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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

Georges Simenon. Né le 12 février 1903.

Une fois n'est pas coutume...

Je vous raconte ici le début de la vie de Georges Simenon.

Et je vous invite à aller lire la suite sur le site "Centre d'études Georges Simenon".

Ce qu'il y a de plus complet sur la vie de l'auteur.

………………………...

Une jeunesse liégeoise

Georges Simenon est né officiellement à Liège, rue Léopold, le jeudi 12 février 1903 : c’est du moins ce qu’a déclaré Désiré Simenon, le père de l’enfant. En réalité, Henriette Simenon a accouché à minuit dix, le vendredi 13 février 1903, et a supplié son mari de faire une fausse déclaration pour ne pas placer l’enfant sous le signe du malheur… Malgré cet incident, l’arrivée de ce premier enfant comble les parents et tout particulièrement le père qui pleure de joie :  » Je n’oublierai jamais, jamais, que tu viens de me donner la plus grande joie qu’une femme puisse donner à un homme  » avoue-t-il à son épouse.

Désiré Simenon et Henriette Brüll s’étaient rencontrés deux ans plus tôt dans le grand magasin liégeois L’Innovation où la jeune fille était vendeuse. Rien ne laissait prévoir cette union entre Désiré, homme de haute taille et arborant une moustache cirée, comptable de son état, et la jeune employée aux yeux gris clair et aux cheveux cendrés. Désiré est en effet issu d’un milieu wallon implanté dans le quartier populaire d’Outremeuse où son père, Chrétien Simenon, exerce le métier de chapelier. En revanche, Henriette Brüll, dernière d’une famille de treize enfants, a une ascendance néerlandaise et prussienne. Les Brüll ont connu une période faste lorsque le père était négociant en épicerie ; malheureusement, de mauvaises affaires et un endettement croissant conduisent Guillaume Brüll à la misère, tandis qu’il sombre dans l’alcoolisme. Choc qui ébranle Henriette et oblige la jeune fille à travailler très vite dans le grand magasin.

Georges Simenon naît donc en 1903 dans une famille apparemment unie et heureuse, et trois ans et demi après, Henriette accouche de Christian. La mère marque alors sa préférence pour le cadet car Georges n’obéit pas et semble assez indépendant. Tout le contraire de Christian, qui se voit doté de toutes les qualités : intelligence, affection, soumission à la mère… Très vite donc, une scission va être sensible dans la famille Simenon : d’un côté Georges, rempli d’admiration pour son père Désiré, de l’autre Christian, l’enfant chéri d’Henriette. Situation très vite insupportable pour le futur auteur de Lettre à ma mère. Alors âgé de 71 ans, Georges Simenon se souvient de cette époque lorsqu’il écrit :  » Nous ne nous sommes jamais aimés de ton vivant, tu le sais bien. Tous les deux, nous avons fait semblant…  » ( Lettre à ma mère, Chap. I ). Ce terrible aveu écrit en 1974, trois ans et demi après la mort de sa mère, est révélateur du climat de tension qui règne dans cette famille apparemment unie, mais où le père heureux, mais résigné, courbe la tête dès qu’Henriette fait une réflexion. Cette mère dominatrice imposera très vite un mode de vie à toute la famille : hantée par le manque d’argent, déçue par le salaire de Désiré qui n’augmente pas, elle va prendre l’initiative d’accueillir des pensionnaires sous son toit. Dès son plus jeune âge, Georges Simenon va par conséquent vivre avec des locataires, des étudiants étrangers notamment .

L’enfance de Georges Simenon c’est aussi l’école, avec tout d’abord l’enseignement des frères de l’Institut St-André, tout près de chez lui, rue de la Loi… Georges est un élève prometteur, d’une piété presque mystique : il est le préféré de ses maîtres et fait ses débuts d’enfant de chœur à la chapelle de l’Hôpital de Bavière dès l’âge de huit ans. Alors que ses parents ne lisent jamais de  » littérature « , le futur romancier est fasciné par les romans d’Alexandre Dumas, Dickens, Balzac, Stendhal, Conrad ou Stevenson. Après l’enseignement des Frères des Ecoles Chrétiennes, Georges est inscrit chez les Jésuites « à demi-tarif « , grâce à une faveur accordée à sa mère.

