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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

30 mai 1968. Marée gaulliste sur les Champs-Elysées...

Françaises, Français, Étant le détenteur de la légitimité nationale et républicaine, j'ai envisagé depuis vingt-quatre heures toutes les éventualités sans exception qui me permettraient de la maintenir.
Général De Gaulle.

Le 30 mai 1968, De Gaulle est rentré à Paris, au Palais de l’Elysée, rue du Faubourg Saint-Honoré. Le général déjeune seul. Il convoque son Premier ministre Georges Pompidou, et l’avertit de son allocution radiodiffusée imminente.

À 16h30, les Parisiens se massent autour des postes et des transistors radio. Tel un boxeur, De Gaulle met K.O les événements de Mai-68 en seulement 2 minutes 40.

Il annonce qu'il reste à son poste, dissout l'Assemblée nationale, maintient son Premier ministre Georges Pompidou, et reporte le référendum.

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Discours de Charles de Gaulle (Paris, mai 1968)

Françaises, Français, Étant le détenteur de la légitimité nationale et républicaine, j'ai envisagé depuis vingt-quatre heures toutes les éventualités sans exception qui me permettraient de la maintenir.

J'ai pris mes résolutions.

Dans les circonstances présentes, je ne me retirerai pas. J'ai un mandat du peuple, je le remplirai.

Je ne changerai pas le Premier ministre, dont la valeur, la solidité, la capacité méritent l'hommage de tous. Il me proposera les changements qui lui paraîtront utiles dans la composition du gouvernement.

Je dissous aujourd'hui l'Assemblée nationale.

J'ai proposé au pays un référendum qui donnait aux citoyens l'occasion de prescrire une réforme profonde de notre économie et de notre université et en même temps de dire s'ils me gardaient leur confiance ou non par la seule voix acceptable, celle de la démocratie.

Je constate que la situation actuelle empêche matériellement qu'il y soit procédé. C'est pourquoi j'en diffère la date.

Quant aux élections législatives, elles auront lieu dans les délais prévus par la Constitution à moins qu'on entende bâillonner le peuple français tout entier en l'empêchant de s'exprimer en même temps qu'on l'empêche de vivre, par les mêmes moyens qu'on empêche les étudiants d'étudier, les enseignants d'enseigner, les travailleurs de travailler.

Ces moyens, ce sont l'intimidation, l'intoxication et la tyrannie exercées par des groupes organisés de longue main en conséquence et par un parti qui est une entreprise totalitaire même s'il a déjà des rivaux à cet égard.

Si donc cette situation de force se maintient, je devrais pour maintenir la République prendre, conformément à la Constitution, d'autres voies que le scrutin immédiat du pays.

En tout cas, partout et tout de suite, il faut que s'organise l'action civique.

Cela doit se faire pour aider le gouvernement d'abord, puis localement les préfets devenus ou redevenus commissaires de la République dans leurs tâches qui consistent à assurer autant que possible l'existence de la population et à empêcher la subversion à tout moment et en tout lieu.

La France, en effet, est menacée de dictature.

On veut la contraindre à se résigner à un pouvoir qui s'imposerait dans le désespoir national, lequel pouvoir serait alors évidemment essentiellement celui du vainqueur, c'est-à-dire celui du communisme totalitaire.

Naturellement, on le colorerait pour commencer d'une apparence trompeuse en utilisant l'ambition et la haine de politiciens au rancart, après quoi ces personnages ne pèseraient pas plus que leur poids qui ne serait pas lourd.

Et bien, non !

La République n'abdiquera pas, le peuple se ressaisira.

Le progrès, l'indépendance et la paix l'emporteront avec la liberté !

Vive la République ! Vive la France !

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Des comités pro de Gaulle à l'Assemblée 

Phrases courtes, répliques cinglantes, le président de la République renverse la situation. Il dit en substance aux Français : "C’est moi ou les communistes !" La réaction la plus vive vient de François Mitterrand.

