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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

26 avril 1566. Mort de Diane de Poitiers.

Voici vraiment qu'Amour, un beau matin,
S'en vint m'offrir fleurettes très gentilles…
Car, voyez-vous, fleurettes si gentilles
Etaient garçon frais, dispo et jeunet.
Poème de Diane de Poitiers après sa première nuit avec Henri II.

Pendant mes vacances en Eure-et-Loir...

Mon grand-père, le brave Auguste, veillait à ce que je visite les deux châteaux les plus proches de Chaudon...

Maintenon et Anet.

J'ai longtemps préféré le style massif et rassurant du château de Maintenon.

Mais la beauté de Diane, et ses bains au lait d'ânesse, faisaient rêver la môme parisienne que j'étais.

Plus tard...

J'ai compris qu'elle était la première cougar de l'Histoire de France...

Retour sur sa vie de favorite.

Avec quelques vérités bien assénées inside.

Cet article est le 501e article de ce blog Chez Jeannette Fleurs.

Qui vient de dépasser les 128.000 visiteurs.

Diane de Poitiers par François Clouet.

Non, Diane de Poitiers n’a pas mené par le bout du nez son royal amant Henri II ; non, elle ne s’occupait pas de politique ; non, elle n’offrait pas son corps pour arriver à ses fins.


Quasiment tout ce qui a été dit, en bien ou en mal, relève du roman national, « le portrait que les historiens font de Diane de Poitiers aujourd’hui n’est que le résultat d’une longue construction » qui commença dès le vivant de l’intéressée, quand des ambassadeurs étrangers se devaient de critiquer la maîtresse royale pour justifier les actions du roi de France qui, évidemment, ne convenaient pas à leurs attentes. De fil en aiguille, d’interprétations en tentatives de justifications historiques hasardeuses, nous avons créé de toutes pièces une femme, une nouvelle Diane.

 

 

Didier Le Fur, historien, spécialiste des XVe et XVIe siècles, nous raconte le roman national, nous apprend comment, et par qui, il s’est construit, mais surtout il essaie, en se focalisant uniquement sur les sources, de nous en apprendre plus sur qui était réellement Diane de Poitiers dans la remarquable biographie, éponyme, qu’il vient de publier chez Perrin.

 

Et, hormis quelques textes, pour la plupart juridiques, nous ne savons pas grand-chose.


Rien de son enfance ni de son adolescence, que faire alors ? Comme souvent dans ce cas, l’historien se base sur les us, coutumes, traditions, connus pour esquisser les grandes lignes d’une petite histoire. C’est précisément ce que Didier Le Fur fait pour nous présenter ses hypothèses sur les premières années de Diane de Poitiers.

Que nous disent les sources ?

 

Elle serait née en 1500, nous perdons donc sa trace jusqu’au moment de son mariage qui intervient le 29 mars 1515 avec Louis de Brézé (grand sénéchal ainsi que petit-fils de Charles VII et d’Agnès Sorel). Elle a 15 ans, il en a 52. Elle est dame d’honneur de Louise de Savoie, mère de François Ier. De ce fait, elle doit suivre régulièrement la cour dans ses déplacements.


Son père, Jean de Saint-Vallier sera jugé en janvier 1524 pour trahison et condamné à mort. D’aucuns diront que c’est à ce moment que Diane de Poitiers s’offrira à François Ier pour obtenir la grâce de son père. D’après l’auteur, c’est surtout le mari de celle-ci qui fit pression sur François Ier pour obtenir la grâce de son beau-père, qu’il finira par obtenir le jour même de la condamnation. Rien ne nous dit que François Ier et Diane de Poitiers auraient eu une relation.

 

Henri II d'après François Clouet, 1559.

Nous perdons, de nouveau, sa trace jusqu’en 1527, c’est Louis de Brézé qui nous donne alors de ses nouvelles le 30 septembre 1527, « ma femme se porte bien, Dieu merci, et crois qu’elle soit hors de danger. »

Le 3 juillet 1530, les deux fils de François Ier, qui étaient prisonniers de Charles Quint, sont libérés. Que ceux – les romantiques – qui s’imaginent que l’amour du dauphin, futur Henri II, pour Diane de Poitiers, date de sa petite enfance, oublient cette idée, « selon Jean de Ravenel dans une lettre du 20 avril 1531 […] [François Ier les aurait alors présentés] à la maîtresse de maison, laissant supposer que la grande sénéchale n’aurait croisé ceux-ci que de très loin ».