Au cours de l’été 1915, c’est la révélation de la sexualité qui va précipiter la rébellion de cet adolescent précoce : pendant les vacances à Embourg, près de Liège, il connaît sa première expérience avec Renée, de trois ans son aînée. Dès lors, Georges n’est plus le même et va rompre progressivement avec l’église et l’école. Il renonce en effet à l’enseignement des humanités pour s’inscrire au collège St-Servais, plus  » moderne  » c’est-à-dire à vocation scientifique. Georges restera trois ans dans l’établissement, mais abandonnera avant l’examen final en 1918.

Cet élève particulièrement doué, notamment dans les matières littéraires, achève donc sa scolarité à l’âge de 15 ans pour des raisons qui restent encore un peu mystérieuses. Si on en croit ses propres souvenirs évoqués lors d’un entretien, c’est l’annonce de la maladie de son père par le docteur Fischer qui a déterminé sa décision. Selon le médecin, Désiré, qui souffre d’angine de poitrine de façon chronique, a une espérance de vie limitée à deux ou trois ans. C’est du moins la version admise par les biographes de Simenon, mais le plus récent — Pierre Assouline — se demande si cet événement, souvent relaté par l’écrivain, n’est pas un alibi qui cache d’autres raisons plus profondes. Le jeune homme supporte de plus en plus mal la discipline du collège et son tempérament marginal s’affirme. En 1918, la page est donc définitivement tournée : Georges Simenon ne reprendra plus le chemin de l’école.

Janvier 1919. Le jeune homme cherche du travail en arpentant les rues de Liège et entre, à tout hasard, dans les bureaux de la Gazette de Liège, le grand quotidien local. La guerre est finie depuis quelques mois et beaucoup d’hommes ne sont pas revenus du front : Simenon tente sa chance et demande au rédacteur en chef un emploi de… reporter. Cet épisode qui paraît aujourd’hui assez incroyable est pourtant authentique. Engagé sur-le-champ comme reporter stagiaire par Joseph Demarteau, Simenon commence son apprentissage dans ce journal ultraconservateur et proche de l’évêché. Il doit ainsi parcourir Liège à la recherche de nouvelles, faire le tour des commissariats de police, assister aux procès et aux enterrements de personnalités. A seize ans, Georges Simenon a trouvé, sinon sa vocation, du moins une activité qui lui convient particulièrement : toujours en mouvement, il apprend très vite à taper à la machine, rédiger un article et rechercher l’information partout où elle se trouve. L’expérience durera près de quatre ans, et au cours de cette période, il trouvera la matière de nombreux romans.

1921, c’est l’année où Georges va se fiancer avec Régine Renchon, une jeune fille rencontrée quelques mois plus tôt au sein d’un groupe d’artistes plus ou mois marginaux. Pourtant la fin de l’année est un tournant : il y a d’abord le service militaire qui s’annonce au mois de décembre, mais surtout un drame — certes prévisible — la mort brutale de Désiré le 28 novembre 1921. Et c’est l’armée qui l’attend le lendemain de la disparition de Désiré. Simenon a devancé l’appel pour en finir au plus tôt avec cette formalité qui nuit à ses projets professionnels et va faire ses classes à Aix-la-Chapelle. La corvée ne dure pourtant pas longtemps car le cavalier Simenon revient à Liège au bout d’un mois, grâce à ses relations. Cependant le jeune homme se sent de plus en plus à l’étroit dans sa ville natale mais aussi au sein de la rédaction de La Gazette de Liége, malgré les tentatives de son rédacteur en chef pour le retenir. Dégagé de ses obligations militaires, selon la formule consacrée, Simenon a pris sa décision : il part tenter sa chance à Paris…

