animaux qu’ils aiment. 

Serait-ce la manifestation d’une extrême sensibilité ? Nombreux sont les écrivains qui ont entretenu un lien très fort avec des animaux domestiques. Chien, chat… Voici onze écrivains à découvrir à travers leur relation avec nos amis les bêtes.

 

Jean Cocteau, Matou infernal

Il préférait peut-être la bête à la belle. Jean Cocteau disait des chats qu’ils formaient l’âme visible d’une maison. Et s’il appréciait la compagnie de Moulouk, le chien de Jean Marais, il lui préférait toutefois son siamois, baptisé Karoum. Une affection qu’il expliquait d’un de ces mots d’esprit qu’il aimait tant : Si je préfère les chats aux chiens, c’est parce qu’il n’y a pas de chat policier.

Fondateur du club des amis des chats, Cocteau repose aujourd’hui dans la chapelle Saint-Blaise-des-Simples de Milly-la-Forêt, dont il avait dessiné les vitraux et les fresques murales. Au-dessus de sa signature, un chat évidemment, au regard levé vers le ciel.

Colette, les félins pour l’autre

Il suffit parfois d’un petit nom pour vous rapprocher des bêtes. Ainsi, la mère de Sidonie Gabrielle Colette – dite Colette – appelait-elle sa fille Minet-Chéri. Il n’en fallait pas plus pour que la gamine de Saint-Sauveur-en-Puisaye n’entretienne dès son plus jeune âge un rapport particulier avec les chats, qui hanteront aussi bien sa vie que son œuvre (souvenez-vous de Claudine).

Ainsi, sa femelle angora, Kiki-la-Doucette, devint personnage de fiction dans Dialogues de bêtes et la chartreuse Saha fut l’inspiratrice du roman La Chatte. Parmi les fauves miniatures, on pourrait aussi évoquer Bâ-Tou, chaton panthériné venu du Tchad qui s’adapta facilement à son nouvel environnement.

 

Paul Léautaud, homme de ménagerie

Paul Léautaud a eu trois cents chats et cent cinquante chiens. Mais pas en même temps ! s’amusait-il. Encore qu’à une époque cohabitaient dans son pavillon de Fontenay-aux-Roses une trentaine de chats, une douzaine de chiens, une chèvre et une guenon. Que des animaux trouvés. Ils m’intéressent du moment qu’ils sont dans la souffrance. Ce qui compte, pour moi, c’est qu’ils sont malheureux et ne peuvent le dire, confessait-il dans ses Entretiens avec Robert Mallet (Gallimard). Et il ajoutait : Je préfère vingt chats à un enfant !

Chaque jour, à Paris, après le labeur à son cher Mercure de France, il écumait les boucheries de l’Odéon pour nourrir sa ménagerie. Et, le soir, à la lueur d’une bougie, chats et chiens, à commencer par mademoiselle Barbette, se lovaient contre lui, pendant qu’il consignait ses piques assassines dans son Journal littéraire. Cet être détaché se fit militant pour de meilleures conditions dans les refuges de la SPA. et contre la vivisection. Aujourd’hui encore, les droits de Bestiaire (Grasset), recueil de textes sur les animaux, sont versés à la SPA.

Louis-Ferdinand Céline, Bébert, Toto et Bessy

De la relation de Louis-Ferdinand Céline aux animaux, on a surtout retenu Bébert, le chat le plus célèbre de la littérature française, qui traversa l’Allemagne en flammes dans la gibecière de son maître et devint l’un des personnages principaux de la trilogie allemande.

Si l’on excepte Bobs, le fox-terrier de sa jeunesse, et les chevaux de sa période cuirassier, on observera que l’amour des bêtes s’est manifesté après-guerre chez l’auteur de Mort à crédit, comme si l’exil, le privant de la fréquentation des hommes, l’avait rapproché des animaux.

À Meudon, les dernières années de sa vie, seul son perroquet Toto était autorisé à partager l’antre où il écrivait. Toto s’amusait à briser ses crayons et à siffler Dans les steppes de l’Asie centrale.

Mais, pour les céliniens, le morceau de bravoure littéraire demeure le récit de l’agonie de la chienne Bessy, jadis recueillie au Danemark, dans D’un Château l’autre : Trois petits râles… oh, très discrets… sans du tout se plaindre… ainsi dire… et en position vraiment très belle, comme en plein élan, en fugue… mais sur le côté, abattue, finie… le nez vers ses forêts à fugue, là-haut d’où elle venait, où elle avait souffert… Dieu sait 

 

Romain Gary, un berger allemand raciste

Avec Romain Gary, tout est affaire de malentendu. Il en va ainsi de son roman autobiographique Chien blanc, qui s’ouvre sur ces mots : C’était un chien gris. À la fin des années 1960, l’auteur de La Promesse de l’aube recueille un berger allemand, Batka, affectueux et, semble-t-il, paisible.

Mais il découvre vite que l’animal se montre très agressif dès qu’il aperçoit un homme noir. Gary comprend avec stupéfaction que Batka, élevé dans le sud des États-Unis, a été programmé pour attaquer les individus de couleur.

