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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

30 octobre 1940. Discours de Pétain appelant à la collaboration.

La collaboration du gouvernement de Vichy est officiellement lancée par le discours radiodiffusé du 30 octobre 1940, dans lequel le maréchal Pétain invite les Français à collaborer avec l’Allemagne nazie.
 

La notion de « collaboration » entre les vainqueurs et les vaincus est au centre de ce discours. Pétain déclara que la France entrait dans une ère nouvelle : « j’entre dans la voie de la collaboration ».

Quelques jours plus tôt, le 24 octobre 1940, la collaboration fut lancée médiatiquement à la suite de la rencontre de Pétain et d’Hitler à Montoire-sur-le-Loir, avec la fameuse poignée de main entre Philippe Pétain et Adolf Hitler. Sur la photo, à l’arrière plan, le Dr. Schmidt, interprète de Hitler et sur la droite, von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères.

L’entrevue de Montoire, préparée par Laval avec des dirigeants nazis, eut un bilan quasi-nul : aucun engagement concret ne fut pris d’aucune part, seul le principe de la collaboration fut alors mis en place.

Le "vainqueur de bataille de Verdun" qui s’était autoproclamé Chef de l’Etat français en juillet 1940, est jugé à la Libération pour intelligence avec l’ennemi et haute trahison par la Haute Cour de justice. Il est frappé d’indignité nationale et condamné à la peine de mort. En raison de son grand âge, sa peine est commuée en emprisonnement à perpétuité. Il meurt en détention sur l’île d’Yeu.

Pétain, Philippe, Message du 30 octobre 1940 (mercredi) 

Français,

J’ai rencontré, jeudi dernier, le chancelier du Reich. Cette rencontre a suscité des espérances et provoqué des inquiétudes. Je vous dois à ce sujet quelques explications.

Une telle entrevue n’a été possible, quatre mois après la défaite de nos armes, que grâce à la dignité des Français devant l’épreuve, grâce à l’immense effort de régénération, auquel ils se sont prêtés, grâce aussi à l’héroïsme de nos marins, à l’énergie de nos chefs coloniaux, au loyalisme de nos populations indigènes.

La France s’est ressaisie. Cette première rencontre, entre le vainqueur et le vaincu, marque le premier redressement de notre pays.

C’est librement que je me suis rendu à l’invitation du Führer. Je n’ai subi, de sa part, aucun « dictat », aucune pression.

Une collaboration a été envisagée entre nos deux pays. J’en ai accepté le principe. Les modalités en seront discutées ultérieurement.

À tous ceux qui attendent aujourd’hui le salut de la France, je tiens à dire que ce salut est d’abord entre nos mains.

À tous ceux que de nobles scrupules tiendraient éloignés de notre pensée, je tiens à dire que le premier devoir de tout Français est d’avoir confiance.

À ceux qui doutent comme à ceux qui s’obstinent, je rappellerai qu’en se raidissant à l’excès, les plus belles attitudes de réserve et de fierté risquent de perdre de leur force.

Celui qui a pris en main les destinées de la France a le devoir de créer l’atmosphère la plus favorable à la sauvegarde des intérêts du pays.

C’est dans l’honneur et pour maintenir l’unité française – une unité de dix siècles – dans le cadre d’une activité constructive du nouvel ordre européen, que j’entre aujourd’hui dans la voie de la collaboration.

Ainsi, dans un avenir prochain, pourrait être allégé le poids des souffrances de notre pays, amélioré le sort de nos prisonniers, atténuée la charge des frais d’occupation.

Ainsi pourrait être assouplie la ligne de démarcation et facilités l’administration et le ravitaillement du territoire.

Cette collaboration doit être sincère. Elle doit être exclusive de toute pensée d’agression. Elle doit comporter un effort patient et confiant.

L’armistice, au demeurant, n’est pas la paix. La France est tenue par des obligations nombreuses vis-à-vis du vainqueur. Du moins reste-t-elle souveraine. Cette souveraineté lui impose de défendre son sol, d’éteindre les divergences de l’opinion, de réduire les dissidences de ses colonies.

Cette politique est la mienne. Les ministres ne sont responsables que devant moi. C’est moi seul que l’histoire jugera.

Je vous ai tenu jusqu’ici le langage d’un père. Je vous tiens aujourd’hui le langage du chef.

Suivez-moi. Gardez votre confiance en la France éternelle.

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