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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

La cliente de Pierre Assouline.

La vie est trop brève pour qu’on la gâche en remettant continuellement ses pas sur d’anciennes traces.
Pierre Assouline

"On n'en finira jamais avec cette histoire. Elle nous hante, elle nous obsède, impossible de nous en débarrasser. Plus d'un demi-siècle que la méduse nous colle à la peau. Quand certains meurent de leurs mœurs, d'autres étouffent encore de ce passé qui ne passe pas. Après tout, à chacun ses insomnies. Les plus à plaindre ont la nostalgie de ce qu'ils n'ont même pas connu. Cet étrange spectre est l'astre noir de notre morale. Qui saura l'exorciser ? Qui…"

C'est ainsi que commence le roman de Pierre Assouline "La cliente".

On connaît tous Pierre Assouline...

Le biographe :

sa biographie d'Albert Londres - que j'ai lue avec ferveur - fait autorité en la matière...

Idem pour l'auto-dictionnaire Simenon.

"Du côté de chez Drouant" est un grand grand moment.

Et le romancier sait nous conter avec talent des moments douloureux de notre Histoire de France.

Lire sur ce blog :

- Sigmarigen

Pierre Assouline est obsédé (oui, le terme n'est pas trop fort) par la période de l'Occupation allemande de 1940/1945.

"La cliente" dont la lecture m'a été conseillée par Stéphanie Trouillard, la petite journaliste de France 24, spécialiste des deux guerres mondiales...

A été une étrange tranche de vie de 189 pages que j'ai dégustée en ces deux derniers jours.

Au départ, l'histoire en est pourtant toute simple.

Notre auteur a entrepris d'écrire la biographie du romancier Désiré Simon...

« J’écrivais une biographie, pas un roman. Mais c’était la biographie d’un romancier. Il avait le besoin d’instiller le doute en toutes choses. J’en étais la victime. A cause de lui, je me retrouvais dans une zone grise où les frontières s’estompaient. » 

Cherchant si son auteur est juif ou non...

Il obtient, à titre exceptionnel, l’autorisation de consulter les archives très confidentielles de l’Occupation, et d'avoir accès au dossier "Guerre" le QJ 28.

Un dossier terrifiant où sont consignés les rapports et enquêtes de police mais aussi les milliers de lettres de dénonciation, dénonciations de juifs, mais aussi de maris ou de femmes dénonçant leur conjoint pour s’en débarrasser, les maîtresses trompées dénonçant l’amant infidèle…

...courriers qui lui donnent la nausée.

"Cette littérature n'avait rien d'exemplaire. Mais, contre toute attente, tout n'y était pas laid. Elle était à l'image de la France. Le pire y côtoyait le meilleur et des injustes, les Justes. Le pire, c'était ce co-propriétaire qui dénonçait à la police sa concierge assermentée parce qu'elle avait refusé de dénoncer les clandestins cachés dans les combles de l'immeuble. Le meilleur, c'était cette vieille dame qui morigénait le Commissaire, lui reprochant l'indignité de sa fonction et l'iniquité de ses méthodes, pour ne rien dire de l'esprit même de son action, qu'elle jugeait scandaleusement antichrétien et antifrançais. Suivaient son nom et son adresse."

Une lettre retient tout particulièrement son attention... 

Elle dénonce la famille juive de son ami Fechner, cousin germain de sa femme.

Fourreurs Fechner, 51, rue de la Convention, Paris XVe, téléphone VAU(Girard) 48-86.

Cette famille a été totalement exterminée dans les camps de Pologne.

A l’exception du père de son ami, Henri Fechner, qui a pu récupérer ses biens « aryanisés » à la Libération.

L'histoire est toute simple...

Semblable hélas à tant d'autres.

Après avoir été interdits, parce que juifs, d'exercer leur métier de fourreur, les Fechner se sont installés avec armes et bagages dans un atelier situé dans un appartement de la rue Lecourbe.

"Ils s'étaient clandestinement établis artisans façonniers en violation des instructions reçues."

Pour y accéder...

Un mot de passe est nécessaire.

Et seuls les clients le possèdent.

L'inspecteur Chifflet, de la section de contrôle, muni du précieux sésame, se présente sans problème et pénètre dans l'atelier.

Grossière erreur...

Le vieux Fechner qui a compris la manœuvre va lui proposer de l'argent pour s'en sortir.

"Le rapport fut accablant. Les Fechner étaient quatre fois en contravention avec la loi. Exercice illégal de la profession d'artisan à destination d'une clientèle particulière. Exploitation d'une employée qui n'est pas de leur famille. Défaut de papiers d'état-civil. Tentative de corruption d'un fonctionnaire."

La suite est terrible.

Dans les premiers jours de 1942, descente de la police et arrestation de tous ceux qui se trouvent là.

Direction Drancy puis la Pologne et ses camps d'extermination.

Dès la découverte qu'il y a lettre de dénonciation...

"On m'avait investi d'une responsabilité. A la fin du rapport, l'inspecteur avait consigné le nom de l'individu qui avait dénoncé les Fechner. Celui qui avait communiqué leur adresse à la police, celui dont le nom lui avait servi de sésame pour pénétrer chez eux sans éveiller les soupçons. Du moins avait-il pris soin de le nommer X. Mais à la dernière mention un astérisque renvoyait à une note de bas de page :"Voir dossier 28 B, page 35, ligne 12."

........L'auteur n'a plus qu'une seule obsession : connaître le nom de la balance.

"Le lendemain matin j'étais aux Archives. A pied d'œuvre dès l'ouverture. J'ouvris fébrilement le dossier 28B. Jamais les pages ne m'avaient paru aussi lourdes à tourner. La page 35 enfin. Les lignes n'étaient pas numérotées. Il fallait compter. Dix, onze, douze."

……………………….. Cécile Armand-Caveli…………..

La fleuriste, "Armand Fleurs",  juste en face du magasin de fourrures, rue de la Convention.

On est arrivé à la page 73 du livre.

Comment l'auteur va-t-il mener son enquête ?

Qui va-t-il rencontrer ?

Jusqu'où osera-t-il aller ?

De quel droit peut-on remonter ainsi les fleuves boueux de l'Histoire ?

Il faut lire ce livre pour le savoir.

Rien ne sera simple.

L'auteur apprendra très vite qu'en cette période trouble de l'Occupation allemande, les gens n'étaient ni noirs ni blancs, mais plutôt dans tous les tons de gris.

Comment se sortira-t-il de cette fichue galère où il s'est embourbé tout seul ?

Cette parenthèse, venue troubler la quiétude du chercheur, aura-t-elle des conséquences inattendues sur son futur quotidien ?

Comment les fourreurs Fechner accueilleront-ils cette révélation ?

Comment la fleuriste Cécile Armand-Cavelli réagira-t-elle à ce retour intempestif d'un passé trouble ?

Il vous reste 116 pages pour prendre le temps de le découvrir.

Un temps haletant...

Une enquête menée à tambour battant...

Une immersion dans un passé français douteux...

Qui a révélé les noirceurs des êtres..

Dans le pire de leurs actes.

Pierre Assouline est définitivement un grand, très grand écrivain.

Mais, ça, on le savait déjà !

 

Liliane Langellier

 

    La cliente de Pierre Assouline

  • Poche : 189 pages
  • Editeur : Gallimard (4 avril 2000)
  • Collection : Folio
  • Prix : à partir de 2 € 45
  •  

 

P.S. Ne manquez pas d'aller lire le blog de Pierre Assouline : La république des livres.

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