A la conquête de Paris et de la France

11 décembre 1922. Gare du Nord à Paris, un jour froid et pluvieux, dans une atmosphère qui frise le cliché (on se croirait dans un roman de Balzac ou… de Simenon !), le jeune Liégeois débarque avec une valise en carton et un paquet ficelé. Son arrivée à Paris n’est pourtant pas aussi noire qu’il le racontera parfois, car ses biographes font état de quelques économies et surtout de lettres de recommandations, sans parler d’un compatriote qui l’attend à la gare. Certes les hôtels sont assez minables, mais Simenon refuse de gaspiller son pécule et il n’est pas ennemi de se retrouver dans des lieux qui lui rappellent ses errances à Liège. Très vite, il fréquente une bande d’artistes qui se retrouvent la nuit à Montmartre, pour oublier un emploi de secrétaire auprès de l’écrivain Binet-Valmer, très connu à l’époque dans le milieu politique. Ce travail qu’il trouve dès son arrivée à Paris grâce à un ami de son père se révèle en effet décevant : Simenon est en réalité une espèce de garçon de courses au service d’une ligue d’extrême droite… Qu’importe ! Il faut être patient et attendre des jours meilleurs. Le jeune homme gagne quand même sa vie et, le 24 mars 1923, il épouse Régine Renchon à l’église Sainte-Véronique de Liège. Dernière concession à Henriette, la cérémonie religieuse à laquelle elle tient est vite célébrée et Simenon reprend le train pour Paris le soir même en compagnie de Tigy.

La présence de son épouse à Paris le rassure et l’aide pour les tâches matérielles : selon ses dires elle est pour lui un véritable garde-fou qui l’empêche de sombrer dans les excès, comme à Liège lors des réunions de la Caque. Après l’expérience auprès de Binet-Valmer, Simenon abandonne cet emploi de factotum pour un vrai travail de secrétariat. C’est le publiciste lui-même qui, voyant le désappointement de Simenon, l’adresse à l’un de ses bons amis, le marquis de Tracy, riche aristocrate du même bord politique. Dès lors, le futur romancier, qui  » gâche déjà du plâtre  » en écrivant des contes pour les hebdomadaires galants de la capitale, connaît une nouvelle vie riche en découvertes : c’est de cette époque notamment qu’il puisera la matière de son roman L’Affaire Saint-Fiacre. Le château de Paray-le-Frésil où il vit le plus souvent avec le marquis de Tracy est, selon la fiction romanesque, le lieu où le commissaire Maigret a passé toute son enfance. Les petites nouvelles qu’il écrit chaque soir — le plus souvent deux ou trois — ont très vite du succès et le couple voit sa situation matérielle s’améliorer. Après presque une année passée en compagnie du marquis, Simenon décide de se jeter à l’eau et vivre complètement de sa plume en revenant à Paris. Désormais il va proposer ses contes à de grands quotidiens, comme Le Matin, à des revues légères comme Le Merle blanc et surtout à des éditeurs de collections populaires.

