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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

5 février 2020. Mort de Spartacus.

« Comme le personnage de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Kirk a accepté de mener les combats qui se présentaient à lui. »
George Clooney

La nouvelle vient de tomber à l'instant.

Kirk Douglas est mort à l'âge de 103 ans.

Kirk, forever Spartacus in my mind...

L'esclave gladiateur superbement musclé et son épée qui brisa ses chaînes...

Avec son irrésistible petite fossette au menton.

Et son combat de solitaire contre Rome.

Dans les centaines d'hommages qui tombent ce matin...

J'ai préféré celui de Télérama.

Qui devait l'avoir en "viande froide" (écrit à l'avance pour les personnages célèbres) depuis quelques temps...

Pour pouvoir sortir un tel hommage aussi rapidement.

……………………..

Fils d’immigrés russes et juifs, Kirk Douglas a construit sa carrière à la force de ses biceps. N’hésitant pas à jouer les salauds, devenant producteur pour mieux dicter ses exigences, il a enchaîné les chefs-d’œuvre, avec des réalisateurs comme Stanley Kubrick ou Howard Hawks. Il est mort le 5 février à 103 ans.

Des géants de l’âge d’or hollywoodien, il n’en restait qu’un et c’était forcément lui : le coriace Kirk Douglas, mort le 5 février à 103 ans. Un regard perçant, une énergie d’athlète et, même, un menton à fossette souvent qualifié de pugnace : la ténacité l’avait façonné et se manifestait, chez lui, en tout. Dans sa formidable longévité comme dans son prénom, dont il aimait la dureté, lui qui était né Issur Danielovitch, le 9 décembre 1916.

Résister, tenir bon, la vie le lui apprend d’emblée. L’Amérique dans laquelle il grandit est celle de la pauvreté et de l’antisémitisme, qui poursuit ses parents, Juifs partis de Russie pour fuir les pogroms. Fortifié par la solidité d’un père bagarreur, soutenu par la douceur de sa mère, le gamin ose faire un rêve impossible. Un jour qu’il récite un poème au jardin d’enfants, les applaudissements qui le saluent lui montrent la voie : être acteur pour retrouver ce joyeux bruit des bravos. Il deviendra une star mondiale, un dieu de l’Olympe qu’était Hollywood lorsqu’il y débuta, au milieu des années 1940. Un conte de fées ? Non. Un bras de fer avec le destin.

Il sait être aussi roublard que poignant

Le film qui permet à Kirk Douglas d’accéder à la célébrité, après une formation à l’art dramatique à New York et plusieurs seconds rôles, apparaît comme un symbole : dans Le Champion (1949) de Mark Robson, il est un boxeur, un battant. Pour s’imposer sur le ring, son personnage est même prêt à tout. En acceptant de jouer ce héros imparfait, le jeune Kirk Douglas défend sa propre vérité. Antipathique, il n’aura jamais peur de l’être : refusant de renoncer à son franc-parler, il sera très vite connu pour son sale caractère. Peu lui importe : c’est un passionné qui entend mener sa carrière comme il mène son existence, avec de la volonté.

Deux chefs-d’œuvre vont lui permettre d’imposer ce tempérament radical. Dans Le Gouffre aux chimères (1951) de Billy Wilder, il campe un journaliste prêt à créer un scoop de toutes pièces en manipulant un homme et en le mettant en danger. Et dans Les Ensorcelés (1952) de Vincente Minnelli, il interprète un producteur hollywoodien carnassier, qui s’est employé à briser les vies de ceux qu’il embauchait tout en assurant leur marche impitoyable vers le succès.

Avec ces hommes que tout expose à la critique, mais qui ont aussi en eux une envie sincère de réussir, Kirk Douglas impose des qualités d’acteur exceptionnelles. Il sait être roublard à souhait, menteur sans foi ni loi et irrésistible, il sait aussi rendre poignant le sort de l’être humain idéaliste, aux prises avec un besoin d’élévation et avec la noirceur de la réalité.