Cette année 1531, fût placée sous le signe du deuil : son mari meurt en juillet et Louise de Savoie en septembre, « par ces deux décès, Diane de Poitiers, qui avait aux alentours de 31 ans, se retrouvait veuve, avec deux filles encore très jeunes et sans protectrice à la cour. »


Le fait qu’elle puisse tout de même maintenir son rang grâce à la bonté de François Ier fit évidemment jaser. Pourtant, en tant que veuve d’un homme important et proche du roi, il n’y a rien d’anormal à ce qu’elle ait été « protégée » par ce dernier : « Diane de Poitiers, en grande partie grâce aux services de son mari au roi et à la monarchie, conserva l’autorité sur ses enfants et son rang à la cour. »

 

Le 27 octobre 1533 est signé le contrat de mariage unissant le dauphin, futur Henri II, à Catherine de Médicis. Diane dut certainement assister à la cérémonie, mais nous n’avons plus de ses nouvelles pendant près de cinq années.

 


Il est probable que la « relation » entre le dauphin et Diane commence à être constatée vers 1538, mais sans certitude et quoi qu’il en soit, à ce stade « l’historien reste toujours incapable d’écrire quoi que ce soit sur le caractère et la personnalité de cette femme. »

 

Le 1er octobre 1546, elle devient gouvernante des enfants d’Henri et de Catherine de Médicis ; le 31 mars 1547, François Ier meurt, Henri devient roi. Cette même année, il semble que leur relation devienne officielle. Si Diane bénéficia de largesses de la part du roi, rien ne dit qu’elle les réclama… rien ne dit non plus l’inverse, certes. Cependant, d’après les sources que nous possédons, il semblerait que « si celle-ci devint plus riche qu’elle ne l’avait été, ce fut par le biais de successions familiales. »


Une des largesses, cependant, du roi pour sa maîtresse fut Chenonceau, qu’elle fit restaurer et embellir, « Diane de Poitiers envisageait de jeter par-dessus le Cher un pont, ouvrage dont elle confia la réalisation à Philibert de l’Orme. »

 

Dessin de Chenonceau après la construction du pont en 1559 et avant celle des galeries en 1576. À gauche, le petit châtelet qui abrite un pont-levis pour accéder aux jardins de la rive gauche du Cher.

 

Pendant les années du règne d’Henri II, les documents en notre possession concernant Diane de Poitiers sont plutôt liés à ses affaires de propriétés et/ou à son rôle auprès du roi, ou plus exactement des enfants de celui-ci, rôle qui ressemblait plus à celui d’une assistante qu’à celui de maîtresse sexy.


Le 10 juillet 1559, Henri II meurt des suites d’un accident lors d’un tournoi, nous ne savons rien de la réaction de Diane, mais pour le coup il n’est pas difficile d’imaginer qu’elle en fut affectée, quel que soit l’état de leur histoire à ce moment. Après avoir rendu les biens qui étaient en sa possession et qui appartenaient à la couronne, elle se retira sur ses terres, en son château d’Anet.


Le 6 janvier 1565, elle fit rédiger son testament, elle décède le 25 ou le 26 avril 1566, à environ 66 ans.

Nombreux sont ceux qui ont contribué à la construction du roman national parmi des plus connus : Madame de La Fayette, Victor Hugo, Jules Michelet qui « avait adhéré à toutes les légendes fabriquées sur le compte de la duchesse de Valentinois depuis plus de trois siècles », ou encore Sacha Guitry.

Nous ne le répéterons jamais assez, seules les sources doivent permettre d’aider le chercheur à retracer l’Histoire, le reste n’est que spéculation. Voici un livre qui nous dit que ça !


Une question cependant, quid de la découverte du docteur Philippe Chalier qui, en autopsiant le squelette de la légendaire Diane en 2009, déclarait, suite à des analyses scientifiques, qu’il existait « une intoxication chronique en or chez Diane de Poitiers » ce qui semble valider l’hypothèse qu’elle en ingérait pour rester jeune, là où Didier Le Fur ne semble voir, encore, qu’une légende. 

 

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