Ce 30 mai, à l’Assemblée nationale, les députés gaullistes sortent les écharpes tricolores et rejoignent les comités pro de Gaulle. 500.000, peut-être un million de Parisiens défilent sur les Champs-Élysées. Les slogans du mois de mai, comme "Faites l’amour pas la guerre" ou "Sous les pavés la plage", sont remplacés par "Cohn-Bendit le rouquin à Pékin", ou "Les cocos aux poteaux". Michel Debré, l'ancien Premier ministre du général est en tête du cortège. Il pavoise, un brin cynique.

 

Une jeune femme sur les épaules

En mai 68, j'étais en terminale. Nous étions surtout préoccupés de savoir si le bac allait avoir lieu dans mon établissement, le lycée Carnot. Finalement, cela s'est déroulé à l'oral, fin juin ou tout début juillet.

Pas encore étudiant, je suivais l'actualité au jour le jour, mon camp étant celui du général de Gaulle. J'étais très certainement une « encore jeune » conscience politique (bien que faisant partie de l'UJP, les Jeunes Gaullistes), fortement influencée par un père Compagnon de la Libération, Daniel Dreyfous-Ducas, et ancien député UNR de la Seine. Il était également dans le cortège, mais pas avec moi (probablement avec des parlementaires ou des membres de l'UNR). J'étais une exception parmi mes camarades du Quartier latin. Bien évidemment, la politique était un sujet récurrent dans les dîners familiaux...

Je ne me souviens pas très bien comment j'ai appris cette manifestation, mais je m'y suis rendu avec des amis. C'était ma première manif et c'est 
moi qui ai proposé à cette jeune femme de la porter pour que l'on voie sa banderole. Malheureusement, je n'ai pas eu la présence d'esprit de demander à cette jolie jeune femme ses coordonnées... les 06 n'existaient pas et quant au téléphone fixe, tout le monde ne l'avait pas.

J'ai un souvenir assez précis de cette marée humaine qui commençait à se rassembler place de la Concorde. Mon mètre 80 et assez sportif (à l'époque) m'ont permis de porter cette jeune et sa banderole une grande partie de le remontée des Champs. Paris Match de l'époque avait reproduit cette photo qui n'est pas exactement celle en noir et blanc montrée sur votre site.

 

Didier Dreyfous-Ducas in Le Point du 11 mai 2018.

La surprise d'un instituteur de Montreuil

Aujourd'hui, j'ai 76 ans, et je me souviens bien de cette journée du 30 mai 68. À cette époque, j'habitais à Montreuil-sous-Bois (93) et j'y enseignais dans une école primaire. Un environnement assez difficile pour un gaulliste, dans cette ville alors communiste. Un ami m'a informé qu'un autocar était prévu pour nous emmener de Montreuil à Paris. L'ambiance était telle que je croyais vraiment qu'on allait se faire taper dessus. On était forcément une petite minorité qui allait être confrontée à « l'immense » foule des grévistes et autres communistes. L'autocar s'est garé sur une place à proximité de la rue de Rivoli. Je me souviens avoir laissé dans l'autocar ce qui ne m'était pas absolument nécessaire, pour ne pas risquer de me le faire prendre (un transistor ! !).

L'arrivée sur la rue de Rivoli a été une surprise immense : nous n'étions pas seuls ! C'est pas vrai ! Le temps d'y croire et l'excitation est venue peu à peu. Il y avait tant de monde. Incroyable ! Je vous assure que j'avais du mal à y croire. Il se passait donc quelque chose auquel je n'osai croire. La place de la Concorde noire de monde. On ne pouvait presque pas en bouger. Où étaient mes amis de l'autocar ? je crois qu'on était tous tellement surpris qu'on s'était perdu (retrouvé, plutôt) dans la foule, tous amis, inconnus, jeunes, âgés, venant d'on ne sait où mais soulagés d'être là. Eh oui, on pouvait être là et la majorité, c'était donc nous ?

Quitter la place de la Concorde pour monter les Champs-Élysées a été un long, très long piétinement. Je me souviens être monté jusqu'à l'Arc de triomphe. Par contre, je ne me souviens pas comment j'ai retrouvé l'autocar du début ! Cette montée des Champs-Élysées, je l'ai refaite quelques années après, en novembre 1970, à la mort du général De Gaulle.

P. A. Carré in Le Point du 11 mai 2018.

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