 

Spartacus a affronté Rome, lui s’est battu contre Hollywood

Sa trempe naturelle lui donne très vite accès à des personnages d’aventurier. Le voilà harponneur dans 20 000 Lieues sous les mers (1954), puis guerrier nordique dans Les Vikings (1958) de Richard Fleischer. Par-delà le spectacle et le divertissement, la bravoure que célèbrent ces films est une affaire sérieuse pour Kirk Douglas. Il le prouve en mettant tous ses efforts dans un projet auquel il tient plus que tout : jouer le valeureux Spartacus, l’esclave qui brisa ses chaînes.

Dans cet ambitieux péplum dont il confie, en 1960, la réalisation au jeune Stanley Kubrick, l’acteur impose une solidité de roc en même temps qu’une grandeur morale qui le magnifie. En 1986, victime d’un malaise cardiaque dans un restaurant, Kirk Douglas dut en ressortir sur une civière. Il raconte dans son livre de souvenirs, Le Fils du chiffonnier (éd. Archipoche), s’être dit alors : « Mais que vont penser les gens de Spartacus maintenant ? » Son identification avec l’esclave libre était totale. Le gladiateur avait affronté Rome, lui, s’est battu contre Hollywood.

Refusant d’être enchaîné aux grands studios par contrat, comme toutes les vedettes de son époque, il crée en 1955 sa société de production, qu’il baptise du prénom de sa mère, Bryna. Pour Spartacus, il impose que soit inscrit au générique le nom du scénariste Dalton Trumbo, que Hollywood avait mis sur sa liste noire des bannis pour affinités avec le communisme.

Une figure emblématique du western

Etre un acteur obéissant lui est impossible. Il faut qu’il ait son mot à dire. D’où cette réputation d’emmerdeur qu’il traînera toujours. S’il comprend le talent de Kubrick, avec qui il a d’abord tourné Les Sentiers de la gloire (1957), ses rapports avec lui sont difficiles. Kirk Douglas rejette en effet la notion de cinéaste artiste, maître de son œuvre. Pour lui, le réalisateur est un technicien parmi d’autres et le cinéma, une belle aventure collective.

Cette camaraderie, il la trouve dans le western, dont il devient très vite une figure emblématique. Il peut s’y laisser aller à la décontraction des buveurs (La Captive aux yeux clairs, de Howard Hawks, 1952), jouer quantité de cow-boys bourrus ou montrer sa complicité avec son copain Burt Lancaster dans Règlements de comptes à O.K. Corral de John Sturges (1957). Dans cet univers codifié, il apporte aussi sa singularité, faisant du cavalier solitaire un symbole de la liberté qu’il cultive, et qu’il défend magistralement dans les très beaux L’Homme qui n’a pas d’étoile (1955) et Seuls sont les indomptés (1962).

Une liberté dont il n’hésite pas à chercher une dimension plus absolue dans La Vie passionnée de Vincent Van Gogh (1957). En le découvrant métamorphosé en peintre presque mystique, son ami John Wayne lui dit : « Mais enfin, Kirk, comment as-tu pu jouer un rôle comme ça ? Il reste tellement peu d’acteurs de notre trempe. Il faut jouer des personnages durs, forts ! »

 

En 1996, un oscar à titre honorifique

Virile, sa filmographie l’est, en vérité, de bout en bout, comme en témoigne encore ce sexagénaire dur à cuire qu’il interprète dans Furie (1978), de Brian De Palma. Ce qu’a moins montré Kirk Douglas à l’écran, c’est le fabuleux séducteur qu’il était dans la vie, amant de Rita Hayworth, Marlene Dietrich, Joan Crawford, Gene Tierney et tant d’autres. Le trouble et le désir, il faut les chercher dans La Femme aux chimères (1950), avec Lauren Bacall, Liaisons secrètes (1960) avec Kim Novak, et L’Arrangement (1969), où Elia Kazan mettait le mâle conquérant en crise pour créer des moments plus vrais avec les femmes.