A partir de 1924, l’activité de Simenon est florissante : c’est près de deux cents romans qu’il va écrire sous dix-sept pseudonymes jusqu’à ce que les Maigret prennent véritablement le relais en 1931. Après les contes galants parus dans Frou-Frou, Sans-Gêne ou Paris-Flirt, le romancier débutant va se lancer dans des récits plus structurés, même si leur qualité laisse encore à désirer. En 1923, il avait rencontré Colette qui s’est remariée avec Henry de Jouvenel, le rédacteur en chef du Matin. La romancière refuse d’abord ses textes, lui donne des conseils et à la deuxième tentative elle publie un conte signé Georges Sim. Leur collaboration sera fructueuse et les conseils de Colette, toujours appréciés par le jeune homme. Les romans populaires qu’il publie parallèlement chez Ferenczi, Tallandier et Fayard obéiront à des critères bien précis. Cette production peut se diviser en trois catégories qui répondent aux exigences des collections ou des éditeurs : il y a d’abord les romans légers, plus ou moins licencieux, aux titres évocateurs (Orgies bourgeoises, Etreintes passionnées…), ensuite les romans sentimentaux comme Le Roman d’une dactylo ou Cœur de Poupée, et enfin les romans d’aventures dont les titres font déjà rêver (Le Monstre blanc de la Terre de feu, Un drame au pôle Sud…). Ces romans populaires qui sont un peu boudés par les critiques, sont certes bâclés (rythme de production oblige) mais représentent la genèse de l’œuvre à venir : malgré les stéréotypes inévitables, y compris les clichés raciaux, on voit apparaître bon nombre de personnages, mais aussi des thèmes récurrents aussi importants que la solitude, la culpabilité ou encore la fatalité. Cette littérature populaire non seulement nourrit Simenon et son épouse, mais l’enrichit très rapidement : le romancier dépense beaucoup, reçoit tous les soirs dans son appartement de la place des Vosges, et ne tarde pas à engager une cuisinière, Henriette Liberge, immédiatement surnommée « Boule », ainsi qu’une secrétaire et un chauffeur ! Simenon aime cette vie parisienne qui lui sourit et fréquente des peintres comme Vlaminck et Picasso, et aussi des poètes comme Max Jacob… Et un soir d’octobre 1925, au théâtre des Champs-Elysées, c’est la rencontre avec une jeune fille de Saint Louis (Missouri), alors totalement inconnue, qui danse dans La Revue nègre. Elle a vingt ans et s’appelle Joséphine Baker. Immédiatement c’est le coup de foudre et la jolie mulâtresse séduit Simenon : désormais le couple ne se déplace plus sans Joséphine, mais l’infortunée Tigy semble ignorer complètement cette liaison qui durera jusqu’au début de 1927.

Cette période, agitée sur le plan sentimental, est aussi débordante d’activités pour Simenon : le jeune romancier écrit de plus en plus, forme des projets qui n’aboutiront pas toujours, rencontre une foule de personnalités du Tout-Paris. C’est précisément en ce début de l’année 1927 qu’Eugène Merle, directeur de plusieurs journaux parisiens, lui lance un défi : Simenon devra écrire un roman sous les yeux du public, enfermé dans une cage de verre… Attiré par la somme importante que lui propose son employeur, il accepte immédiatement, mais le projet n’aboutira pas pour diverses raisons qui restent encore un peu obscures. Cependant, l’épisode de la cage de verre restera dans la légende de Simenon et contribuera à faire de ce romancier un véritable phénomène : plusieurs journaux ont raconté en effet l’exploit qui ne s’est jamais produit !

Après l’idylle avec Joséphine Baker, Simenon décide de quitter l’ambiance de la capitale et de réaliser un de ses rêves de jeunesse : s’embarquer sur un bateau… En réalité, le jeune romancier n’envisage pas de partir sur les traces de Conrad, une de ses lectures d’adolescent, mais plus modestement de faire le tour de France sur les canaux et les rivières. Il achète un canot de cinq mètres équipé d’un petit moteur, et un canoë pour le matériel de camping. Pendant cette année 1928, six mois durant, le romancier va découvrir la France  » entre deux berges « , pour reprendre le titre de l’un de ses articles : le navigateur débutant, qui est parti en compagnie de Tigy, de Boule et du chien Olaf, n’a pas oublié sa machine à écrire et travaille en plein air au grand étonnement des promeneurs. De cette expérience, il tirera la matière de plusieurs romans, et notamment Le Charretier de la «Providence».

 

à suivre sur le Centre d'études Georges Simenon….

Lire aussi sur ce blog :

La naissance de Jules Maigret.

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