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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

L. 627. Bertrand Tavernier filme le quotidien de policiers parisiens en 1992.

Tu n'as pas des amis, tu n'as que des indics !

Bertrand Tavernier est allé rejoindre les étoiles le jeudi 25 mars dernier.

L'occasion de prendre le temps, en cette période de pénurie de cinémas, de regarder à nouveau ses films.

Moins connu que "L'horloger de Saint-Paul"...

L.627 est un film dérangeant.

Attention...

C'était le temps d'avant...

Avant les ordinateurs, avant les portables, avant internet...

Avec les cabines téléphoniques, le début balbutiant du Minitel...

Mais, c'était un temps de passion...

Celle dont brûle le héros, Lucien Marguet, dit "Lulu" (Didier Besace).

Lui, la police, il a ça dans le sang.

Et les fournisseurs de dope, il les a dans son collimateur.

Pour filmer la réalité au plus près, Tavernier fait appel à Michel Alexandre, ancien policier du 36 comme conseiller technique :

" J'ai  écrit ma vie. L. 627 et Le Cousin sont des films totalement autobiographiques. Simplement, au lieu d’écrire “Je”, j’ai créé Lucien Marguet, qui est d’ailleurs le nom de mon grand-père. J’ai écrit au jour le jour.” 

L.627 (ce titre est tiré d’un article du Code de la santé publique interdisant la consommation et le trafic de stupéfiants) permet de suivre le travail de ce policier très investi dans son job.

Seulement voilà...

Tous ses collègues n'ont pas le feu sacré, loin s'en faut !

Et les moyens mis à sa disposition sont largement insuffisants.

La première scène montre un soum (Sous-Marin, camionnette banalisée depuis lesquelles la police mène des filatures) tellement vétuste qu'il n'y a pas de chauffage à l'intérieur et que les deux flics planqués doivent nettoyer au fur et à mesure la buée qu'ils génèrent sur les vitres.

Le ton est donné.

Les locaux sont immondes : des préfabriqués sur un grand terrain vague où ils s'entassent à plusieurs.

Le commissaire Philippe Vénère a laissé Bertrand Tavernier et son décorateur Guy-Claude François observer son unité de police : basée rue de Courcelles dans des baraques de chantier.

La paperasse les étouffe.

Les procès-verbaux sont à dactylographier en x exemplaires avec des carbones usés sur des machines à écrire vétustes.

Les voitures sont indisponibles, ou disponibles uniquement pour la hiérarchie.

Il faut faire avec tout ça !

Et Lucien Marguet a décidé de faire... Et de bien faire !

Il a constitué un important réseau de "cousins" (balances) dont il use avec honnêteté.

Ce qui n'empêchera pas Cécile (Lara Guirao), la jeune et jolie prostituée toxico, séropositive, de lui dire : "Tu n'as pas des amis, tu n'as que des indics !"

C'est vrai que sa vie sentimentale est très hachurée, avec les nuits de planque et les soirées décompression copains, avec alcool et jeux de société.

Et sa compagne Katy (Cécile Garcia-Fogel) est bien patiente !

Pour se faire un peu plus de pognon, Lulu filme aussi des mariages bourgeois le samedi.

Mais le jeu en vaut la chandelle : choper les dealers qui se font du pognon en intoxicant leurs semblables.

Alors, la petite équipe, Marie (Charlotte Kady), Manu (Jean-Roger Milo) et Looping (un jeune Philippe Torreton) donne de son mieux.

Parce que, fini ici le mythe du flic en solo ou à deux, là le film montre un travail de groupe avec parfois 20 heures sur 24 d'astreinte.

De nuits en planques aux descentes dans le métro.

De bouges infâmes en squats puants...

On voyage dans Paris.

De la rue Myrrha à la rue d'Aubervilliers... De la Place des Fêtes au cimetière du Père Lachaise... Du lycée Camille Sée (Square Saint-Lambert) à la station de métro Filles du Calvaire.

Le tout rythmé par une inquiétante musique de Philippe Sarde.

C'est opération vérité sur la brigade des stups.

Attention ! Ici pas de ripoux, juste quelques contredanses évitées à des potes restaurateurs..

Ce n'est pas le sujet.

Mais le sujet était bon...

A tel point qu'à la sortie du film, Paul Quilès, alors ministre de l'Intérieur, reprochera à Bertrand Tavernier de "dire des choses injustes et fausses" et diligentera une enquête administrative sur les conditions de réalisation du film.

De la real police...

En quelque sorte !

 

Liliane Langellier

 

 

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