En 1996, pour ses cinquante ans de carrière, Kirk Douglas reçut enfin un oscar, à titre honorifique : il avait été nommé à trois reprises sans jamais remporter le trophée. Et l’avait même « perdu » une quatrième fois, au profit de Jack Nicholson, à qui il avait dû céder le premier rôle de Vol au-dessus d’un nid de coucou, un film qu’il n’avait pas réussi à financer et qui fut produit, ironie du sort, par son fils, l’acteur Michael Douglas.

Qu’importe, la seule récompense qui ait jamais compté pour Kirk Douglas est celle que son père lui avait faite après sa récitation au jardin d’enfants. Il lui avait acheté un cornet de glace.

Kirk Douglas : cent ans d'insoumission

Il est l'un des plus farouches opposants à Donald Trump. Fidèle aux combats qui ont rythmé sa vie, Kirk Douglas n'a pas fini de s'insurger, à l'oral comme à l'écrit. L'indompté est à l'honneur sur Arte et TCM qui diffusent l'intégralité de ses films.

Kirk Douglas a fêté ses 100 ans, le 9 décembre. Il ne s'y attendait pas. Rien ne laissait présager qu'il serait le dernier des Mohicans, le « sage de Hollywood », comme on le présente du côté de la Cité des anges. « Quand vous atteignez mon âge, vous en êtes surpris avant tout, disait-il, lors d'un hommage récent. Rendez-vous compte : un pacemaker, des genoux reconstruits, une attaque... Je suis un nonagénaire abîmé. Je commence à regarder derrière moi, car si je regarde devant, je vois où je vais. Je connais le dénouement. Alors je fais le bilan. » L'âge n'y est peut-être pas pour grand-chose. L'acteur de Spartacus a passé sa vie à se retourner sur ses expériences pour en tirer des enseignements.

Il s'est toujours senti à l'étroit dans son rôle de vedette, fût-elle de l'âge d'or, et il nourrit une fervente passion pour l'analyse et le commentaire des activités humaines (« Parfois les intervieweurs me disent "Vous êtes brillant !" Comme si ça les étonnait ! »). En 1996, une sévère attaque cérébrale l'a privé de l'exercice du langage. « Que peut faire un acteur sans la parole, à part revenir au temps du muet ? » grinçait-il alors. Il ne s'est pas démonté. Il a écrit livre sur livre, et s'est attelé à une rééducation forcenée pour s'exprimer à nouveau. A l'heure où l'Amérique file sans boussole vers les années Trump, on n'entend que lui.

 

“En 1933, j'avais 16 ans”

De tous les acteurs hollywoodiens, Kirk Douglas aura été le plus virulent dans la résistance au président populiste. A 100 ans, on n'a plus peur de rien, sinon de laisser à ses enfants un cauchemar en héritage. Dans le Huffington Post, où il publie régulièrement des chroniques, il convoquait, à la fin de l'été, les souvenirs de son siècle pour comparer l'ascension du candidat républicain à celle de Hitler : « J'ai connu les horreurs d'une Grande Dépression et de deux guerres mondiales, écrivait-il, la seconde ayant été déclenchée par un homme qui promettait qu'il restaurerait la grandeur de son pays. Quand cet homme est arrivé au pouvoir, en 1933, j'avais 16 ans. Pendant près d'une décennie, on s'était moqué de lui. On le considérait comme un bouffon dont le nationalisme haineux n'emporterait jamais l'adhésion d'un peuple instruit et civilisé. Les "experts" ne l'avaient pas pris au sérieux. Ils se trompaient. »

