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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

Saint-Laurent-La-Gâtine. Dis, Monsieur Mabeau, racontez-nous votre moisson !

C'était toujours cet été 1994...

Fin août.

Il faisait chaud et soif.

Louise et Louis Mabeau de Saint-Laurent-la-Gâtine avaient uniquement accepté de me recevoir parce que Guy Landais, l'instituteur du village leur avait expressément demandé.

Quand j'en ai eu terminé...

Louis a dit à son fils :

"Va donc nous chercher quelque chose à boire à la cave. Et tu prends du côté droit."

Comme je lui demandais la signification du "côté droit", le fils me dit : "Ce sont les meilleures bouteilles !"

Ouf !

J'avais réussi l'examen de passage...

Et j'avais le droit au meilleur cidre !

......................

Louis Mabeau, 86 ans, est assis devant la table de sa cuisine.

Les mains posées sur la toile cirée. Des mains à la Catherine Leroux de Madame Bovary : "A articulations noueuses (...) qui, à force d'avoir servi, restaient entrouvertes comme pour témoigner d'elles-mêmes de tant de souffrances subies."

Mais l'esprit est alerte et la mémoire vive. Fils unique de Florent Mabeau, Louis commence avec un cheval et une dizaine d'hectares et devient les plus gros cultivateurs du bourg. Qu'il n'a jamais quitté... Sa femme Louise, veille amoureusement sur ses mots. La tendresse n'a pas d'âge ! Dis, Monsieur Mabeau, racontez-nous la moisson. Celle d'avant. Celle des jours vrais.

Par beau temps, lever dès 4 heures (heure solaire) : "J'ai vu arriver dans les champs, il faisait pas clair à travailler ! On emportait le casse-croûte : du pain, du fromage, du cochon et du cidre."

On faisait tout à la ferme

Tout était fait à la ferme. On tuait le cochon. La mère cuisait le pain dans le four. Le cidre était fait à la main dans un pressoir, à l'automne. "Pour savoir si le blé était mûr, on croquait un épi ; s'il se cassait, c'est qu'il était mûr."

Alors, on pouvait commencer, les hommes passaient la javelleuse et la faux. Les femmes ramassaient les javelles pour en faire des brassées - deux javelles pour une botte - qu'elles liaient avec des liens de seigle. Elles posaient la première botte au milieu, les huit autres autour. ça finissait de sécher en tas. "J'ai eu un cheval, quand la neuvième était arrivée sur la voiture, il partait un peu plus loin."

La majorité de la récolte était rentrée dans les granges, pour battre à l'hiver. Le reste était mis en meules dans la plaine et couvert avec la paille. C'était une course à celui qui aurait fini le premier. Il ornait alors sa dernière voiture du plus beau bouquet de branches et de fleurs.

Le dimanche suivant, on fêtait la passée d'août, avec tous ceux qui avaient participé. Puis, venait le battage. End eux ou trois fois. Le premier battage, on en gardait la belle paille pour chouchouter les meules : "C'est qu'une meule, ça faisait 8 mètres de diamètre. On plantait un piquet avec une corde et on traçait un rond. Il fallait veiller à mettre les bottes debout, les épis en l'air."

Le reste de la paille, on en gardait et on en vendait. Pour ceux qui avaient des animaux. "La paille, ça me battait tout le battage." Le grain, lui, était mis en sacs et vendu aux grainetiers.

La rudesse des gars

Des journaliers rudes, les gars de batterie. Qui aidaient d'une ferme à l'autre. Qui couchaient dans la paille et dont la journée commençait par un verre de goutte, histoire de se dérouiller le gosier !

S'il y avait un temps pour récolter, il y avait un temps pour semer. Juste après la pleine lune "en décour".

Au printemps, on y mettait l'engrais le plus naturel qui soit : le fumier. Que l'on transportait dans des tombereaux et que l'on étalait à la main dans toute la plaine. 

Rude était la vie.

Mais à écouter Louis Mabeau, les champs résonnent encore des rires des femmes et des pas lourds des chevaux. 

Le rythme des saisons.

 

Liliane Langellier

 

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