Refusant l’euthanasie, le maître choisit alors de le faire rééduquer… Ce plaidoyer antiraciste a été porté à l’écran par Samuel Fuller, dans un long-métrage au titre explicite : Dressé pour tuer.

Georges Perec, un chat timbré

Prise en 1978 par Anne de Brunhoff, cette photo est l’une des plus célèbres de l’auteur de La Vie mode d’emploi – au point d’être reprise sur un timbre à son effigie édité par La Poste en 2002 pour les vingt ans de sa mort !

Baptisé Délo, le noir félin est à l’honneur dans une série d’images facétieuses. Quant à son maître, il rendit hommage à Baudelaire et à son amour des chats dans La Disparition, avec un poème ne comportant, évidemment, aucun e :

« Amants brûlants d’amour, Savants aux pouls glaciaux

Nous aimons tout autant dans nos saisons du jour

Nos chats puissants mais doux, honorant nos tripots

Qui, sans nous, ont trop froid, nonobstant nos amours. »

 

Antoine Blondin, plus drôle que son chien

Incontestablement, c’est ce que l’on appelle un grand moment de télévision. Le 13 avril 1976, Antoine Blondin témoigne devant les caméras de 30 millions d’amis de son amour pour Toy, son labrit à vaches. La séquence, qui dure neuf minutes, est intitulée Plus tendre et plus drôle que son chien. Et elle est en effet très amusante.

Ceint d’un improbable peignoir clair, cigarette à la main, caressant ce beau chien fauve, l’auteur d’Un singe en hiver raconte, souvent au passé simple, comment le joueur de rugby Jean Prat lui offrit un jour à Lourdes ce petit chien de berger, qui avait l’air d’un ours.

« J’en ai fait un chien de bar, assure le romancier. Il passait des heures au pied des tabourets et n’attaquait les serveurs que lorsqu’ils venaient présenter l’addition. » Voyant que Toy devenait une « carpette neurasthénique » en ville, Blondin et son épouse passèrent de plus en plus de temps dans le Limousin, offrant même à leur « cavaleur » de chien une compagne, Miss Irma. « Ils vécurent heureux et n’eurent pas d’enfants », conclut joliment un Antoine Blondin très cabot.

Patrick Modiano, pedigree d’un Nobel

Il faut beaucoup aimer les chiens pour intituler son autobiographie Un pedigree. Un texte envoûtant où Patrick Modiano évoque sa mère, jolie fille au cœur sec, dont le chow-chow, offert par un fiancé, avait choisi de sauter par la fenêtre à force d’être délaissé. Ce chien figure sur deux ou trois photos, et je dois avouer qu’il me touche infiniment et que je me sens très proche de lui, écrit-il, avant de préciser la métaphore : Je suis un chien qui fait semblant d’avoir un pedigree.

Drôle de cabot toutefois que ce géant des lettres, dont l’œuvre et l’existence sont parsemées de canidés, symboles d’exclusion et d’abandon, souvenir peut-être d’une petite chienne, Peggy, compagne de jeu de son frère, Rudy, et de lui-même, écrasée par une voiture. Elle non plus, l’auteur de Chien de printemps ne l’a jamais oubliée.

Françoise Sagan, la ferme normande

On peut tout à fait être à voile et à vapeur – comprendre aimer les chiens et les chats. Ce fut le cas de l’auteure de Bonjour tristesse qui a toujours aimé recueillir des bêtes, aussi bien à la ville que dans sa demeure normande.

Rayon canidés, on peut évoquer Youki le fugueur, Lucien le campagnard et Werther, le berger allemand ramené d’un voyage outre-Rhin. Rayon félidés, Sagan a aussi vécu avec des dévoreurs de souris – dont Minou le rouquin.

D’autres créatures du Bon Dieu ont connu la ferme d’Equemauville, parmi lesquelles des ânes et des chevaux de course. L’un de ses étalons avait d’ailleurs gagné des trophées, confia cette accro au jeu devant l’éternel. Enfin, pas souvent, mais de temps en temps.

Michel Houellebecq, clément avec les animaux

On a parfois voulu faire de l’amour de Michel Houellebecq pour son chien Clément (2000-2011), au côté duquel il a même posé en une de Technikart, un détail folklorique de la vie de l’écrivain. D’autres y voyaient la confirmation qu’il n’était qu’un beauf, raillant au passage sa participation au jury du Prix littéraire 30 millions d’amis en 2011.

Pourtant, dans une interview au Figaro, l’auteur de Lanzarote a livré le fond de sa pensée : Le chien dépose sa vie entre vos mains. Il vous rend totalement responsable de sa survie. Comme chez Léautaud, autre hypersensible, c’est la vulnérabilité de l’animal qui touche avant tout Houellebecq.

L’auteur des Particules élémentaires a tenu à enterrer son fidèle welsh corgi au cimetière pour animaux d’Asnières, où il dispose d’une belle tombe avec photo non loin de celle des toutous de Sacha Guitry et de Courteline.

L’écrivain y a même fait graver une épitaphe poétique : Le 25 mars 2011 au milieu de la nuit / Ton cœur s’est arrêté de battre / Et le monde est devenu plus terne…

 

Julien BISSON, Baptiste LIGER et Jérôme DUPUIS pour Lire Magazine Littéraire

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