Dans cet article, bien plus long qu'à l'accoutumée, Kirk Douglas parlait de sa vie heureuse, de ses parents, des immigrés juifs miséreux qui avaient fui la Russie du tsar et ses pogroms pour le rêve américain qu'il allait incarner, lui-même, dans toute sa splendeur. « Nous voulons rester libres, c'est ce qui nous définit. » Il espérait fêter son centième anniversaire en sifflotant « les beaux jours sont de retour » entouré des siens. Ça lui semblait simple comme bonjour. « Pour siffler, il suffit de rapprocher les lèvres et de souffler », s'amusait-il, citant son amie Lauren Bacall, qui a lancé sa carrière. Les Américains ont contrarié ses projets. La fête est amère. Il s'en ira sans doute avec l'angoisse chevillée au coeur : « Est-ce que mes parents auraient encore envie de venir dans ce pays ? Je n'en suis pas sûr. »

Pauvreté crasse et préjugés

Kirk Douglas a toujours eu l'âme d'un résistant. Pour défier d'abord la pauvreté crasse et les préjugés qui ont accueilli sa famille, dans les bas quartiers de l'Etat de New York, quand il s'appelait encore Issur Danielovitch. Pour fuir ensuite son milieu (« comme si j'avais le feu aux trousses ») et tailler sa route à Hollywood dans l'après-guerre, figure à l'écran de dur et de rusé sans scrupule qui s'imposa dans Le Champion, de Mark Robson, ou Le Gouffre aux chimères, de Billy Wilder. Il est devenu une star à l'époque où tous les projecteurs étaient braqués sur Hollywood et sur l'éclat de l'Amérique prospère des années 1950. Ça ne l'a pas assagi.

Alors que les studios faisaient encore la loi, Kirk Douglas a tenu à devenir un des premiers acteurs à se lancer dans la production, afin d'aider certains films à exister. En 1957, peu de temps après avoir incarné Van Gogh, chez Minnelli, il s'est investi dans la mise en chantier des Sentiers de la gloire, confié au jeune Stanley ­Kubrick. Un réquisitoire contre des ­officiers de la Grande Guerre qui n'entendent que leur ambition et font fusiller les soldats insoumis (le film fut interdit en France pendant près de vingt ans). Un pari d'artiste, pas de financier : « Un grand film sur la démen­ce de la guerre. Comme je m'y attendais, il n'a rien rapporté. »

Stanley Kubrick et George Clooney

En 1960, il a produit, pour Kubrick, Spartacus, qui lui a offert le grand rôle de rebelle de sa vie. L'Amérique était alors minée par le maccarthysme et la chasse aux sorcières communistes. Kirk Douglas a usé de son influence pour enrôler un scénariste « black­listé », Dalton Trumbo, et faire apparaître son nom à l'écran pour briser une spirale mortifère. « Je ne l'aurais sans doute pas fait si je n'avais été aussi jeune et innocent », dit-il. Mais son engagement contre le maccarthysme est devenu la grande fierté de sa vie. Il a publié en 2012 un livre (son dixième) sur l'aventure hors norme de Spartacus, dont la préface est signée par George Clooney, héritier en valeurs démocrates : « Comme le personnage de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Kirk a accepté de mener les combats qui se présentaient à lui. »

Lors de la projection du film de Kubrick en 2012, devant un parterre hollywoodien, Douglas s'est lancé dans un discours enflammé dont il ignorait sans doute les accents prophétiques : « L'Amérique est aussi ­divisée qu'elle l'était à l'époque du maccarthysme. Certains de nos élus lancent la chasse aux communistes, d'autres critiquent Hillary Clinton car elle a, parmi ses conseillers, des musulmans. Ces discours ne visent qu'à engendrer la peur et la haine. » Il se cherchait des descendants, vantant les mérites de George Clooney, Brad Pitt ou Sean Penn. « Il faut s'engager, le plus grand pouvoir américain à l'étranger, c'est Holly­wood. » Il encourageait ses petits-­enfants à se révolter, comme les manifestants d'Occupy Wall Street, et leur rappelait que le premier président pour lequel il a voté, Franklin D. Roosevelt, professait que « nous n'avons à avoir peur de rien, sinon de la peur elle-même ».

 

Kirk Douglas in Spartacus.

Kirk Douglas in Spartacus.

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