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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

La bonne épouse de Martin Provost.

C'est juste ce dont on avait besoin.

Dans cette période de confinement, déconfinement, re-confinement...

Où on ne rit pas tous les jours.

Le prix des places pour aller voir "La bonne épouse", le film de Martin Provost, devrait être remboursé par la Sécurité Sociale...

Car, c'est bien connu, le rire est une parfaite thérapie dans les temps anxiogènes.

Car il éloigne le mal.

..............

On est en 1967.

A Boersch.

Quelque part en Alsace.

Dans une école d'aide-ménagères comme il y en a un millier en France...

Dirigée par le couple Van der Beck : Paulette (Juliette Binoche) et Robert (François Berléand).

Aidés dans leur mission de fabrication d'épouses modèles par Gilberte Van der Beck (Yolande Moreau), professeur de cuisine, et la soeur Marie-Thérèse (Noémie Lvovsky) garde chiourme peu accorte et très excentrique.

C'est la rentrée.

Les premières images nous montrent les trois femmes finissant de se préparer pour accueillir les élèves, le matin de la rentrée.

La soeur Marie-Thérèse est sens dessus dessous car il y a une rousse parmi les petites nouvelles...

Et "une rousse, c'est toujours un élément perturbateur !"

Soeur Marie-Thérèse envisage donc de clouer un crucifix au-dessus de son lit.

Pour éloigner le démon.

Réunion dans la salle de classes où Paulette prend la parole pour annoncer la couleur...

Et énumérer les 7 piliers qui vont faire de ces malheureuses élèves la perle des aide-ménagères "un rêve pour vos futurs époux !".

Regards bovins des pensionnaires qui se demandent bien où elles sont tombées.

Annie Fuchs (Marie Zabukovek) se distingue immédiatement car elle machouille un chewing-gum sans grâce.

"Pilier numéro Un : la bonne épouse est avant tout la compagne de son mari, ce qui suppose oubli de soi, compréhension, et bonne humeur".

Le ton est donné.

Gilberte s'endort car elle connaît plus que par coeur ces foutus 7 piliers.

Ce qui n'est pas sans échapper à Albane-Des-deux-Ponts (Anamaria Vartolomei) et à sa voisine la rousse Corine Schwartz (Pauline Briand).

Robert, le directeur, lui, seul homme dans cette ménagerie, bulle.

Et s'accorde de se rincer l'oeil par un trou habilement aménagé entre son bureau et la salle de classe.

Il épie les jeunes filles continuellement.

L'élève Yvette Ziegler (Lily Taieb), trop émotive, chouine et chialotte tout le temps.

Le déroulé de la première soirée est à mourir de rire.

Dans leur dortoir, les jeunes filles se préparent à aller au lit. Et sont secouées de rire en voyant en ombres chinoises la soeur Marie-Thérèse qui se déshabille dans son box.

"On ne parle pas Alsacien ici !"...

Oui, cette petite phrase est importante car elle en dit long sur l'usage des langues régionales à l'école dans les années soixante.

Des-deux-Ponts s'attire les foudres de la bonne soeur car elle porte un pyjama d'homme, alors que seule la chemise de nuit est autorisée par le règlement intérieur.

Elle se révolte contre "la nuit, c'est le pot !" en demandant l'accès aux waters en hurlant avec ses potes "Pipi, pipi, pipi !" car leur pot de chambre pour quatre est bien trop petit.

Finalement autorisation leur est donnée et toutes les élèves se ruent dans les toilettes.

La caméra nous entraîne ensuite dans l'intimité des Van der Beck.

Gros plan sur Paulette, qui, de dos, se lave longuement (très longuement) et abondamment (très abondamment) à cheval sur le bidet en discourant De Gaulle et politique avec Robbie.

Paulette qui essaie, en vain, de ne pas passer à la casserole.

Et qui applique, sans jouir, les commandements du pilier N° 7 :

"Un dernier devoir est à la bonne épouse ce que le travail est à l'homme, parfois une joie, souvent une contrainte, je veux parler du devoir conjugal. Avec le temps, et en y mettant un peu de soi-même, on franchira cette épreuve, si pénible et ingrate soit-elle. L'expérience vous apprendra qu'il en va de la bonne santé physique et morale de toute la famille !"

Gilberte, elle, adule Adamo. 

Et passe en boucle sur son Teppaz "Tombe la neige !"...

Qui n'a pas vu Yolande Moreau danser, en longue chemise de nuit, comme un gros cachalot blessé sur cette chansonnette, a raté la crise de fou rire de la rentrée.

Soeur Marie-Thérèse, hystérique, apprend aux jeunes filles à coudre leur trousseau "votre passeport pour le monde ! Une femme sans trousseau est une femme sans avenir !".

Elle agrémente son cours de devinettes :

"Et passe et repasse par le petit trou...

Qu'est-ce que c'est ?"

Choeur des élèves : "Le fil !"

"Mon oncle !" répond Fuchs.

Ce qui déchaîne l'ire de la religieuse.

Mais...

Rien ne va se dérouler comme prévu...

Car ce pauvre Robert va passer de vie à trépas en avalant de travers un os du lapin chasseur, amoureusement préparé par sa soeur.

Et les trois femmes vont bien être obligées...

De prendre le pouvoir.

Pour ne pas voir couler l'école.

Juste avant que ne surviennent les évènements de mai 68.

............................

"La bonne épouse" est le neuvième film réalisé par Martin Provost.

Et le premier le plus clairement engagé pour les droits des femmes.

On attend le dixième avec impatience.

Quant aux actrices...

Juliette Binoche, en bourgeoise coincée à lunettes, maniérée, et, bien roulée dans ses petits tailleurs années soixante, est à couper le souffle.

Yolande Moreau, pataude professeur de cuisine hallucinée, qui jouit en confectionnant  le ragout de lapin ou le strudel aux pommes, spécialité de Boersch, est à vous décrocher la mâchoire de rire...

Quant à Noémie Lvovsky, en bonne soeur hystériquement vôtre, elle crève l'écran.

Oui, elle crève littéralement l'écran.

Chapeau aussi pour François Berléand en directeur d'école vieux vicieux et pour Edouard Baer en banquier juif et amant excentrique.

Un César d'honneur aux dialogues de la scène où Binoche et Moreau nettoient la tombe du défunt époux et frère....

Il y a mille et une raisons d'aller voir "La bonne épouse".

Mais je ne vous en donne qu'une : rire et rire encore.

Pour éloigner de nous pandémie et covid.

Confinement et déconfinement.

Regarder les gamines écouter en cachette à la radio Ménie Grégoire leur parler de clitoris et se demander si elles en ont un...

C'est à la fois pur et suranné.

Comme leur année 1967.

Comme leur jeunesse.

Inoubliable.

 

Liliane Langellier

 

P.S. Ce film est également à louer dans les VOD d'Orange pour 4,99 €

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