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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

Saint-Lucien : 1994 : Centenaire de la naissance de William Clochard.

Dans le journalisme...

C'est comme dans la vraie vie...

Ce qui compte, c'est d'être la première sur un coup !

Et...

Pour William Clochard...

Je fus la première.

La première pour l'écrit...

Car les petits Buisson de Croisilles (Les ondes buissonnières) avaient eu, eux, le bonheur d'enregistrer la voix du peintre.

C'est eux qui m'ont aidée à ce que Solange, la veuve de l'artiste daigne me recevoir à Saint-Lucien et me montrer les toiles.

Car elle se méfiait de tous et détestait le maire (Jean-Pierre Pasquier) qui était l'un de mes amis proches.

En écoutant la K7...

J'avais déjà tout dans la tête.

Et cela se lit dans l'article qui suit.

Le problème avec ceux qui enquillent après vous sur un tel sujet...

C'est qu'ils jouent souvent au coucou et ne s'occupent guère de qui a construit le nid avant eux.

Mais, évitons les sujets qui fâchent et revenons plutôt à William Clochard.

L'article que je reproduis ci-dessous date du 12 octobre 1994.

................................

Parler du peintre William Clochard, c'est déjà être réducteur. C'est catégoriser un être par un mot. C'est n'évoquer qu'une partie de ses dons. C'est nier le musicien. C'est oublier l'écrivain.

Parler du peintre William Clochard, c'est parler de sa vie. Une vie longue et riche. Qu'il faut repenser au quotidien pour mieux l'appréhender.

Né à Bordeaux un 1er mai 1894, le jeune William vient très vite habiter la région parisienne. Et se retrouve, à 9 ans, en pension à Rueil-Malmaison, où il va apprendre le violon sous la direction d'un professeur peu banal : Maurice de Vlaminck. Un homme impulsif à la personnalité charismatique qui s'et déjà promis de "brûler l'école des Beaux-Arts avec ses cobalts et ses vermillons" ; un homme qui a déjà participé au Salon d'automne de 1905 avec Matisse et Derain et qui est définitivement classé dans la série des peintes "fauves".

Le jeune Clochard, lui, apprend le violon et... écrit. Un journal de pension Les Nouvelles en bois blanc, qu'il illustre de ses dessins. Tandis que s'élaborent sous ses yeux émerveillés les toiles du maître et, que, devant les couleurs éclatantes, les critiques artistiques usent et abusent des mots : rudesse, violence, brutalité, William ébauche une carrière de caricaturiste dans les journaux sportifs.

"Le croquis ne ment pas", déclare-t-il. Il va très vite avoir l'occasion de le prouver. Car, comme l'avait prédit Bismarck "la guerre éclatera d'une bêtise dans les Balkans". Et William Clochard va être mobilisé... aux Corvées, près de Dreux. Ce sont ces quatre années d'enfer que William va écrire ou dessiner. Et qui feront l'objet d'un recueil publié chez Grassin, en 1980, Pour du beurre ou Journal de marche du pendu rouge, 1914-1918. Une pure merveille d'esprit et de dérision.

Car, prisonnier dès avril 1915, William va employer ses talents à distraire ses camarades. Il participe à la création d'un journal du camp, L'intermède, avec le journaliste aristocrate Saint-Lanne. Il organise des rencontres sportives et monte un orchestre avec son fameux violon. Ce fameux violon qui lui permettra de commencer à gagner sa vie dès son retour à la vie civile.

Alors que la peinture commence à le mener, à l'accaparer pour ne plus le lâcher. Première exposition au Salon des Indépendants en 1926 qui lui vaudra la fameuse phrase "Clochard fait du Vlaminck". Une phrase contre laquelle il devra lutter, oeuvre après oeuvre, et qui reviendra toujours comme un mauvais eczéma.

Rencontre

Solange Raimbault, elle, a 16 ans en 1926. Cette jeune arpète d'une grande maison de couture, près de la Madeleine, ne vit que pour danser. Tangos, valses, les cavaliers ne manquent pas pour celle qui sera élue "première reine de la danse de Rueil-Malmaison".

Mais, de sa loggia, le chef d'orchestre et son violon l'ont repérée, la petite Solange. Et c'est la première lettre d'amour glissée discrètement à la faveur de l'obscurité du couloir. Les jeunes filles de l'époque ne sortaient pas sans leurs mères ! Ils se marieront en 1927. "Je l'ai connu parce que lui était le musicien, et moi, la danseuse", affirme Solange Clochard, de sa voix aux intonations d'Arletty.

William a besoin de sortir pour planter son chevalet. Le couple part à vélo dans la vallée de Chevreuse. William prend des croquis, met les annotations pour les couleurs et retravaille sans cesse dans son atelier. Il travaille dur, très dur, pour changer son style, pour arracher l'image de Vlaminck, pour rayer cette phrase-sangsue qui hante son cerveau.

Puis, un jour, vient l'idée de posséder une maison. Hors Paris. Où il pourrait déployer tout à loisir sa façon de travailler. Et c'est la découverte, en 1933, de Saint-Lucien. Entretemps, un petit garçon, Wilfred, est né. Et la campagne, pour un enfant, ce n'est pas plus mal.

Des scènes beauceronnes

C'est à Saint-Lucien que son art, que sa personnalité vont éclater. La nature est à sa porte. Reste à la coucher sur la toile dans son atelier. Sans jamais la trahir. Les saisons lui fournissent la palette de couleurs appropriées. La moisson l'inspire. Son tableau Jeune fille aux champs a la richesse des tons de la terre de Beauce, la grâce du mouvement des moissonneurs et le ciel tourmenté d'une fin d'après-midi d'été. Messidor - prix des visiteurs au Salon de Fontainebleau - donne envie d'arrêter les faucheurs pour épargner le sang rouge des coquelicots. Neige au maréchal-ferrant dégage un silence, une atmosphère ouatée où l'on perçoit presque la buée de l'haleine des chevaux.

De Salon des Indépendants en Salon d'Automne, de Paris  à New York, en passant par Chartres, n'y a-t-il donc jamais eu un seul critique pour s'écrier "Clochard fait du Clochard !"

 

Liliane Langellier

 

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